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À Mirabel, l'opposition s'estime muselée par le maire

De droite à gauche, le maire Jean Bouchard ainsi que les conseillers Marc Laurin et Robert Charron, dans leurs bureaux.

De droite à gauche, le maire de Mirabel, Jean Bouchard, ainsi que les conseillers Marc Laurin et Robert Charron.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Radio-Canada

L'opposition municipale de Mirabel, dans les Basses-Laurentides, estime que l'espace démocratique dont elle dispose se rétrécit en raison de divers règlements.

Le parti Mouvement citoyen Mirabel (MCM), qui ne compte aucun élu, dénonce notamment un règlement récent sur l'éthique des bénévoles, qui prévoit que « dans le cadre de son mandat, il est interdit à tout bénévole de faire de la politique municipale sous toutes ses formes ».

Or, la dirigeante de la formation, Annie Vanden Abeele, est aussi présidente d'un comité de parc. Le conseil municipal lui reproche d'avoir des activités politiques sur la page Facebook de l'opposition. Elle a donc reçu une lettre lui demandant de choisir entre ses deux rôles.

« Quand je fais mes activités comme présidente de parc, jamais je ne parle de Mouvement citoyen Mirabel, je ne [dis pas] que je suis dirigeante du parti », assure-t-elle.

Mais le maire de Mirabel, Jean Bouchard, assure avoir reçu des témoignages de bénévoles de comité à ce sujet.

« En réalité, c’est plus fort qu’elle, elle va tout de même donner son opinion personnelle et c’est arrivé, rétorque-t-il. Libre à elle de faire de la politique, c’est démocratique, mais le code éthique est clair : c’est qu'un bénévole est redevable à la Ville de Mirabel en ce qui a trait à ses tâches, à ses responsabilités. »

Il est tout à fait normal d'avoir un tel règlement, qui existe dans d'autres villes, assure-t-il.

Mme Vanden Abeele déplore une politique de deux poids, deux mesures. Le conseiller municipal du district dans lequel se trouve le parc siège à toutes les rencontres du comité en se présentant justement comme conseiller municipal, souligne-t-elle, même « s' il faut que les réunions soient apolitiques ».

Aux yeux du maire, les élus du conseil municipal qui œuvrent dans des comités « sont des observateurs » qui appuient le travail fait par les comités de parcs.

Mme Vanden Abeele, qui s'interroge sur la légalité d'une telle démarche, n'a pas encore décidé si elle comptait signer le code d'éthique des bénévoles.

L'experte en gestion municipale Danielle Pilette, professeure associée à l’UQAM, estime que ce règlement ne passerait pas l'étape des tribunaux.

Fait à noter, l'engagement communautaire mène souvent à la politique municipale, où les candidats ne sont pas légion.

D'autres sources de récrimination

L'opposition critique aussi un règlement qui interdit la location de salles pour toute activité politique, entré en vigueur en janvier 2017, juste avant les élections de novembre 2017.

C'est en vertu de ce règlement que le chef du Mouvement citoyen Mirabel, David Marra-Hurtubise, qui était alors conseiller municipal indépendant, s'est vu refuser l'accès aux locaux de la Ville. M. Marra-Hurtubise, qui songeait à créer un parti et à se présenter, voulait consulter les citoyens.

Cela n'a pourtant pas empêché le maire Bouchard d'instaurer toutes les semaines, « juste avant les élections » dans les bibliothèques municipales de la ville, l'événement Le maire à l'écoute « pour rencontrer les citoyens, pour jaser avec eux », dénonce Mme Vanden Abeele.

« On me l'a refusé, cet accès-là, et il a repris exactement le concept que j’avais voulu faire », ajoute M. Marra-Hurtubise.

Il y a « deux, trois personnes qui prétendent ne pas comprendre pourquoi la Ville interdit la location de nos édifices municipaux, notamment les centres culturels ou les chalets de parc, pour en faire un lieu de rencontre de partisanerie », soutient le maire de son côté.

Le MCM critique aussi la distribution bimensuelle par l'administration Bouchard d'un bulletin municipal qui s'apparente à un journal hebdomadaire avec des articles. Il y a confusion des genres, disent-ils.

La formation déplore de plus que les séances municipales bimensuelles ne soient pas enregistrées et diffusées sur Internet.

C'est la première fois dans l’histoire qu'il y a une opposition structurée et organisée à Mirabel, et c'est ce qui menace l'administration en place, fait valoir le MCM.

« Est-ce qu’il y a vraiment une opposition? demande le maire. Il faut demander ça à la population. À ce que je sache, à Mirabel, ça va très bien. »

Lors des dernières élections municipales de 2017, le maire sortant a été réélu haut la main et a fait élire les candidats de son parti dans les huit districts de la ville. Dans quelques districts, l'opposition a obtenu de bons résultats avec 30 %, voire 40 % des voix, même si elle ne compte aucun élu.

D'après le reportage de René Saint-Louis

Grand Montréal

Politique municipale