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chronique

Corey Hart-Glass Tiger : la soirée canadienne des années 1980

L'homme chante et à les bras ouverts.

Corey Hart était en concert le 15 juin 2019, au Centre Bell de Montréal.

Photo : The Canadian Press / Frank Gunn

Philippe Rezzonico

CRITIQUE – Lorsque j’étais enfant le samedi soir, je regardais parfois La soirée canadienne avant La soirée du hockey et je découvrais des chansons traditionnelles composées des décennies plus tôt. Hier soir, coïncidence, un samedi, je redécouvrais des chansons composées des décennies plus tôt avec Corey Hart et Glass Tiger.

Ce programme double présenté au Centre Bell n’était rien de moins que l’équivalent pop-rock d’une Soirée canadienne des années 1980. Corey Hart, le Montréalais épris d’une Québécoise née à Greenfield Park, dont tous les tubes majeurs proviennent des années 1980, jumelé à un groupe canadien dont le chanteur (Allan Frew) a des racines écossaises.

Tant Hart que Glass Tiger ont périodiquement délaissé la scène depuis une vingtaine d’années, quoique pour des raisons différentes. Leur présence dans cette tournée conjointe pancanadienne était l’occasion pour des milliers de quinquagénaires – 95 % des 12 220 spectateurs présents – de renouer avec eux. Dans certains cas, depuis fort longtemps.

« Imaginez-vous en 1986. Personnellement, nous avions un peu plus de cheveux, on mettait du mascara et on achetait nos vêtements au Château », a rappelé Frew avant l’interprétation fédératrice de Someday, parue cette année-là. C’est justement lors de cette tournée, au parc Jarry, il y a 33 ans, que j’ai vu Glass Tiger pour la première et la dernière fois… avant hier. Frew m’a indirectement rappelé que j’avais plus de cheveux à l’époque, moi aussi, mais surtout, 75 livres de moins…

En 50 minutes, le chanteur qui a encore toute une voix et ses collègues ont livré toutes les essentielles (Someday, Don't Forget Me (When I’m Gone), Thin Red Line, My Town, etc.) avec une cohésion impeccable et un enthousiasme presque juvénile.

Le public se souvient

Corey Hart a aussi joué la carte de la nostalgie. Même la première chanson, la nouvelle et très bonne Dreaming Time Again, possède un propos nostalgique et une charpente similaire à certaines chansons du répertoire passé de Hart, notamment en raison du saxophone omniprésent d’Alison Young.

Après des versions bien senties de Bang! (Starting Over) et de Boy In The Box, titre de son album de 1985, durant laquelle Hart a crié : « On chante ensemble? Allez! », l’auteur-compositeur et interprète a eu droit à une ovation monstre qui l’a visiblement touché.

« Au Québec, on se souvient, a-t-il lancé, en référence à la devise québécoise. Et ça a l’air que vous vous souvenez. »

Quand il a demandé à la foule de manifester afin de savoir s’il y avait plus d’anglophones ou de francophones au concert – large domination des francophones –, il a enchaîné avec une chanson en français, Là-bas, qu’il a partagée avec son épouse Julie Masse, qui s’était faite discrète jusque-là au sein des choristes.

Les splendides In Your Soul et Ain’t It Enough, enrobées comme elles l’ont été hier, m’ont fait réaliser à quel point ce concert à peine commencé larguait complètement celui qu’il avait offert à la salle Wilfrid-Pelletier il y a 17 ans, au moment où il avait essentiellement cessé de faire des tournées.

En pleine forme et toujours redevable envers ses admiratrices, Hart a dédié Everything In My Heart à tous ses fans et un gros cœur a été vu sur les écrans au début de A Little Love, bien relevée.

Mélanie, Julie et le beau-frère

Le segment sur la petite scène où trônait un piano a donné lieu a des moments d’émotion pour le public, mais aussi pour le clan Hart-Masse.

Corey a présenté sur les écrans son passage récent à l’émission 1res fois, de Véronique Cloutier, où l’animatrice Mélanie Maynard et lui ont parlé de Jenny Fey, la chanson que Hart avait écrite pour sa mère sur son premier disque (First Offense, 1983). Corey a invité Maynard à les rejoindre sur scène et il a interprété la jolie chanson.

Puis, il a demandé à son épouse lequel des deux titres qu’il avait composés pour elle elle préférait entendre. Tonight (I Wrote You This Song) a été l’élue. Finalement, il a fait monter son beau-frère sur scène, pas tant parce qu’il s’agissait de son anniversaire, mais bien parce que son fils – le neveu de Corey – s’est suicidé en 2016. Disons que la Let It Be des Beatles a pris un sens bien particulier.

Après que Corey eut pris un bain de foule au parterre et dans les gradins durant Tell Me, Geneviève Jodoin est venue partager L’hymne à l’amour, puis le Montréalais a intercalé des succès du lointain passé (Bad Case of Loving You (Doctor, Doctor), popularisée par Robert Palmer) et du passé récent (Viva la Vida, de Coldplay), à ses propres bombes (Sunglasses at Night, Never Surrender).

Outre l’indicible joie que ce dernier quart d’heure a procurée à bon nombre de spectateurs, cela a permis de réaliser à quel point Hart est encore passionné par la musique, après avoir pris le temps d’élever sa famille de quatre enfants avec son épouse.

Histoire à suivre ou dernier hourra nostalgique? Le temps le dira. Mais durant trois bonnes heures hier, le Centre Bell avait des allures de Forum de Montréal.

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