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La médecine innue continue d'être cultivée

Les savons servant à traiter l'eczéma sont les seuls produits vendus. Le reste est offert gratuitement aux malades.

Photo : Radio-Canada / Jean-Louis Bordeleau

Jean-Louis Bordeleau

En Minganie, la médecine traditionnelle innue s'est remise à fleurir. Depuis 2003, des femmes entretiennent discrètement le secret de remèdes millénaires.

Le projet Innu-Natukuna – qui signifie médecine innue –, c'est une sorte de pharmacie qui a été élaborée dans les locaux de la maison de la culture innue, dans le village d'Ekuanitshit.

Aujourd'hui, c'est une vingtaine de remèdes qui sont offerts gratuitement à quiconque en aurait besoin.

Toutes les plantes sont médicinales, mais aujourd'hui, on en ramasse peut-être 20 %. On ramasse les plus utilisées aujourd'hui à la pharmacie.

Georgette Mestokosho, coordonnatrice du projet Innu-Natukuna

Selon ceux qui les concoctent, ces médicaments guérissent les infections, calment les douleurs musculaires, soulagent la toux ou encore traitent l'arthrose.

Un petit pot plein d'un liquide visqueux.

C'est après avoir fait bouillir des écorces d'arbres durant des heures qu'on obtient ce petit pot qui aide à guérir les coupures.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Mais les techniques de fabrication demeurent secrètes.

C'est que les responsables craignent que les plantes de la forêt boréale ne deviennent des produits de consommation.

Georgette Mestokosho en pleine nature.

Georgette Mestokosho, coordonnatrice du projet Innu-Natukuna

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

On a des savons qu'on vend à la maison de la culture pour l'eczéma, mais c'est juste ça qu'on fait. On ne veut pas devenir commercial. C'est correct de rester petit.

Georgette Mestokosho, coordonnatrice du projet Innu-Natukuna
Un couteau devant des feuilles de thé du Labrador.

Selon les responsables d'Innu-Natukuna, ceux qui possèdent ces connaissances portent la responsabilité de soigner gratuitement leur collectivité.

Photo : Radio-Canada / Jean-Louis Bordeleau

Un soin particulier est porté aux restes de plantes prélevées en nature.

Pour le bon fonctionnement, il faut s’assurer de faire beaucoup de cueillettes, surtout en ce qui concerne celles qui sont le plus fréquemment utilisées.

Agathe Napess, aînée (traduction de l'innu)

Par exemple, lorsqu'une branche est écorcée, le chicot est remis dans la nature. Lorsque les feuilles sont cueillies, le reste de la branche est déposé en hauteur, souvent sur un feuillage de sapin.

Modernité et techniques anciennes

Les gestes de cueillettes et les recettes des décoctions demeurent identiques depuis des millénaires. Par contre, la transmission des connaissances, elle, se modernise.

Un homme fait maintenant partie du cercle d'initiées.

La tradition en tant que telle disait que [l'enseignement de la médecine], c'était pour les femmes, de mère en fille. Mais vu qu'aujourd'hui, tout le monde est ouvert, j'ai ouvert un poste pour les hommes, dit Georgette Mestokosho.

Dans un sous-bois, trois femmes innues récoltent du thé du Labrador.

Ces femmes d'Ekuanitshit offrent gratuitement près d'une vingtaine de remèdes différents.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Entre les rires qui fusent au gré de la cueillette en ce jour de juin ensoleillé, Georgette Mestokosho raconte avoir vu la flore boréale changer.

Aujourd'hui, on ne peut pas ramasser [ces feuilles du thé du Labrador] au soleil. Il y a quelques années, on pouvait aller dans le soleil. Maintenant, il faut aller dans les sous-bois. Peut-être à cause du changement climatique, les feuilles sont brûlées par le soleil. Elles sont plus brunes. Elles sont moins belles.

Pour récolter des essences rares et aussi fuir la pollution des villages, elles partent régulièrement, en hélicoptère, en avion ou en automobile, vers l'intérieur des terres, dans le territoire que les Innus appellent Nutshimit.

Des plantes poussent à l'ombre d'une branche de bois mort.

« Toutes les plantes possèdent des vertus médicinales », affirme l'aînée d'Ekuanitshit, Agathe Napess.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Guérir sa langue

En exécutant avec soin les mêmes gestes que leurs aïeules, les responsables d'Innu-Natukuna luttent aussi contre la disparition de leur langue.

Au tout début, quand j'ai commencé, je voulais apprendre en français, je pensais que c'était plus facile, souffle Georgette Mestokosho. Mais je n'ai jamais appris le nom français des plantes, le nom français des racines, ça a toujours été en innu.

Deux femmes innues en forêt.

Le projet Innu-Natukuna est aussi un projet de transmission de savoirs.

Photo : Radio-Canada / Jean-Louis Bordeleau

Leur projet communautaire s'étend au-delà des frontières d'Ekuanitshit. Des Innus du Labrador ont récemment parcouru les centaines de kilomètres qui les séparent de la côte pour en apprendre davantage sur ce que la forêt boréale pouvait leur apporter.

Au tout début, il n'y avait pas beaucoup de personnes, de dire Georgette Mestokosho. Ça commençait à se perdre, mais aujourd'hui, il y a beaucoup de personnes, beaucoup de mères, beaucoup de jeunes qui viennent, ils y croient maintenant.

Qui sait? Certaines recettes délaissées avec le temps pourraient revenir dans les habitudes.

Pour la première fois depuis la jeunesse de cette aînée, une concoction à base de graisse de phoque devrait être préparée cet automne.

Il faut toujours respecter les plantes médicinales lorsqu’on en fait l’utilisation, peu importe l'espèce, explique en innu Agathe Napess.

Côte-Nord

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