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Grogne à Laval à la suite des inondations

Une digue temporaire à Laval-Ouest, le 10 juin 2019.

Plusieurs résidents de Laval sont mécontents de la Ville dans la gestion des inondations du printemps dernier.

Photo : Vincent Rességuier

Vincent Rességuier

Des sinistrés critiquent différents aspects de la gestion des inondations survenues ce printemps. Certains se plaignent de l'utilisation du barrage de Grand-Moulin, d'autres demandent à la Ville d'installer une digue permanente. Certains déplorent que plusieurs semaines après le pic des crues printanières, sacs de sable et digues temporaires soient toujours présents dans les rues.


Même si l'eau s'est maintenant retirée, les inondations sont toujours au cœur des préoccupations de nombreux citoyens des quartiers Laval-Ouest et Fabreville.

Au bord de la rivière des Mille Îles, un dépôt de limon indique que l'eau est restée quelques semaines dans les rues, parfois jusqu'au début du mois de juin.

Une résidente, Jeanne Tremblay, explique qu'elle n'avait plus accès à son domicile par l'entrée principale et qu'elle devait emprunter un passage improvisé à travers le terrain de son voisin. Et elle n'était pas la seule. Certains avaient de l'eau sur leur terrain, d'autres devaient faire plusieurs centaines de mètres pour se rendre à leur véhicule.

Quand il y a eu le grand ménage, ça n'a pas été fait parce qu'il y avait trop d'eau. Mais là maintenant, on se fait dire : vous allez nettoyer vous-même, parce que la corvée de nettoyage est terminée.

Grégoire Bergeron, riverain de la rivière des Mille Îles

Jeanne Tremblay affirme qu'avec de la bonne volonté de la part de gestionnaires, la rivière aurait pu rentrer dans son lit bien plus tôt. Avec quelques voisins, elle critique la gestion du barrage de Grand-Moulin, situé quelques centaines de mètres en amont de son quartier.

Pour des raisons nébuleuses, on nous a maintenus dans l'eau 2 à 3 semaines de plus que ce qu'on aurait dû être. Il y a 3 autres exutoires pour la rivière des Outaouais, alors cette eau s'en va quand même, ça a presque pas d'impact sur le lac des Deux Montagnes.

Grégoire Bergeron, riverain de la rivière des Mille Îles

Jeanne Tremblay, Grégoire Bergeron et André Lefebvre ont interpellé à plusieurs reprises les autorités en faisant valoir que près de 300 résidences étaient concernées.

Ils ont reçu une réponse via le bureau de la députée libérale du secteur, Monique Sauvé, qui leur a indiqué que la décision était prise à l'échelle régionale en collaboration avec les autorités des bassins versants de la rivière des Outaouais et du fleuve Saint-Laurent.

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, le ministère de l'Environnement reconnaît que les vannes du barrage de Grand-Moulin ont été ouvertes graduellement à partir du 19 mai, à cause du fort débit de la rivière des Outaouais. Le porte parole du ministère, Clément Falardeau, affirme que cette manœuvre avait pour objectif de limiter les impacts des crues pour les riverains du lac des Deux Montagnes, de la Rivière-des-Prairies et du lac Saint-Louis.

Sans une telle approche, le barrage du Grand-Moulin aurait dû être complètement rouvert et c’est quelque 1000 bâtiments riverains de plus longeant la rivière des Mille Îles qui auraient été affectés par la crue printanière.

Clément Falardeau, ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

Malgré ces précisions, Jeanne Tremblay et ses voisins demeurent sceptiques. Clément Falardeau assure qu'il n'était pas possible de faire mieux compte tenu du niveau de la rivière des Outaouais.

Laval-Ouest, 10 juin 2019

Plusieurs semaines après le pic des crues printanières, de nombreux sacs de sable entourent toujours les résidences de Laval-Ouest.

Photo : Vincent Rességuier

Une digue permanente réclamée

Face à la montée des eaux, la Ville de Laval a installé en catastrophe une digue temporaire. Un dispositif qui s'est avéré efficace et qui a inspiré Benoît Meilhon.

Ce résident du quartier Laval-Ouest réclame maintenant la construction d'une digue permanente le long de la rue Riviera. Il est à l'origine d'une pétition déposée sur le site de l'Assemblée nationale.

On a une très belle route qui s'appelle Riviera. Rehausser cette route ferait une digue naturelle qui va protéger tout le quartier.

Benoît Meilhon, résident du quartier Laval-Ouest


Grégoire Bergeron précise que la rue Riviera a déjà été relevée il y a quelques années pour retenir l'eau. Sauf qu'en 2017 et en 2019, le niveau de la rivière est monté plus haut que le niveau de la route et elle s'est déversée dans le quartier en contrebas, où des dizaines de maisons sont situées en zone inondable.

De l'eau, une digue, des sacs de sable et des travailleurs les pieds dans l'eau sur une rue de Laval.

Digue temporaire dans le quartier Laval-Ouest au mois d'avril 2019

Photo : Radio-Canada / Vincent Resseguier

Selon l'hydrologue François Brissette, une digue permanente pourrait s'avérer pertinente d'abord pour éviter l'expropriation de nombreuses résidences.

Si on veut déplacer les gens et que ça coûte, par exemple, 500 millions, est-ce que c'est un choix économique intelligent? Peut-être qu'on est mieux de reconstruire la digue. Il va falloir peser le pour et le contre avant de faire les investissements.

François Brissette, professeur au département de génie de la construction à l'École de technologie supérieure (ETS)

François Brissette souligne qu'il faudra aussi tenir compte du contexte général des bassins versants de la rivière des Outaouais et du fleuve Saint-Laurent. Lors des crues, les digues protègent les résidences, mais l'eau est repoussée vers de nouvelles zones, ce qui peut poser problème. Les décisions ne peuvent pas être prises localement, conclut-il, parce que les impacts peuvent être régionaux.

Avant de prendre une décision, la Ville de Laval attend justement que la Communauté métropolitaine de Montréal ait terminé de réévaluer toutes les cartes des zones inondables.

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