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chronique

Angèle triomphe aux Francos, en attente du Centre Bell

Elle est au centre de quatre danseuses.

Angèle en concert le 16 juin 2019 aux Francos de Montréal

Photo : Courtoisie Francofolies/Frédérique Ménard Aubin

Philippe Rezzonico

CRITIQUE – « Angèle! Angèle! Angèle! Angèle! » Eli Rose et ses deux musiciens n’avaient pas quitté la scène depuis cinq secondes, dimanche, que la foule massée dans le MTelus s’est mise à scander le prénom de l’artiste belge la plus en vue du moment, même si elle se doutait qu’il y allait avoir un entracte de quelques minutes.

Attendue, Angèle? Plutôt, oui. En matinée, tous les représentants des médias accrédités aux Francos de Montréal qui avaient fait une demande de couverture ont reçu un courriel du festival leur demandant de confirmer leur présence en soirée tellement la demande de billets pour assister au spectacle était énorme. Pas question de gaspiller des entrées…

Angèle est pourtant venue à Montréal l’an dernier durant les Francos, en première partie d’Hubert Lenoir. Mais depuis, son premier disque (Brol) est paru à l’automne, tout comme l’hymne féministe et le clip de Balance ton quoi, référence directe au mouvement #balancetonporc.

Résultat des courses : des dizaines de millions de visionnements de ses clips sur YouTube et des tournées à guichets fermés partout en Europe, ainsi qu’à Québec et à Montréal. Dans les faits, l’artiste est bien plus que la Belge la plus en vue du moment. Elle est l’artiste de l’Europe francophone la plus courue.

« Tout le monde, il veut seulement la thune/Et seulement ça, ça les fait bander/Tout le monde, il veut seulement la fame/Et seulement ça, ça les fait bouger. » Vous connaissez ces paroles? Ce sont les premières phrases de La thune (l’argent, en argot) que l’on a pu entendre en stéréo d’entrée de jeu. D’un côté, la voix d’Angèle amplifiée par les boîtes de son, de l’autre environ 2000 voix – majoritairement féminines – qui chantent à l’unisson.

Trio de choc

Derrière Angèle Van Laeken, le strict minimum : un batteur et un claviériste. Sur le plan musical, c’est tout ce qu’il faut à la Belge pour reproduire ses chansons. Pour ce qui est de la présence de scène, elle n’a guère besoin d’aide non plus.

Constamment en mouvement, sautillant d’un pas léger dans ses espadrilles de basketball, l’auteure-compositrice-interprète accapare l’attention en un tournemain avec ses grands yeux qui semblent réfléchir le regard des spectatrices qui chantent avec elle.

Contrairement à une Christine and the Queens qui danse avec une précision redoutable, Angèle fait plutôt penser aux starlettes des années 1970 que l’on voyait dans les discothèques d’antan. Il y a quelque chose d’aussi désinvolte que sa façon de chanter dans sa façon de se mouvoir. Très rafraîchissant.

Angèle en concert le 16 juin 2019 aux Francos de Montréal.

Jusqu’où Angèle peut-elle aller? On aura droit à la réponse le 13 décembre, lorsque la Belge reviendra au Québec pour se produire au Centre Bell.

Photo : Courtoisie Francofolies/Frédérique Ménard Aubin

Chorégraphies inspirées

Cela dit, Angèle peut aussi se fondre parfaitement dans un groupe lorsque ses quatre danseuses viennent se joindre à elles pour Jalousie ou Je veux tes yeux, avec sa magnifique chorégraphie. Mais attention, les mouvements ne sont pas des exercices militaires à la Janet Jackson.

Lors de certaines chansons, les danseuses offrent des gestuelles différentes, voire complémentaires, mais pas nécessairement synchronisées. On a parfois l’impression de voir des tableaux de danse contemporaine individuels. Une magnifique valeur ajoutée à l’ensemble.

Cela dit, c’est quand même Angèle qui dicte les ambiances et mène le jeu. Elle étire à rallonge La loi de Murphy, au point où elle s’offre un échange a cappella avec les spectateurs, avant de conclure en faisant bondir la salle comme Jain sait si bien le faire.

Elle interrompt cette même foule au début de Balance ton quoi, quand tout le monde chante : « 2018, j’sais pas c’qui t’faut! » « Non, non. Vous vous êtes trompés. Nous sommes maintenant en 2019. » De l’humour, en plus...

N’empêche, à la fin de l’interprétation de la chanson durant laquelle les danseuses multiplient les doigts d’honneur, Angèle a sérieusement ajouté : « J’espère que ça va mener à quelque chose. »

En solo

Elle ne craint pas le déficit d’attention et, après seulement 30 minutes de prestation, elle s’installe, seule devant son clavier, pour offrir Nombreux dont chaque mot est répété en chœur par la foule qui se reconnaît en elle.

C’est particulièrement vrai pour Victime des réseaux, une chanson bilingue de son répertoire qui démontre le vide et le cercle vicieux des réseaux sociaux : « I wish I’d be like you/You wish you’d be like me/Qui sort heureux d’ici? »

Parfois, ce sont les claquements de doigts durant Ta reine qui suffisent à maintenir le tempo dansant qui ne s’amenuise que durant les ballades. Tantôt, c’est un mouvement de danse collectif lancé à fond la caisse qui emporte la salle et les spectateurs dans un tourbillon aussi irrésistible qu’incendiaire.

Jusqu’où peut-elle aller? On aura droit à la réponse le 13 décembre, lorsque la Belge reviendra au Québec pour se produire au Centre Bell, rien de moins.

Pour quelqu’un qui a écrit une chanson (Flou, très réussie, hier) qui porte sur l’angoisse de la pression, il faut admettre que la jeune bruxelloise n’a pas froid aux yeux.

Mais à en juger par le sourire qu’elle avait quand elle a annoncé son retour prochain sur les planches, je me dis qu’elle a encore plus hâte que ses admiratrices au mois de décembre.

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