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La Chine suspend les importations de porc d'une firme de Saint-Hyacinthe

Quatre porcs s'agitent derrière une barrière, leur museau entre les barreaux.

Selon le Conseil canadien du porc, en 2018, la Chine a importé l'équivalent de 500 millions de dollars de porc du Canada.

Photo : iStock

François Messier

La Chine a temporairement suspendu les importations de porc d'une firme de Saint-Hyacinthe, Expedi-Go Transit, en faisant valoir qu'elle a découvert des traces de ractopamine, un additif alimentaire qu’elle interdit, dans une cargaison de langues de porc surgelées.

La nouvelle, d'abord rapportée par l’agence officielle chinoise Xinhua, a été confirmée par la ministre canadienne de l'Agriculture, Marie-Claude Bibeau. Les autres exportateurs canadiens ne sont pas touchés par cette décision annoncée vendredi dernier, a-t-elle précisé.

L’affaire risque d’être considérée comme une nouvelle mesure de rétorsion économique visant à punir le Canada pour l’arrestation en décembre de la numéro deux du géant chinois des télécommunications Huawei.

Selon Xinhua, ce sont des douaniers de la ville de Nankin qui ont trouvé des traces de ractopamine, un additif alimentaire utilisé pour accroître la masse musculaire des porcs, dans une cargaison de produits provenant d'Expedi-Go Transit.

L’agence indique que la Chine va conséquemment suspendre toutes ses exportations de la compagnie, anciennement connue sous le nom de Frigo Royal, va cesser d’accepter les certificats délivrés par le vétérinaire de la compagnie et accroître ses inspections de porc.

La ractopamine est bannie dans de nombreux pays, dont ceux de l’Union européenne, la Chine, la Russie, mais il est autorisé au Canada et aux États-Unis et en Australie.

Contacté par Radio-Canada, le directeur des ventes d’Expedi-Go Transit, Marc-André Houle, dit avoir appris vendredi que la Chine n'accepterait plus les produits de sa firme.

Il a toutefois refusé de confirmer que des produits contenaient de la ractopamine. Une enquête est en cours à l'Agence canadienne d'inspections des aliments (ACIA), s'est-il contenté de dire.

Le directeur des opérations de l'entreprise, Michel Pelletier, avait avancé un peu plus tôt que son entreprise était victime d'une méprise. Ce n’est pas nous, c’est une fraude qui est faite, parce que nous, on n'exporte pas de langues de porc. [...] L'ACIA est là-dessus. [...] On a les preuves de tout ça. Maintenant, il faut se débattre avec les Chinois, a-t-il commenté.

M. Houle n'a pas voulu confirmer ces propos.

« Certainement pas une bonne nouvelle », selon Marie-Claude Bibeau

Ce n'est certainement pas une bonne nouvelle, a commenté mardi la ministre canadienne de l'Agriculture, Marie-Claude Bibeau, qui dit prendre l'affaire très au sérieux.

Elle a confirmé que l'ACIA est en train de faire le suivi avec l'entreprise, qu'elle a d'ailleurs refusé de nommer, afin de savoir si de la ractopamine se trouvait bel et bien dans un produit et, le cas échéant, d'où elle provenait et comment elle s'y est retrouvée.

On a été informés par la Chine qu’ils avaient trouvé de la ractopamine dans des langues de porc, maintenant on est en train de faire les vérifications. [...] On n’a pas confirmation ici de nos scientifiques que ça a été trouvé, mais on fait quand même toutes les démarches, toutes les recherches.

Marie-Claude Bibeau, ministre de l'Agriculture du Canada

Mme Bibeau a confirmé que certains pays, dont le Canada, les États-Unis et l'Australie, acceptent un certain niveau de ractopamine dans le porc, et que cela est sans danger pour les consommateurs.

La Chine applique cependant une politique de tolérance zéro à cet égard, mais l'ACIA a le mandat de vérifier les produits destinés à y être exportés avant de délivrer un certificat de conformité.

Les Chinois pourraient avoir trouvé des résidus, a avancé la ministre, avant de se montrer plus affirmative dans ses propos. Ce qui a été trouvé dans la viande là-bas, c’est tout à fait acceptable pour le Canada, aux États-Unis, en Australie, a-t-elle dit.

La ministre de l'Agriculture, qui invite les exportateurs de porc à respecter scrupuleusement les règles chinoises d'exportation, est restée prudente lorsqu'elle a été interrogée sur l'impact de cette affaire dans le contexte actuel.

Je ne veux pas spéculer sur les conséquences que ça peut avoir sur notre relation, a-t-elle lâché.

Des entraves au commerce qui s'accumulent

L'agence douanière chinoise a fait savoir au début du mois qu'elle entendait scruter à la loupe chaque importation de porc canadien, en raison de « cas récents de non-conformité » et des risques de contrebande et d'infestation de peste porcine africaine.

La ministre de l’Agriculture du Canada, Marie-Claude Bibeau, avait soutenu que ces cas de « non-conformité » se rapportaient en fait à « des erreurs au niveau administratif », en assurant que la peste porcine africaine, qui se propage présentement en Chine, n’a pas atteint l’Amérique du Nord.

Mme Bibeau avait également évoqué des problèmes administratifs un mois plus tôt lorsque la Chine a suspendu les permis d'exportations de porc d'une usine albertaine d'Olymel de Drummond Export.

En mars, la Chine a aussi cessé les importations de canola de deux des plus importants exportateurs canadiens, Richardson International et Viterra, en soutenant que leur marchandise était contaminée.

Tous ces litiges commerciaux entre la Chine et le Canada sont apparus après que la numéro 2 de Huawei, Meng Whanzou, a été arrêté à Vancouver à la demande de Washington, qui veut la juger pour avoir contourné des sanctions imposées à l'Iran.

Quelques jours après l'arrestation de Mme Meng, deux Canadiens, le diplomate en congé sabbatique Michael Kovrig et l'homme d'affaires Michael Spavor, ont été arrêtés en Chine. Ils sont accusés d'avoir recueilli, volé ou transmis des secrets d'État.

En mai 2017, soit avant cette affaire, la Chine avait aussi suspendu des importations de porc de l'usine Olymel de Vallée-Jonction, en Beauce, après avoir découvert des traces de ractopamine.

Avec les informations de Associated Press

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