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Égypte : la mort de l’ex-président Morsi qualifiée d’« assassinat » par ses proches

Mohamed Morsi derrière des barreaux lors d'un procès.

L'ancien président égyptien Mohamed Morsi lors de son procès au Caire en mai 2014.

Photo : Reuters

Radio-Canada

Mohamed Morsi, le premier président démocratiquement élu en Égypte, est mort lundi à l'âge de 67 ans après une audition devant un tribunal du Caire. Il aurait succombé à une crise cardiaque, selon la télévision d'État.

Son fils Abdallah Mohamed Morsi a déclaré à Reuters que les autorités s'opposaient à ce qu'il soit inhumé dans le cimetière où repose sa famille.

Selon Al-Jazira, le procureur a ordonné l’inhumation de M. Morsi après la fin de l’autopsie. L'enterrement a eu lieu au cimetière du quartier de Nasr, dans l’est du Caire en présence de sa famille. Les autorités avaient signifié que seuls les membres de sa famille étaient autorisés à assister à l'enterrement.

Selon son avocat, Abdelmoneim Abdel Maksoud, la prière funèbre a été accomplie à l'hôpital de la prison de Tora.

Des sources proches des services de sécurité ont indiqué que les forces de l'ordre ont été placées en état d'alerte lundi, notamment dans la province de Charkiya, région natale de Mohamed Morsi, qui se trouve dans le Delta du Nil.

« Le tribunal lui a accordé le droit de parler pendant cinq minutes […] Il est tombé sur le sol dans la cage des accusés […] et a été immédiatement transporté à l'hôpital » où il est décédé, a indiqué le parquet général égyptien dans un communiqué.

« Il [M. Morsi] est arrivé à l'hôpital à exactement 16 h 50 [heure locale] et il n'y avait pas de nouvelles blessures visibles sur le corps », a-t-il précisé.

L'ancien président était détenu depuis juillet 2013, après son renversement par le maréchal Abdel Fattah Al-Sissi, alors ministre de la Défense et aujourd'hui président de l'Égypte.

En mars 2018, une commission britannique indépendante avait condamné son maintien en isolement 23 heures par jour, dans des conditions de détention pouvant « relever de la torture ou du traitement cruel, inhumain ou dégradant ».

« Le refus d'un traitement médical de base auquel il a droit pourrait entraîner sa mort prématurée », avait déclaré devant le Parlement britannique le député Crispin Blunt, président de cette commission.

« Assassinat »

Les Frères musulmans ont accusé les autorités égyptiennes de « meurtre à petit feu » de l'ancien président.

Dans un communiqué, le Parti de la liberté et de la justice, l’aile politique de la confrérie des Frères musulmans, a dénoncé les mauvaises conditions de détention de M. Morsi.

Pour sa part, le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé les « tyrans » d'être responsables de la mort de M. Morsi.

« L'histoire n'oubliera jamais les tyrans qui l'ont conduit vers la mort en le mettant en prison et en le menaçant de l'exécuter », a déclaré M. Erdogan, un allié de Mohamed Morsi, lors d'un discours télévisé à Istanbul.

M. Erdogan a présenté la mort de M. Morsi comme un « symbole de la persécution contre lui et son peuple ». « À nos yeux, Morsi est un martyr qui a perdu la vie pour une cause en laquelle il croyait », a-t-il déclaré.

L’ancien président tunisien Moncef Marzouki estime, dans une entrevue à Al-Jazira, que la raison de la mort du président Mohamed Morsi est l’alliance entre la « contre-révolution en Égypte et les gouvernements arabes ».

Dans un communiqué, l'ONG Amnistie internationale a demandé aux autorités une « enquête immédiate » sur la mort de M. Morsi, qualifiée de « profondément choquante ».

L'organisation de défense des droits de la personne Human Rights Watch (HRW), par la voix de sa directrice pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, Sarah Leah Whitson, a dénoncé sur Twitter « l'échec du gouvernement à lui accorder des soins médicaux adéquats, encore moins des visites de sa famille ».

Le mouvement islamiste palestinien Hamas a déclaré être en deuil après l’annonce de la mort de M. Morsi.

Dans un communiqué, le Hamas a déclaré qu'il « pleurait l'ancien président égyptien Mohamed Morsi, décédé lundi soir après une longue lutte au service de l'Égypte, de son peuple et surtout de la cause palestinienne ».

Des dizaines de Palestiniens se sont rendus à la mosquée du Dôme du Rocher, à Jérusalem, pour accomplir la prière de l'absent pour M. Morsi.

Les derniers mots de M. Morsi

La chaîne Al-Jazira a publié sur son site un enregistrement de l’intervention de M. Morsi juste avant qu’il ne s’effondre. M. Morsi se plaignait au juge des conditions de son procès. Il indiquait qu’il se sentait isolé du fait d'être confiné au tribunal dans un espace séparé par un mur en verre qui ne lui permettait pas de voir ni les témoins, ni les juges, ni ses avocats. Il a déclaré qu’il considérait qu’il était jugé par contumace. « Je suis le présent absent », a-t-il dit. Il a demandé au juge une audience spéciale en présence de son avocat afin qu’il expose les conditions de son procès. Le juge lui a répondu que sa demande était enregistrée dans le procès-verbal.

Une série de procès

L’ancien président était emprisonné depuis sa destitution par l'armée en 2013. Il avait été jugé par la suite dans plusieurs affaires, dont un dossier d'espionnage au profit de l'Iran, du Qatar et de groupes comme le Hamas.

L'ancien président égyptien avait également été accusé de fomenter des actes de terrorisme.

Depuis sa destitution, son tombeur et ancien ministre de la Défense Abdel Fattah Al-Sissi a mené une répression sans merci contre l'opposition islamiste et en particulier les Frères musulmans, dont des milliers de membres ont été emprisonnés.

Plusieurs d'entre eux sont morts en détention.

Après la destitution de l'ex-président, policiers et soldats ont tué plus de 1400 manifestants pro-Morsi en quelques mois. Des centaines d'entre eux ont été condamnés à mort, dans des procès de masse expéditifs, qualifiés par l'ONU de « sans précédent dans l'histoire récente ».

Repères

  • Le 11 février 2011, après un soulèvement populaire inédit, Hosni Moubarak, président depuis 1981, remet ses pouvoirs au Conseil suprême des forces armées.
  • Fin 2011, le mouvement des Frères musulmans remporte les élections législatives.
  • Le 30 juin 2012, le candidat des Frères musulmans Mohamed Morsi, élu par 51,73 % des voix, devient le premier président issu d'un scrutin libre en Égypte.
  • Le 3 juillet 2013, à la suite de manifestations monstres réclamant son départ, Morsi est arrêté par l'armée, alors dirigée par Abdel Fattah Al-Sissi.
  • Le 14 août 2013, les forces de l'ordre lancent l'assaut contre deux places du Caire où campaient des milliers de pro-Morsi. Quelque 700 manifestants sont tués en l'espace de 12 heures par la police.
  • La quasi-totalité des dirigeants des Frères musulmans et des milliers d'opposants islamistes sont arrêtés. Des centaines, M. Morsi inclus, sont condamnés à mort.
  • Fin 2013, les Frères musulmans sont déclarés « organisation terroriste » par la justice, avant la dissolution de leur branche politique, le PLJ, en 2014.
  • Fin avril 2019, la Maison-Blanche indique que le président Donald Trump envisage de placer les Frères musulmans sur la liste noire américaine des « organisations terroristes ».
Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Al-Djazira

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