•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le décès de la mère de Gilles Duceppe est accidentel, mais il aurait pu être évité

Hélène Rowley Hotte lors de l'inauguration du parc Jean-Duceppe, dans Rosemont, en 2006.

Photo : Radio-Canada

Hugo Prévost

Le décès d'Hélène Rowley Hotte Duceppe, la mère de l'ex-chef bloquiste Gilles Duceppe, fut accidentel, mais il aurait pu être évité, selon le rapport de la coroner publié mardi. Le document précise que le personnel de la résidence pour personnes âgées où elle se trouvait, Lux Gouverneur, aurait pu poser des gestes qui auraient permis d'éviter le drame.

À la suite du déclenchement d'une alarme d'incendie, le 20 janvier dernier, Mme Duceppe a quitté son logement et s'est retrouvée dans la cour intérieure de la résidence, par un froid mordant.

L'alerte incendie, déclenchée en raison d'une fuite de monoxyde de carbone dans la tour no 2 du complexe résidentiel, a temporairement résonné dans les trois tours de la résidence, dont celle où vivait Mme Duceppe.

Souffrant de surdité, la dame n'a pas entendu le message indiquant qu'elle n'avait pas à évacuer. En désirant retourner à l'intérieur, elle s'est heurtée à une porte close.

Sans possibilité de communiquer avec les employés à l'intérieur, Mme Duceppe est morte d'hypothermie après avoir tenté, en vain, de se réchauffer. Son corps sera retrouvé vers 11 h 40, environ sept heures après l'alerte incendie déclenchée par erreur.

Aux yeux de la coroner Géhane Kamel, plusieurs recommandations doivent être mises en application par les Résidences Lux Gouverneur pour éviter qu'une telle situation se reproduise.

Il est ainsi proposé de munir la résidence d'un système d'interphone avec sonnette aux six portes où se trouvent les sorties d'urgence, de s'assurer du décompte des résidents dès le déclenchement d'une alarme incendie pour les trois tours, d'effectuer une tournée visuelle dans les cages d'escalier et à l'extérieur des bâtiments à chaque déclenchement d'alarme et de désigner une personne dont le mandat consistera entre autres à surveiller les images transmises par les caméras de surveillance.

Le Bureau du coroner rapporte que la Résidence Lux Gouverneur s'est engagée à mettre en place l'ensemble des propositions à court terme, un processus qui serait déjà enclenché.

Poursuite à venir?

Selon Marc-Antoine Cloutier, l'avocat qui représente la famille Duceppe, la Résidence Lux Gouverneur est fautive dans cette affaire.

« Il est clair que les procédures et les employés en place sont responsables du décès de Mme Rowley [Duceppe] », a-t-il déclaré lors d'un point de presse, tout de suite après le dépôt du rapport de la coroner.

Me Cloutier a par ailleurs indiqué que la famille en est encore à évaluer le rapport, mais que des poursuites devant les tribunaux pourraient être envisagées.

Selon lui, à l'exception de sa surdité, Mme Duceppe était en bonne forme physique et avait encore « quelques belles années » devant elle.

« La famille souhaite par ailleurs interpeller le gouvernement du Québec, et plus spécialement la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais », a ajouté Me Cloutier.

Toujours au dire de l'avocat, la famille souhaite que Québec modifie le Code du bâtiment pour que certaines recommandations du coroner à l'intention de Lux Gouverneur, dont l'installation d'interphones et de sonnettes sur toutes les portes extérieures, soient généralisées aux autres résidences pour personnes âgées.

À Québec, justement, la ministre Blais a dit « prendre acte » du rapport de la coroner « de façon sérieuse et approfondie ».

« Même si le rapport ne comporte aucune recommandation à l'égard du MSSS [ministère de la Santé et des Services sociaux, nous appuyons les recommandations de la coroner afin d'éviter la récurrence d'un tel événement malheureux », a-t-elle ajouté par voie de communiqué.

L'entreprise réagit

Un camion de pompier sur les lieux de l'incident.

L'alerte incendie a été déclenchée pendant la nuit, par un froid mordant, mais le corps de Mme Duceppe n'a été retrouvé que plusieurs heures plus tard.

Photo : Radio-Canada / Conrad Fournier

Dans un bref communiqué transmis en fin d'avant-midi, Lux Gouverneur mentionne que si elle a effectivement déjà commencé à mettre en place les recommandations de la coroner, la responsabilité des événements survenus dans la nuit du 20 au 21 janvier appartient au Service de sécurité incendie de la Ville de Montréal (SIM).

« Lorsque les pompiers arrivent sur les lieux, ils prennent aussitôt le contrôle des bâtiments, incluant les portes d’évacuation ainsi que les résidents », peut-on ainsi lire dans le communiqué.

Lux Gouverneur cite ainsi le rapport de la coroner, qui indique que « le déclenchement de l'alarme [incendie] et le contrôle des lieux sont sous la responsabilité du SIM ».

Réagissant à son tour en début d'après-midi, le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) a qualifié « l'événement accidentel » d'une « d’une tristesse infinie ».

Le RQRA a en outre dit recevoir favorablement toutes les mesures de prévention suggérées dans le rapport. Le président-directeur général Yves Desjardins s'est engagé à livrer à toutes les résidences pour aînés membres de son organisation des « conseils de prévention pour éviter qu’une telle tragédie survienne de nouveau ».

Société