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Quand l’école est le seul pilier francophone d’une communauté

Un panneau indiquant le nom de l'école francophone

L'École catholique de l'Enfant-Jésus est un des principaux lieux de rassemblement de la communauté francophone de Dryden.

Photo : Radio-Canada / Miguel Lachance

Dans certaines municipalités du Nord-Ouest de l’Ontario, l’école francophone locale est seule ou presque pour organiser des activités en français. Selon les directions d’écoles, cela met beaucoup de pression sur les épaules du personnel pour faire vivre la culture francophone aux élèves.

Dryden est une petite ville d’environ 5500 habitants située le long de la Transcanadienne, à mi-chemin entre Thunder Bay et Winnipeg. Elle compte environ 370 francophones ou personnes bilingues.

L’École catholique de l’Enfant-Jésus est située loin du centre de la ville, en retrait sur la route de l’aéroport.

Le drapeau franco-ontarien flottant à côté de ceux de l'Ontario et du Canada devant un bâtiment.

L’école est principalement visible dans la communauté le 25 septembre, lors des célébrations de la Journée des Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens.

Photo : Radio-Canada / Miguel Lachance

La directrice de l'école, Claudine Savage, explique qu’elle et son personnel doivent prendre l’initiative pour offrir des activités en français à Dryden, car sinon personne ne le ferait.

Ça revient plus souvent à l’école qu’autrement, ajoute-t-elle. Mon équipe a vraiment à cœur de promouvoir la langue.

J’ai vu de la réticence de certains membres de notre communauté qui ne veulent pas s’afficher comme francophones, raconte Mme Savage, parce que ça fait longtemps qu’ils n’ont pas pratiqué la langue.

C’est dommage, parce qu’on voudrait leur donner la chance de se pratiquer [...] et que nos élèves voient qu’il y a des gens qui parlent français dans la communauté.

Claudine Savage, directrice de l'École catholique de l'Enfant-Jésus

Claudine Savage souligne qu’il existe à Dryden un groupe d’aînées francophones, les Dames Éclair.

Ce groupe a été créé par Claire Drainville, qui a participé à la création de l’Association des francophones du Nord-Ouest de l’Ontario en 1977.

Les Dames Éclair sont actives, mais elles ne sont pas connues dans la communauté, explique Mme Savage. Elles ne sont pas nombreuses, donc leurs activités sont limitées.

Une femme posant devant une fenêtre d'un bâtiment en briques.

Claudine Savage aimerait pouvoir bâtir à partir des Dames Éclair un véritable organisme francophone rassembleur, et qui enlèverait un peu de pression à son personnel.

Photo : Radio-Canada / Miguel Lachance

La situation est semblable dans le canton de Manitouwadge, raconte le directeur de l’École élémentaire publique Franco-Manitou, Éric Robert, et ce même si les francophones représentent une plus grande proportion de la population.

Selon le dernier recensement, un peu plus de 15 % de la population de la municipalité de 1700 personnes ont le français comme langue maternelle.

Une vue aérienne d'une petite municipalité.

En comptant les gens bilingues, Manitouwadge compte près de 22% de résidents qui affirment comprendre ou parler le français.

Photo : Municipalité de Manitouwadge

M. Robert, qui a enseigné pendant 16 ans à Timmins avant de déménager à Manitouwadge en août 2018, a rapidement remarqué l’immense différence pour l’offre d’activités en français pour les jeunes.

Comme son homologue de Dryden, il essaie régulièrement d’avoir des intervenants francophones pour parler aux élèves sur différents sujets, avec un succès limité.

Comme à Dryden, plusieurs francophones n’osent pas parler français en public parce qu’ils ne se sentent pas en confiance, avance-t-il.

Dans certains cas, il doit se contenter d’avoir des documents en français, et parfois l’école doit même s’occuper de les traduire.

Une carte d'une partie de Nord de l'Ontario, centrée sur Manitouwadge.

Le canton de Manitouwadge a été fondé dans les années 1950 par la compagnie minière Noranda, alors basée en Abitibi.

Photo : Google Maps

Le directeur explique que selon des recherches, les jeunes auraient besoin d’être exposés au français pendant plus de 60 % de la journée pour bien assimiler la langue.

Le temps passé en classe ne suffit pas, estime-t-il, d’autant plus que les enfants parlent en anglais lors des récréations et des activités sportives organisées par la Municipalité et les écoles anglophones.

Tout retombe sur les épaules des enseignants, raconte M. Robert.

Ceux-ci organisent différentes activités parascolaires, entre 15 h et 16 h, pour exposer un peu plus longtemps les élèves au français pendant la journée.

La devanture d'une école.

L'École Franco-Manitou partage des locaux avec l'école publique anglophone de Manitouwadge.

Photo : Google Street View

Le directeur compte d’ailleurs organiser un voyage au Carnaval de Québec l’an prochain pour exposer ses élèves au patrimoine francophone.

Les parents anglophones représentent environ les deux tiers des parents qui inscrivent leurs enfants à l’École Franco-Manitou.

Le directeur veut ainsi tenir à l’automne une rencontre pour expliquer aux parents anglophones comment ils peuvent aider leurs enfants avec l’apprentissage de la langue et de la culture francophone, notamment avec des jeux ou des films en français.

Le temps et l’argent

Pour Mme Savage et ses enseignantes, il n’y a pas assez d’heures dans une semaine pour organiser autant d’activités qu’elles le souhaiteraient.

Cela nécessite beaucoup de préparation de notre part, confie telle, en ajoutant que ce n’est pas toujours possible de trouver le temps de le faire. On travaille toutes à temps plein.

Le manque de ressources financières peut aussi être un frein, surtout pour la promotion des activités, selon Claudine Savage.

Elle ajoute que malheureusement, les efforts de communications ne portent pas toujours les fruits espérés.

Mme Savage cite en exemple le spectacle du groupe franco-ontarien Swing, auquel très peu de gens en dehors de la communauté scolaire ont assisté à Dryden en juin 2017 lors des célébrations du 10e anniversaire de l'école.

Après l’élémentaire

Pour permettre aux élèves du secondaire de parler français dans un contexte réel, Claudine Savage a établi en 2016 un partenariat avec un enseignant de l’école secondaire anglophone.

Des rencontres sont organisées entre les élèves du secondaire et ceux de l’élémentaire.

Mon idée c’était de créer des situations de leadership en leur donnant l’occasion de parler en français de façon authentique [à l’opposé] de juste le pratiquer en salle de classe.

Claudine Savage, directrice de l'École catholique de l'Enfant-Jésus

La directrice aimerait bien la création d’une école secondaire francophone, mais le contexte ne le permet pas pour l’instant.

Un panneau avec le nom d'une école devant celle-ci.

L’école secondaire francophone la plus proche de Dryden est à Thunder Bay, à 350 km de route.

Photo : Radio-Canada / Miguel Lachance

L’éducation en français à Dryden se termine donc après la 8e année. Par la suite, les élèves ont accès à un programme d’immersion française à l’école secondaire anglophone.

C’est un service que le conseil public anglais offre, mais du jour au lendemain ils pourraient toujours annuler ce programme-là. C’est toujours une crainte que j’ai.

Claudine Savage

Elle croit notamment que le programme d’immersion pourrait faire les frais des compressions en éducation.

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