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Falher la centenaire perd sa langue

La première église fondée par les pionniers de Falher.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Radio-Canada

La ville de Falher fête son centenaire cette année. Cette communauté, qui a vu le jour lorsque le père Constant Falher a convaincu une poignée de Québécois qu'une vie meilleure les attendait au nord-ouest de l'Alberta, vit et prospère en français depuis un siècle... une réalité qui tend cependant à changer, alors que ce bastion francophone s'anglicise de plus en plus.

Sébastien Tanguay

Cette fin de semaine de nombreuses célébrations ont eu lieu à Falher, alors que le festival du miel annuel bat son plein au coeur de la communauté.

Le long de la rue principale, les devantures souhaitent bon anniversaire à la communauté centenaire.

« Falher 100 years », lit-on, çà et là, au travers des vitrines. En anglais, majoritairement.

« À un moment donné, le français, c'était primordial, se souvient Roland Turcotte, né en 1934 à Falher. Aujourd'hui, malheureusement, il y en a encore, mais ça diminue. Il n’y a rien qu'on puisse faire pour l'empêcher. »

Des curieux et des curieuses regardent défilé le cortège de chars allégoriques et de tracteurs. Près de 75 véhicules ont défilé en 2019, marquant en grand le centenaire de Falher.

La traditionnelle parade attire toujours les foules à l'occasion du festival du miel de Falher.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Les temps changent, et Falher aussi.

Les jeunes, attirés par les grands centres urbains et les opportunités d’emploi qu’ils offrent, quittent de plus en plus Falher.

Souvent, la jeunesse prend un aller simple.

Pendant que la relève francophone s’établit ailleurs, l’immigration anglophone s’enracine dans la communauté.

Une statue de Notre-Dame-du-Rosaire ouvre les bras à l'entrée de l'église Sainte-Anne, à Falher.

La statue de Notre-Dame-du-Rosaire accueille les fidèles à l'entrée de l'église Sainte-Anne, au centre de Falher

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

« La ville de Falher a changé, raconte Lucille Roy-Bussière, membre de la société de généalogie de Smoky River. On a beaucoup, beaucoup de gens qui ne sont pas natifs de la place et qui sont anglophones. Les familles, ce n'est plus pareil. »

L’amour entre francophone et anglophone devient de plus en plus fréquent au sein de la communauté, observe Maryse Simon, présidente de l’Association canadienne-française de l'Alberta (ACFA) régionale.

D'abord un collège de garçons fondé par les Oblats en 1952, l'école Héritage est devenue un des principaux remparts contre l'anglicisation de la communauté.

L'école Héritage éduque les élèves en français depuis plus de 30 ans.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

« Il y a beaucoup plus de couples exogames qui se forment. Alors c'est sûr que la francophonie prend un autre visage », précise celle qui est aussi enseignante à l’école Héritage.

Le dernier recensement de Statistiques Canada a, lui aussi, constaté un recul du français à Falher. En 2016, parmi les répondants, 465 personnes disent parler anglais et 455 affirment parler français. Toutefois, la langue parlée à la maison voit cette égalité se briser puisque 685 personnes parlent anglais à la maison, alors que seulement 245 parlent français chez eux.

En 2010, 495 personnes se disaient francophones et, surtout, 84 % d'entre elles affirmaient le parler à la maison, c'est-à-dire 415 personnes.

L'âge moyen de la population de Falher s'établit à 45 ans, alors que la moyenne albertaine est de 38 ans.

Le dernier recensement de Statistiques Canada indique que la population de Falher est légèrement plus âgée que la moyenne provinciale.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

S’il y a autant d’anglophones que de francophones dans la communauté, la langue française résonne beaucoup moins à l’intérieur des maisons.

« Il y a beaucoup de francophones à Falher, souligne Maryse Simon. Mais plusieurs ne sont pas à l’aise de l’exprimer en public. »

Maryse Simon, qui enseigne dans la seule école francophone de Falher, constate toutefois que même si les jeunes quittent leur ville natale, ils ne perdent pas pour autant leur engouement à l'égard de leur langue.

« Nous voyons beaucoup de finissants partir, c’est vrai, mais ils sont nombreux à continuer de s’impliquer dans la francophonie ailleurs dans la province. »

Le festival du miel porte une attention particulière aux enfants, prouvant qu'il n'ait nul besoin de s'exiler dans les grands centres pour se divertir.

Une enfant assiste à la parade du festival du miel.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Un patrimoine à protéger

Si le recul du français désole Lucille Roy-Bussière, c’est en raison du patrimoine que ce déclin met en péril.

« C’est l’héritage que les fondateurs de Falher nous ont laissé… Ce sera dommage que ça disparaisse », croit celle qui a collaboré à l’écriture de nombreux ouvrages sur l’histoire de la région.

Il y a un peu plus d’un siècle, une poignée de familles du Québec ont suivi le père Constant Falher jusque dans ces terres vierges.

Une église en bois centenaire se dresse au milieu d'un champ, surplombé par une croix de bois.

La première église fondée par les pionniers qui ont implanté le catholicisme et la langue française dans la région de Falher, au tournant des années 1910.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Elles y ont planté des semences, mais aussi la croix catholique et la langue de Molière.

Si l’agriculture demeure un des piliers de l’économie locale, l’Église n’a plus la vigueur d’antan dans la région.

« Le catholicisme, malheureusement, ça diminue un petit peu partout, puis on est pareil ici, concède Roland Turcotte, l’ancien maire de Falher. Les jeunes à l'église sont très très rares, et quand les vieux, comme moi, disparaîtront, je ne sais pas ce qui va arriver. »

L'église à deux clochers qui a d'abord abrité la cloche a brûlé en 1962. L'église Sainte-Anne fut édifiée sur ses cendres, dans un style moins imposant, mais plus moderne.

Cette cloche trône près de l'église Sainte-Anne de Falher. Installée le 21 décembre 1921 sur l'imposante église en construction, elle porte le surnom d'Anne Marie.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

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