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« Être députée, c’est comme tomber en amour! »

Une image de la députée fédérale de Laurier-Sainte-Marie, Hélène Laverdière, à bord du train faisant la navette entre la capitale fédérale et Montréal. Elle revient sur son parcours politique des huit dernières années à Ottawa.

La députée fédérale de Laurier-Sainte-Marie, Hélène Laverdière, revient sur son parcours politique des huit dernières années à bord du train faisant la navette entre la capitale fédérale et Montréal.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Marc Godbout

La députée sortante de Laurier-Sainte-Marie ne compte plus les allers-retours entre Ottawa et Montréal. À l’occasion de l’un des derniers voyages en train de sa carrière politique, Hélène Laverdière revient sur son parcours politique des huit dernières années, dont le premier fait d’armes aura été de battre l’ancien chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe. Nous l’avons accompagnée à bord du train numéro 28.

Vous n’aviez pas du tout prévu devenir députée?

Jamais dans ma vie je n’aurais pensé faire de la politique. Je suis vraiment une députée accidentelle. À l'automne 2010, je me suis installée devant mon ordinateur pour devenir membre du Nouveau Parti démocratique (NPD). Quand j’ai réalisé que le bureau du parti était à deux blocs de chez moi, je suis allée leur donner mon CV et offrir mes services comme bénévole. Et je leur ai dit que ça ne me gênait pas de plier des papiers dans des enveloppes ou de faire de la traduction.

Ils m’ont appelée l’après-midi même pour me demander si j’étais intéressée à me présenter comme candidate. Je leur ai dit non. Ils sont revenus à la charge. Ils m'ont travaillée pendant quelques mois. Ils m’ont rappelée en demandant : si jamais on ne trouve pas d’autres candidats, es-tu prête à le faire? J’ai répondu oui. Quand j'ai raccroché, j'ai réalisé à ce moment-là que je venais de m’engager.

Après huit ans, avez-vous l’impression d’avoir accompli quelque chose?

Quand tu es dans l’opposition, c’est difficile d’avoir un impact. C’est un paquebot très lourd à déplacer. Des fois, c’est un peu déprimant, ce n’est pas toujours évident qu’on avance. Mais parfois, on arrive à certains résultats.

Dans le comté, on a fini par sauver le CPE du Centre Guy-Favreau. Je me suis battue pour ça. Il leur manquait 50 000 $ par année et, pendant ce temps, le gouvernement se faisait une patinoire de 10 millions devant le parlement. Je disais tout le temps : il pourrait payer pour notre CPE pendant 200 ans.

C’est difficile de savoir si tous les efforts qu’on fait réussissent à faire avancer un enjeu de deux centimètres ou de deux mètres, c’est bien difficile à évaluer.

Une photo de la députée fédérale de Laurier-Sainte-Marie, Hélène Laverdière, qui retourne en train dans sa circonscription, jeudi en fin de journée, après avoir passé les jours précédents à Ottawa.

La députée fédérale de Laurier-Sainte-Marie, Hélène Laverdière, retourne dans sa circonscription, jeudi en fin de journée, après avoir passé les jours précédents à Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Je sens de la frustration, je me trompe?

C’est frustrant. Mais en même temps, il ne faut jamais arrêter de pousser pour garder un enjeu au-devant de la scène. L’Arabie saoudite, les droits de la personne et Raif Badawi, il faut pousser, pousser et encore pousser.

J’étais la seule femme au Comité des affaires étrangères. J’ai fait valoir que si tu inclus les femmes dans les négociations de paix dans des pays en conflit, les accords de paix ont 40 % plus de chances de survivre après 10 ou 15 ans. Les députés ont accepté de se pencher là-dessus et ils sont finalement tous tombés en amour avec le sujet. Les secrétaires parlementaires se sont mis à assister à toutes les réunions sur la question. Ils en ont discuté avec les sous-ministres, qui sont allés en parler au premier ministre. Je pense que ça a influencé quelque chose en mettant ce sujet à l’agenda gouvernemental et à l'ordre du jour de rencontres internationales.

Quelle est votre plus grande déception?

La période des questions, c’est probablement l’aspect le plus décevant d’Ottawa. J’ai passé les premières semaines après avoir été élue à dire que ça ne marche pas, cette affaire-là. Qu’est-ce qu’on peut faire pour changer ça? Je pense qu’il faudrait se mettre une grosse gang pour y arriver, parce que ça ne marche pas, c’est ridicule, c’est un show. Il y a beaucoup de machisme aussi.

Je suis amère et déçue parce qu’on va très rarement au fond des choses. Il y a les questions de 30 secondes et les réponses d’une minute. Ça manque certainement de substance. C’est tellement vrai que, quand on reçoit une vraie réponse à une question, tout le monde reste ébahi.

Il y a des députés très respectueux, même parmi ceux et celles qui ne pensent pas comme toi. Mais il y en a aussi qui le sont beaucoup moins. L’habitude des conservateurs de crier en Chambre, de hurler et de chahuter, c’est un manque de respect pour les Canadiens. Ce sont de vrais comportements d’enfants. Les jeux de procédures pour te forcer à voter à minuit moins cinq, ce n’est pas ça qui fait avancer le monde, ce sont des enfantillages.

Une vue du canal de Lachine alors le train traverse un pont à proximité de la gare Centrale de Montréal.

Le train traverse le pont qui enjambe le canal de Lachine, à proximité de la gare Centrale de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Est-ce que vous vous êtes déjà dit durant vos deux mandats : « J’aurais dû dire non »?

Mes premières semaines en tant que députée, je dormais deux ou trois heures par nuit. Puis, à un moment donné, j’ai dit à mon équipe que c'était assez, qu'il fallait revoir ça. Je suis privilégiée, je suis à deux heures de train de Montréal, mais on voit des députés dont l’avion atterrit à 2 h du matin. Ils sont à leur bureau de comté ou à la Chambre des communes le matin même. La vie de député, c’est dur. La vie à Ottawa, si tu veux jouer ton rôle, c’est dur. C’est exigeant physiquement et mentalement.

Avant la diplomatie, j’ai été brièvement professeure à l’université et chercheure. J’ai travaillé sur la construction, dans des restaurants comme serveuse, j’ai fait toutes sortes d’affaires dans ma vie. Mais de toutes les jobs que j’ai faites, malgré les horaires de fou, malgré ce que ça demande en termes d’énergie mentale et physique, malgré tout ça, c’est vraiment la meilleure job que j’aie faite.

Vous n’avez pas eu à subir la défaite, contrairement à votre adversaire, Gilles Duceppe.

Être députée, c’est comme tomber en amour! Les gens t’arrêtent dans la rue et tu tombes en amour avec eux autres. Quand tu as une histoire d’amour qui dure 20 ans et qu’après 20 ans, ton amour, ta circonscription que tu représentes te dis va-t’en, que tes valises sont à la porte, ça doit être très, très, très difficile. On s’est parlé très brièvement depuis sa défaite, mais j’ai beaucoup de sympathie. Je ne pourrai plus jamais regarder une soirée électorale de la même façon.

Une vue de la voie ferrée à la hauteur d'Alexandria, dans l'est de l'Ontario.

Le train s'approche maintenant de la voie ferrée à la hauteur d'Alexandria, dans l'est de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Votre parti a connu un parcours sinueux depuis quelques années. Comment voyez-vous les choses en ce moment?

Je vais être honnête : j’aimerais qu’on soit plus ferme dans nos affirmations. Il faut être plus ferme dans ce qu’on est et dans ce à quoi on croit. J’aimerais qu’on soit plus fort sur ce plan. Des fois, on est trop raisonnables.

À un moment donné, en 2015, j’ai vu Tom Mulcair faire un discours et sortir de ses notes. Il a parlé du fond du cœur. C’était parfait. Je n’arrêtais pas de dire à son équipe, laissez-le parler! Je pense qu’on a été trop timide et que c’était trop scripté. Il connaissait ses dossiers.

Jack Layton était l’incarnation de ce qu’on défend, nous, le NPD, et nos valeurs. Est-ce qu’on a retrouvé un Jack? Non. Est-ce qu’on va retrouver un Jack? Non. Est-ce qu’il faudrait qu’on retrouve un Jack? Non.

Êtes-vous optimiste face à la prochaine législature?

J’ai peur de l’évolution du cynisme chez les jeunes. J’espère que ça ne se produira pas. Parce que les libéraux, quand ils ont fait campagne, ont promis tellement d’affaires qui intéressaient les jeunes et qui ne se sont jamais faites.

La réforme électorale, il y a beaucoup de jeunes qui étaient sortis voter pour ça. Et les changements climatiques, ça les affecte. Mais quand ils se font raconter des histoires, c’est difficile de savoir comment ils vont réagir en octobre. J’ai un peu peur de leur réaction. Si j’avais 20 ans, je serais terrorisée. Je me demanderais continuellement dans quel monde je vais vivre quand je vais avoir 50 ans.

Une photo montre la députée fédérale de Laurier-Sainte-Marie, Hélène Laverdière, qui arrive à la gare Centrale de Montréal.

La députée fédérale de Laurier-Sainte-Marie, Hélène Laverdière, arrive à la gare Centrale de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Avez-vous un conseil pour ceux ou celles qui voudraient se lancer en politique fédérale?

Être honnête et fidèle à soi-même. Le temps, l’énergie et l’énorme stress... Pour composer avec tout ça, il faut prendre du temps pour soi. Ça permet de rester en contact avec les gens, de garder les pieds sur terre. Autrement, il y a un prix à payer, j’ai bien plus mauvais caractère qu’avant. [Rires.]

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