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Le héros obscur est parti en silence

Radio-Canada

Le Québec a perdu, vendredi dernier, un héros que bien peu seraient même capables de reconnaître. Dans sa modestie légendaire, François Béliveau a montré la voie à de nombreux hockeyeurs d'ici qui n'auraient pas pu vivre de leur sport autrement.

8 septembre 2003 – Vous me permettrez, même à trois jours de l'ouverture du camp d'entraînement du Canadien, de consacrer cette chronique à un amoureux inconditionnel du hockey qui nous a quittés, jeudi, de la même manière dont il a conduit sa carrière et sa vie, sans faire de bruit.

François Béliveau, journaliste au quotidien La Presse, était l'antistar par excellence. Vous ne l'aurez jamais vu à La Soirée du hockey. Il n'aura jamais été invité à débattre à 110%. François a toujours préféré l'ombre. C'est de sa position d'arrière-plan qu'il a pourtant réussi à mettre en lumière des talents insoupçonnés et des injustices dont personne d'autre ne voulait s'occuper.

Si vous connaissez des hockeyeurs québécois qui sont parvenus à gagner leur vie avec leur sport en France, en Suisse, en Allemagne, en Italie ou ailleurs en Europe, la probabilité que François y soit pour quelque chose est quasi certaine. À une certaine époque, cet homme aussi effacé qu'efficace était sans doute l'agent de joueurs le plus prolifique du Québec. François l'a fait par amour du hockey, sans jamais en retirer la moindre gloire. Il le faisait gratuitement parce qu'il croyait que cela était la bonne façon de procéder.

Des dizaines, voire des centaines de joueurs de chez nous peuvent aujourd'hui vous parler de leur expérience à l'étranger. À Amiens, à Villar-de-Lans, à Megève, à Briançon, à Rouen, à Grenoble, les joueurs recommandés par François ont fait la joie des équipes qui y étaient basées. Ce sont des ambassadeurs que l'ami Béliveau déléguait là-bas.

Son héros, le «Rocket»

François Béliveau n'a jamais rien fait pour se mettre en avant. Parmi les personnalités auxquelles il est venu en aide, presque en secret, se trouve Maurice Richard, le «Rocket» lui-même. François lui vouait un véritable culte. C'est avec son goût pour l'action et son aversion pour l'injustice que François a permis au célèbre numéro 9 de connaître des jours plus dignes.

À la fin des années 70, Maurice Richard se trouvait pratiquement dans la dèche, vivant de revenus indignes pour quelqu'un qui avait tant donné. Pour François, il était inacceptable que le héros de tout un peuple puisse vivre des moments aussi difficiles. C'est finalement grâce à l'action discrète de François Béliveau que la Brasserie Molson offrit au «Rocket» un poste d'ambassadeur de bonne entente avec le Canadien, offre assortie d'un salaire décent.

Je n'ai vu François pleurer qu'une fois. C'était en mai 2000. Nous étions au coeur d'une des innombrables tournées européennes qu'il organisait pour le Club sportif des médias, dont il était le fondateur et l'âme. Ce matin-là, dans ce petit hôtel hollandais, je lui ai appris le décès du «Rocket». Son héros venait de s'en aller et il n'aurait pas l'occasion de lui dire au revoir.

Jeudi, j'ai perdu le mien.

Salut François!