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Une coupe forestière controversée interrompue en Nouvelle-Écosse

Des manifestants dressent une bannière verte d'Extinction Rebellion.

Extinction Rebellion en Nouvelle-Écosse (XRNS) manifeste près de la forêt Corbett-Dalhousie, dans la vallée d'Annapolis.

Photo : XRNS

Frederic Wolf

En Nouvelle-Écosse, le gouvernement provincial vient d’interrompre temporairement une coupe forestière qui est prévue dans une forêt ancienne de la vallée d’Annapolis, après les objections de citoyens et de scientifiques.

WestFor Management, une entreprise forestière, avait précédemment obtenu l’autorisation de procéder à des coupes sur des terres de la Couronne dans la forêt Corbett-Dalhousie, située entre le lac Corbett et le lac Dalhousie.

J’ai pris la décision, fondée sur les commentaires du public, de mettre en veilleuse la récolte éventuelle dans cette zone, et d’examiner la rétroaction que nous recevons, a indiqué vendredi le ministre des Terres et de la Foresterie de la Nouvelle-Écosse, Iain Rankin.

Ces commentaires, dit le ministre, portent entre autres sur des inquiétudes à l’égard de certaines espèces en péril, notamment le martinet ramoneur et la tortue mouchetée.

Des inquiétudes venant de plusieurs endroits

De nombreux biologistes et naturalistes ont passé la forêt au peigne fin ce mois-ci pour identifier des espèces. Ils s’opposent à ce que des coupes forestières soient effectuées durant la saison où les oiseaux migrateurs font leurs nids, et estiment qu’elles contreviendraient par ailleurs à une loi fédérale, la Loi sur la convention concernant les oiseaux migrateurs, qui interdit d’endommager, de détruire, d’enlever ou de déranger les nids.

Le groupe Extinction Rebellion en Nouvelle-Écosse (XRNS) occupait depuis le 9 juin le chemin forestier donnant accès au site des coupes prévues.

En plus de manifestations quotidiennes, le groupe, chapitre d'un mouvement international qui prône les actions directes et non violentes pour lutter contre l'effondrement environnemental, maintenait une présence sur place, quelques individus campant sur les lieux chaque soir.

Photo d'une vingtaine de personnes avec des affiches et des bannières.

Extinction Rebellion en Nouvelle-Écosse (XRNS) a occupé les abords de la forêt Corbett-Dalhousie pendant près d'une semaine.

Photo : XRNS

Selon ces manifestants, c’est un effort soutenu de la communauté qui force la main du gouvernement néo-écossais dans ce dossier.

Si les pétitions et les courriels fonctionnaient, les choses auraient changé depuis longtemps. Rien n’a réellement changé avant cet effort concerté, venant de toutes les directions, juge Nina Newington, une porte-parole du groupe dans le comté d’Annapolis. Extinction Rebellion, c’est ce que nous essayons de faire : créer une volonté politique de réaliser des choses, et pas simplement en parler. Et je crois que ça a fonctionné.

Le groupe est toutefois réaliste quant à la portée de la décision annoncée vendredi par la province.

Nous sommes très heureux que les coupes aient été interrompues, mais nous sommes aussi tout à fait conscients qu’elles ont été seulement mises en pause. Pour nous, ce n’est pas assez.

Nina Newington, Extinction Rebellion Nouvelle-Écosse

La forêt Corbett-Dalhousie est composée de peuplements d’âge divers, dont certains arbres qui auraient plus de 200 ans, et sert d’habitat à plusieurs espèces d’oiseaux et de mammifères. C’est une forêt inhabituellement diverse et en santé, et nous avons tellement peu en Nouvelle-Écosse qui peuvent devenir des forêts anciennes que nous ne voulons pas de coupes forestières dans cette zone, relate Nina Newington.

Un martinet ramoneur en vol.

Au moins une douzaine d'espèces, dont le martinet ramoneur, ont été observées ces derniers jours.

Photo : Getty Images / Dan Logan

La semaine dernière, l’entreprise forestière WestFor disait respecter les directives du ministère provincial des Terres et de la Foresterie. Le directeur général de l’entreprise, Marcus Zwicker, expliquait qu’il existait des procédures pour empêcher la destruction des habitats lorsqu’une espèce en péril est repérée en forêt, et assurait que son personnel était formé pour être à l’affût.  

Pour les espèces en péril, en particulier les oiseaux, les tortues… ils [le personnel] ont avec eux des fiches avec le nom [de l’espèce], des photos et des descriptions , disait M. Zwicker.

Or, Nina Newington doute que cela soit réaliste. Ça prend des heures et des heures à un biologiste de formation ou un observateur des oiseaux pour trouver ces petits nids, car les oiseaux n’auraient pas survécu s’ils n’étaient pas bons à camoufler leurs nids! (...) Un type qui regarde aux alentours, assis dans sa grosse machine, ne les trouvera jamais, affirme-t-elle.

Une paruline à tête cendrée dans son nid, cachée par le feuillage.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le naturaliste Scott Leslie a pris cette photo d'une paruline à tête cendrée, plus tôt ce mois-ci dans la forêt Corbett-Dalhousie.

Photo : Courtoisie de Scott Leslie

Plaidoyer pour un modèle écologique de foresterie

La résidente du comté d’Annapolis ne se dit pas opposée à l’activité forestière dans la province, mais insiste pour que le gouvernement de la Nouvelle-Écosse mette en pratique des modèles de foresterie écologique.

Nous avons des exemples dans cette province de foresterie durable. Windhorse Farm gère sa forêt très soigneusement depuis des années, et ils ont récolté de grandes quantités de bois de construction. Ils ont plus d’arbres en vie que lorsqu’ils ont commencé… parce qu’ils ont agi prudemment selon des principes de foresterie durable, souligne Nina Newington.

Manifestants sur un chemin forestier avec bannières et affiches.

Extinction Rebellion en Nouvelle-Écosse (XRNS) a occupé les abords de la forêt Corbett-Dalhousie pendant près d'une semaine dans la vallée d'Annapolis.

Photo : XRNS

La porte-parole du chapitre local d'Extinction Rebellion suspecte que les coupes ne reprendront pas avant septembre ou octobre, lorsque la saison des nids sera terminée. Il y a trop de regards tournés vers cette situation à présent, croit-elle. Si WestFor obtient à nouveau le feu vert du gouvernement pour procéder à des coupes dans cette zone précise, dit Mme Newington, nous retournerons aux barricades.

J’ai un problème avec le fait de couper toutes les forêts de bois de feuillus qu’il nous reste. Nous devons les renouveler, nous devons laisser certaines de ces forêts anciennes évoluer par elles-mêmes, sans intervention, insiste-t-elle.

Iain Rankin à l'extérieur devant ses bureaux.

Le ministre Iain Rankin.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Le ministre des Terres et de la Foresterie, Iain Rankin, indiquait vendredi dit que des biologistes au sein de son personnel vont évaluer la situation dans cette zone. J’ai ordonné à WestFor d’interrompre la récolte jusqu’à ce qu’une enquête plus approfondie puisse être réalisée, a écrit M. Rankin dans un communiqué, sans préciser combien de temps cette enquête prendra.

Le ministre indique que la province travaillera avec WestFor pour aider la compagnie à s’approvisionner en bois. Nous avons une importante industrie forestière en Nouvelle-Écosse, dit Iain Rankin. Nous avons simplement demandé une pause dans ce secteur précis pour nous pencher sur certaines inquiétudes soulevées par la communauté.

Par courriel, le directeur général de WestFor Management, Marcus Zwicker, a indiqué que la compagnie respectera la décision du gouvernement et assure le ministère de toute sa collaboration.

La protection de la faune de notre province est importante pour WestFor et nous prenons toutes les précautions possibles pour que nos opérations aient un impact aussi limité que possible sur la faune, écrit M. Zwicker.

Nouvelle-Écosse

Industrie forestière