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  • Il y a 60 ans, la mer enlevait 35 pêcheurs à Escuminac

    Gens de la communauté d'Escuminac sur le quai qui attendent des nouvelles des leurs après la tragédie de 1959.

    Le 20 juin 1959, 35 pêcheurs périssent en mer en raison d'une tempête à Escuminac.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Cette semaine, les Néo-Brunswickois se remémorent la pire tragédie de pêche de l'histoire canadienne. Dans la nuit du 19 au 20 juin 1959, une terrible tempête emporte avec elle plusieurs pêcheurs de saumons d'Escuminac. Nos reportages d'archives laissent la parole aux témoins, orphelins et survivants qui ont traversé cette épreuve.

    Le 19 juin 1959, une cinquantaine de bateaux quittent le port d’Escuminac en après-midi. Au même instant, une violente perturbation atmosphérique « que personne n’avait vu venir » part de la Floride pour remonter la côte jusqu’aux maritimes.

    Arrivée au large d’Escuminac, la tempête se transforme en ouragan de catégorie un, soufflant des rafales de près de 120 km heure et formant des vagues pointues hautes de 15 mètres.

    22 bateaux sombrent dans la mer et 35 pêcheurs périssent dans les eaux froides du golfe St-Laurent, laissant derrière eux 26 veuves et 83 orphelins.

    Ce Soir, 18 juin 1999

    Perdre le pilier de la famille

    Dans un reportage présenté au Ce soir du 18 juin 1999, le journaliste Rosaire L'Italien s’entretient avec Alphonse Doucet qui a tenté de sauver son père lors du drame.

    Le pêcheur a reçu une médaille de la reine pour honorer son courage et sa bravoure. Même s’il n’avait que 17 ans au moment des faits, il se souvient :

    Je sais que j’étais jeune, peut-être que j’exagère un peu, mais moi je crois que la mer était au moins à 50 pieds. […] Tout d’un coup tout est devenu noir et l’eau rentrait à pleine porte.

    Alphonse Doucet, pêcheur survivant de la tragédie d’Escuminac

    Le journaliste rencontre ensuite Emma Martin, une veuve de sept enfants, résidente du village voisin, Baie-Sainte-Anne. Elle pleure encore la mort de son fils aîné, Rémi, 18 ans, qui pêchait depuis presque un an pour nourrir sa mère et ses frères et sœurs depuis la mort accidentelle de leur père.

    C’est lui qui était le soutien de la famille en ces temps-là. Il était vraiment bon aux enfants aussi, puis à moi […] Je pleure encore, c’est de quoi qu’on n'oubliera jamais.

    Emma Martin, mère de Rémi

    La pauvreté fut le lot de plusieurs familles nombreuses laissées sans revenus après la perte d’un pêcheur. L’assistance sociale était inexistante à l’époque. La misère des citoyens d’Escuminac a fait les manchettes dans tous les quotidiens du Nouveau-Brunswick et l’aide s’est rapidement organisée pour venir en aide aux familles.

    La mer donne beaucoup, mais quand elle se décide de prendre, elle prend, puis elle ne regarde pas ce que c’est, ni qui c’est.

    Alphonse Doucet

    La Semaine Verte, 18 octobre 2009

    Le long deuil d'une communauté

    Dans un reportage diffusé le 18 octobre 2009 à La Semaine Verte, le journaliste Jacques Giguère revient sur le tragique épisode qui a secoué les communautés d’Escuminac et de Baie-Sainte-Anne.

    Theodore Williston, un pêcheur de saumons, explique pourquoi selon lui il a survécu à la catastrophe.

    J’étais à environ 40 km de la côte. La plupart des pêcheurs qui sont morts étaient plus près de la côte, là où les vagues se cassaient. Ils n’ont eu aucune chance.

    Theodore Williston — pêcheur et capitaine d’Escuminac survivant de la tragédie

    André Martin, un homme laissé orphelin par la tragédie explique comment son père y a laissé sa vie.

    Il m’a été dit que mon père a voulu aider un autre bateau, les bateaux se sont cognés ensemble, ont été détruits, et c’est de même qu’ils ont péri en mer. Mon père a été retrouvé juste au mois d’août et son aide-pêcheur n’a jamais été retrouvé. C’était mon cousin.

    André Martin, pêcheur de homards et orphelin de la tragédie d’Escuminac

    Durant près de trois mois, chaque fois que les cloches de l’église sonnaient, les habitants du village d’Escuminac savaient que l’un des leurs avait été repêché, noyé.

    Remédier au manque de formation des pêcheurs et à la vétusté des embarcations

    L’automne suivant la tragédie, l’école de pêche de Caraquet ouvre ses portes. Le drame a mis en lumière le manque de formation des pêcheurs et la précarité des navires de pêche.

    Dans les temps passés, les pêcheurs apprenaient le métier directement sur l’eau. C’était un métier de père en fils. […] Ils se fiaient à la température, aux boussoles, au petit compas bien ordinaire.

    Joël Gionet, enseignant de navigation à l’école de Caraquet

    Aujourd’hui, pour devenir capitaine, une formation de deux ans est nécessaire.

    Il y a des cours de mesures d’urgence en mer, des cours de premiers soins, des cours de radio, des cours de stabilité, des cours de construction navale. Les pêcheurs sont fiers de ça. […] Je suis convaincu que la même tempête au point de vue structure météorologique ne causerait aucune perte de vie en 2009.

    Clarence Savoie, enseignant école des pêches de Caraquet (1964-2000)

    Continuer d’exercer le métier

    Le quai d’Escuminac accueille le plus grand nombre de bateaux de pêche des maritimes.

    Un monument à la mémoire des victimes y a été érigé par l’artiste Claude Roussel. Depuis 2001, il est désigné lieu historique par la province du Nouveau-Brunswick. L'ouvrage représente la réaction de la communauté face à la tragédie. Les noms des pêcheurs décédés y sont gravés.

    Suite aux événements, les pêcheurs ont remis leur bateau à l’eau, parce qu’il fallait continuer à vivre de la mer. Des orphelins sont devenus pêcheurs pour suivre les traces de leur père défunt. Ce triste événement a transformé à tout jamais leur façon de voir la mer.

    Je n’ai pas peur de la mer, mais je la respecte.

    Theodore Williston

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    Société