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analyse

Qui du gouvernement Legault mérite le titre de roi de la passerelle?

Un homme portant un complet et une cravate répond aux questions de journalistes lors d'une mêlée de presse.

Le premier ministre du Québec, François Legault

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Martine Biron

Peu de gens imaginent la pression que subissent les ministres qui, tous les jours, doivent traverser un barrage de journalistes pour se rendre au caucus qui précède la période des questions. Pour protéger les nouveaux élus, François Legault a tenté une manœuvre en choisissant une salle à l'Assemblée nationale qui a deux portes. Mais la presse parlementaire, reconnue pour son opiniâtreté, se déploie aux deux entrées. Impossible de se dérober.

Pour les ministres, les questions directes des journalistes sont une épreuve intense, qui demande une maîtrise de leurs dossiers et un moral d’acier. Il faut savoir dire le fond de sa pensée sans le regretter et avoir la capacité de contourner les questions pièges et acharnées des courriéristes parlementaires, qui parfois frôlent l’insolence.

Mais pour le meilleur ou pour le pire, l’art de la communication est devenu intrinsèque à l’activité politique. Si bien que le moment est venu de sacrer un nouveau roi de la passerelle. Qui, parmi les membres du gouvernement, réussit à maîtriser et à apprécier l’expérience de la mêlée de presse?

Les libéraux en ont inspiré quelques-uns. Le leader du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, donne l’impression d’avoir avalé la cassette de son prédécesseur Jean-Marc Fournier. À la différence que le jeune ministre a tendance à se donner une attitude qui démontre qu’il ne maîtrise pas encore l’habileté du jeu d’esquive.

La vice-première ministre a un talent prometteur. Elle est généralement impeccable et éloquente. Mais Geneviève Guilbault est prudente et reste sur ses lignes. Elle peut réciter comme un mantra que son gouvernement est « proactif, empathique et humain », et cela, sans démontrer une once d’émotion.

Il y a aussi les nouveaux, qui ont été catalogués avant même d’avoir ouvert la bouche et qui surprennent, comme Danielle McCann, la ministre qui parle doucement, mais qui atteint sa cible. Ou encore le ministre des Finances, Eric Girard, toujours précis et qui dégage le charme du maladroit de la communication.

Impossible de ne pas parler du don du ministre de l’Environnement. Le bienveillant Benoit Charette est unique en son genre et peut tenir une mêlée de presse de 20 minutes en ne prononçant qu’une seule phrase sans virgule ni point. Un concours devrait d’ailleurs être organisé pour récompenser le journaliste qui garde sa concentration jusqu’à la fin.

Il y a des ministres spéciaux, qui ont un style bien à eux. Jonatan Julien est de ceux-là. Un peu bourru, mais sympathique, il détonne quand il arrive sur le parquet bien astiqué de l’Assemblée nationale. Même chose pour la ministre de la Culture, Nathalie Roy, dont les envolées oratoires semblent plus appropriées aux scènes de Broadway qu’à la politique.

Il faut aussi faire un clin d’œil aux nouvelles femmes de la politique, ambitieuses et guillerettes, comme Andrée Laforest, Isabelle Charest ou Caroline Proulx, qui traversent le mur de journalistes toujours disposées à prendre les questions. Ajoutons à ce trio l’aimable ministre du Travail, Jean Boulet, qui connaît tous les journalistes par leur prénom et qui sait en abuser pour personnaliser son contact avec eux.

Alors, à qui la couronne?

Viennent maintenant les finalistes au trône. Nous en avons repéré deux. La ministre de la Justice Sonia LeBel est particulièrement efficace. Madame « gros bon sens » se plie de bonne grâce à l’exercice de la mêlée de presse et s’assure au préalable de taquiner un journaliste ou deux, ce qui permet de détendre l’atmosphère et de ramollir les plus coriaces. Le problème, c’est que son message n’est pas toujours en adéquation avec celui de son chef.

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a aussi tout ce qu’il faut pour le sacre. On sent qu’il adore croiser le fer avec les journalistes. Mais sa mêlée de presse fâchée où il menace de démissionner est une véritable pièce d’anthologie. Si sa capacité à l’autodérision lui a permis de se réhabiliter, on constate que le passage des affaires à la politique est abrupt.

Cependant, ces finalistes ont devant eux, loin devant, un adversaire de taille. Le premier ministre François Legault tient quotidiennement sa mêlée de presse sur la passerelle, ce qui lui permet de recadrer le message de ses ministres s’ils ont manqué de précision. En voulant compenser le manque d’expérience de ses ministres, il leur fait de l’ombre.

Ainsi après Réjean Hébert, Gaétan Barrette et Pierre Moreau, le titre de roi de la passerelle revient à François Legault. Mais c’est un couronnement temporaire, parce que le titre est habituellement réservé à un ministre. François Legault est donc le roi de la passerelle par intérim jusqu’à ce qu’il laisse plus de place à ses ministres. Nous saurons le déboulonner le temps venu.

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