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Caviar et fromage : l’homme qui nourrit les cosmonautes

Des conserves de nourriture de l'espace

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Tamara Alteresco

À quelques jours du retour sur Terre de l’astronaute canadien David Saint-Jacques au terme d’une mission de six mois, nous vous amenons dans les laboratoires de l’usine expérimentale Biriouliovski, où le Dr Victor Dobrovoloskiy concocte depuis des décennies des repas et collations pour les explorateurs de l’espace.

L’immeuble n’a l’air de rien.

Nous vérifions l’adresse pour nous assurer que nous sommes bel et bien à destination. Il y a deux gardiens à l’entrée et des fils barbelés aux clôtures pour dissuader les curieux.

Nous sommes attendus à la porte, car rares sont les journalistes et les caméras qui peuvent pénétrer dans cette usine secrète en banlieue de Moscou.

Une fois à l’intérieur, il faut enfiler des sarraus, des bonnets blancs et des pantoufles.

L’environnement est froid, stérile et hyper contrôlé.

Mais il suffit de franchir les premières portes du laboratoire et, soudainement, c’est une odeur des plus réconfortantes qui nous guide presque instinctivement vers la cuisine principale.

« Qu’est-ce qui sent si bon? »

« C’est le ragoût de mouton qui mijote dans les épices », me répond fièrement Victor Dobrovoloskiy.

L’homme de 75 ans est scientifique et membre honoraire de l’Académie de l’espace de la Russie. Il n’a jamais mis le pied en orbite, mais c’est lui qui nourrit les cosmonautes depuis des décennies.

On voit le Dr Dobrovoloskiy qui sourit à la caméra. Il tient dans ses mains un sachet qui contient de la nourriture destinée aux cosmonautes. Le sachet porte une inscription en russe.

Le Dr Victor Dobrovoloskiy tient dans ses mains un produit laitier déshydraté destiné aux cosmonautes.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Il a consacré sa carrière à développer des menus aussi variés que nutritifs pour les désormais longs séjours à bord de la Station spatiale internationale (SSI).

L’alimentation dans l’espace a bien évolué depuis que le premier homme a été envoyé en orbite en 1961 avec 9 tubes de nourriture, dont du Bortch (soupe à la betterave typiquement russe).

À l'époque, personne ne savait comment le système digestif réagit en apesanteur, et Gagarine fut le premier à nous dire que tout est normal. Que oui, on peut mâcher, oui on peut avaler dans l’espace!

Victor Dobrovoloskiy

L’époque des repas en tubes est donc révolue. De nos jours, on ne s’en sert que pour les jus de fruits.

La plupart des repas sont désormais servis en conserves stérilisées ou en sachets d’aluminium, et ce, grâce au procédé mis au point par le Dr Dobrovoloskiy, pour s’assurer que tous les aliments conservent la presque totalité de leur valeur nutritive.

« La déshydratation telle que nous la faisons nous permet de préserver jusqu'à 97 % de la valeur nutritive des aliments. Quand les produits sont ensuite séchés, ils ne gardent que 5 % de leur humidité. Et cela nous permet de diminuer le poids et le volume, ce qui est essentiel pour le transport », explique le Dr Dobrovoloskiy.

On voit une employée du laboratoire russe qui transporte sur un plateau de la nourriture en conserve destinée aux cosmonautes.

De la nourriture en conserve destinée aux cosmonautes.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Un laboratoire unique au monde

Les Russes ne sont bien évidemment pas les seuls à fournir des repas à la Station spatiale internationale, mais l’usine de Moscou est la seule au monde qui prépare les plats spatiaux à partir d’ingrédients frais.

Les Américains, par exemple, ont recours à la nourriture vendue en épicerie, puis l’emballage est adapté aux réalités de l’espace

Mais ici, tout est naturel.

Les légumes et la viande sont commandés chez des producteurs de confiance en Russie et le produit final ne contient aucun colorant, ni agent de conservation, ni exhausteur de goût.

Si les plats de l’usine de Moscou sont conçus pour les cosmonautes de la Russie, les astronautes canadiens, américains, français ou japonais ont pris l’habitude d’y commander des rations pour compléter leur menu avant de décoller pour la Station spatiale… comme l’a fait d’ailleurs David Saint-Jacques au mois de décembre avant de s’envoler dans la capsule Soyouz pour une mission de 6 mois.

Des centaines de mets et collations

Gruau aux abricots, caviar, ragoût de porc, macédoine d’aubergine, langue de bœuf aux olives, il existe près de 500 plats dans le menu offert aux astronautes.

Ceux-ci n’auront qu’à ajouter de l’eau bouillante au sachet de plastique pour réhydrater la nourriture en poudre comme le gruau, alors que les viandes servies en conserve seront réchauffées dans un four électrique conçu spécialement pour la cuisine de la SSI.

La variété est essentielle pour éviter que les astronautes ne s’attachent à un plat en particulier, explique le Dr Dobrovoloskiy, car il est nécessaire de respecter un régime équilibré de gras, de glucides, de vitamines et de calcium quand on passe des mois en apesanteur.

De toutes les recettes qu’il a développées au fil des ans, c’est le petit fromage blanc aux noix qui demeure à ce jour le plat le plus populaire auprès des astronautes, tous pays confondus.

Il n'y a pas une seule expédition pour laquelle ce fromage n'est pas demandé. Même que depuis les vols mixtes vers la station, les Américains sont prêts à échanger leurs propres produits pour avoir ces rations de fromage russe!

Victor Dobrovoloskiy

Ce fromage est devenu une devise dans l'espace!

Un secret d’État!

On voit Mme Bochtkareva qui sourit à la caméra en tenant un sachet et une conserve de nourriture de l'espace.

Nina Bochtkareva tient dans ses mains une conserve et un sachet de champignons.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Ce n’est pas le manque d’espace ni le manque d’ambition qui empêche l’institut de se lancer sur le marché international.

Mais pour le moment, l’usine n’exporte aucun produit et en donne l’exclusivité aux astronautes.

Le laboratoire songe à prendre de l’expansion pour répondre à la demande qui risque d’augmenter plus tard avec le tourisme de l’espace.

Les produits en tube sont d’ailleurs déjà en vente dans quelques magasins en Russie en guise de souvenirs, un hommage à Gagarine, un héros national.

Vous ne serez pas étonné d’apprendre que toutes les recettes du Dr Dobrovoloskiy sont protégées par l’État, explique Nina Bochtkareva, chef de la qualité de la production.

Ce sont des secrets de cuisine et nous ne les dévoilerons jamais!

Nina Bochtkareva

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