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Amir Khadir, la maladie de Lyme et la controverse des traitements antibiotiques prolongés

Amir Khadir, médecin et ancien député de Mercier

Photo : Radio-Canada

Jonathan Lavoie

Depuis un an, le médecin et ex-politicien Amir Khadir vient en aide aux patients possiblement atteints de la maladie de Lyme. Avant d'aboutir dans son bureau, ces patients ont habituellement passé d'innombrables tests et essayé de nombreux traitements qui ont tous échoué. Ils se tournent vers Amir Khadir, puisqu'il semble être le seul médecin du Québec à prescrire l'antibiothérapie prolongée, un traitement qui n'a pas fait ses preuves et qui comporte des risques importants.

Cette pratique controversée a d'abord été révélée par Isabelle Hachey, chroniqueuse à La Presse+, dans une publication très critique envers Amir Khadir, qui s'est défendu sur toutes les tribunes, mardi.

L'infectiologue-microbiologiste à l’Hôpital Pierre-Le Gardeur, à Terrebonne, admet qu'il s'agit d'un traitement controversé de dernier recours pour des patients qui vivent depuis des années une détresse et des souffrances importantes.

Dans ces circonstances, Amir Khadir estime que le plus grand danger serait de laisser ces patients à eux-mêmes. Le problème, c'est de laisser les patients sans ressources. Ensuite, ils se ramassent en Allemagne, aux États-Unis et ruinent toute la famille ou menacent de se suicider comme ça s'est déjà produit. C'est ça qui est dangereux.

Photo non-daté du U.S. Centers for Disease Control and Prevention (CDC)

Les tiques à pattes noires sont actives dès que la neige fond et elles peuvent transmettre la maladie de Lyme.

Photo : The Associated Press / James Gathany

Le traitement qu'il propose à certains patients, après une évaluation minutieuse de leur dossier, consiste à prendre de fortes doses de plusieurs antibiotiques pendant plusieurs mois. Dans certains cas, les patients traités de cette manière n'ont même pas reçu de diagnostic officiel de la maladie de Lyme.

Les dangers des traitements antibiotiques, surtout à long terme, sont largement documentés. Le Dr Khadir les connaît très bien. Ce sont des risques qu'on prend, de manière calculée, qui sont assumés à la fois par le patient et par toute l'équipe, explique-t-il.

Ce sont des cas qu'il faut identifier avec soin, avec prudence, et c'est avec un suivi très serré, avec la collaboration de plusieurs autres intervenants que nous entamons ce genre de traitement.

Amir Khadir

Des résultats positifs

Même s'il ne s'agit pas de données probantes, Amir Khadir fait valoir que le traitement aux antibiotiques a permis d'améliorer considérablement la qualité de vie de certains patients.

Rémi Fortin et sa famille en sont un exemple. L'agent de protection de la faune qui habite le secteur Beauport, à Québec, est persuadé qu'il a contracté la maladie de Lyme, qui se transmet par la morsure d'une tique, dans le cadre de son travail en 2010 ou 2011.

L'homme dans la quarantaine, qui n'avait jamais eu de problèmes de santé, raconte que sa vie a basculé. J'étais p'us capable de rien faire. Je voulais mourir, je braillais, j'avais des maux d'articulation incroyables. Tu as de la misère à t'ouvrir les mains, à déplier les coudes.

Malgré de nombreux examens médicaux, Rémi Fortin n'a jamais reçu de diagnostic de la maladie de Lyme au Québec.

Même chose pour sa femme et ses deux enfants qui ont tous souffert de symptômes importants que les médecins n'ont jamais réussi à expliquer. Ils sont tous convaincus d'être atteints de la maladie de Lyme.

Rémi Fortin et sa conjointe son assis à une table sur laquelle on voit plusieurs contenant d'antibiotiques.

Rémi Fortin et sa famille suivent un traitement d'antibiotiques prolongé sur les recommandations du Dr Amir Khadir.

Photo : Radio-Canada / Pascal Poinlane

Amir Khadir a prescrit aux quatre membres de la famille une forte dose d'antibiotiques qu'ils prennent depuis huit mois sans interruption. Incapable de marcher il y a quelques mois, Rémi Fortin peut maintenant descendre facilement les marches de son balcon.

Antibiotique, pas antibiotique, je m'en fous! Je veux guérir. Je veux surtout guérir mes enfants. On a fait tous les tests imaginables au Québec. Il n'y a personne qui pouvait rien faire pour nous autres, se désole-t-il. Depuis qu'il prend les antibiotiques prescrits par Amir Khadir, il estime avoir récupéré 70 % de sa forme physique et mentale.

Où en est la science?

Sans commenter directement l'approche prescrite par Amir Khadir, le Dr Alex Carignan est très critique par rapport à l'utilisation des antibiotiques à long terme.

Il n'y a pas aucune société savante qui recommande des durées prolongées d'antibiotiques. Je dirais que généralement on ne va pas au-delà de 28 jours, résume le professeur à la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke.

Alex Carignan, professeur à la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke

Alex Carignan, professeur à la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke

Photo : Radio-Canada

Dans le cas de la maladie de Lyme, Alex Carignan souligne que plusieurs études comparatives ont démontré que l'avenir des patients n'est pas meilleur avec des durées prolongées [d'antibiotiques] et, en plus, ils sont à risque d'effets secondaires importants.

Le spécialiste des maladies infectieuses souligne néanmoins qu'il serait important de faire davantage de recherches sur la maladie de Lyme pour mieux comprendre ses symptômes et être en mesure de développer des outils diagnostics plus fiables.

D'ici là, Amir Khadir n'a pas l'intention d'arrêter de prescrire des antibiotiques à long terme pour tenter d'améliorer la qualité de vie de patients qui ont tout essayé pour améliorer leur sort.

Son principal souhait est que le ministère [de la Santé] puisse allouer les budgets appropriés pour qu'on puisse faire la recherche en bonne et due forme.

Québec

Santé