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Un urgentologue frustré par le manque de ressources dans le système de santé à Winnipeg

Un homme aux cheveux gris en gros plan, avec un hôpital, vu de l'extérieur, en arrière-plan.

Le Dr Doucet exprime une frustration que beaucoup de ses collègues ressentent, selon lui, par rapport au manque de ressources et de lits dans le système de santé.

Photo : Radio-Canada / Walther Bernal

Camille Gris Roy

Un médecin de l'Hôpital Saint-Boniface, à Winnipeg, est préoccupé par le manque de lits et de ressources disponibles dans le système de santé. Le docteur Paul Doucet travaillait à l’urgence de l’hôpital, mercredi, lorsque des patients ont dû temporairement être redirigés vers d’autres hôpitaux pour certains types d'interventions à cause d'un problème de capacité.

Le Dr Paul Doucet est urgentologue à Winnipeg depuis 32 ans, et a passé l’essentiel de sa carrière à l’urgence de l’Hôpital Saint-Boniface.

Il raconte que la journée du mercredi 12 juin a été particulièrement stressante. « Quand je suis arrivé à l'urgence à 11 h, il y avait 22 patients qui étaient admis, dont plusieurs qui étaient très malades. On n’avait pas la capacité pour voir d'autres patients d'une façon efficace, on n’avait pas assez de lits », dit-il.

Le médecin a alors averti ses supérieurs, ce qui a mené à l’envoi d’une note de service interne demandant à rediriger les patients dont la situation n’était pas urgente.

Paul Doucet rapporte aussi qu’un peu plus tard dans la journée, un patient très malade est arrivé à l’urgence au moment où les deux lits de réanimation étaient occupés, et a fait un arrêt cardiaque dans le couloir. L’un des patients qui occupaient un lit de réanimation a été « déménagé brusquement » pour faire place à ce nouveau patient, commente-t-il.

Ça ajoute à un environnement de travail difficile, lorsque vous jonglez continuellement avec des lits et des patients et qu’il n’y a aucun espace disponible.

Paul Doucet, urgentologue à l'Hôpital Saint-Boniface
Des ambulances stationnées devant l'entrée de la salle d'urgence. Un grand panneau indique : "emergency/urgence".

L'urgence de l'Hôpital Saint-Boniface

Photo : Radio-Canada / Walther Bernal

Un tel afflux de patients dans une salle d’urgence n’est pas inusité – le docteur Doucet estime que des journées remplies comme celle-ci peuvent arriver quelques fois par mois. « Mais c’est toujours un problème de façon à ce que ça place plus de stress sur les patients, leurs familles, les infirmières pour prendre soin du monde qui rentre à l'urgence. Les attentes augmentent, et le stress augmente  », décrit-il.

C’est toujours plus difficile de voir quelqu’un qui a attendu 7 heures pour me voir, au lieu de 7 minutes.

Paul Doucet, urgentologue à l'Hôpital Saint-Boniface

Pour lui, cela témoigne surtout du « manque de capacité dans tout le système »; un problème chronique que l’urgentologue observe depuis longtemps, mais qui ne va pas en s’améliorant, selon lui. C’est d’autant plus inquiétant « qu’il semble qu’on n’ait pas de mécanisme efficace pour répondre à ça », dit-il.

« Si la capacité dans le système continue de diminuer, ça risque d’arriver plus souvent », estime-t-il.

Le Dr Doucet ne commente pas les plans de restructuration du système de santé entrepris par la province depuis deux ans, mais note toutefois que la fermeture prévue de la salle d'urgence de l’Hôpital Seven Oaks en septembre, par exemple, ajoute à ses craintes.

Une frustration généralisée, dit le Dr Doucet

Le médecin insiste aussi sur le fait qu’il ne prend pas la parole pour pointer du doigt qui que ce soit ni pour faire peur au public, mais il pense que l’Hôpital Saint-Boniface et l’Office régional de la santé de Winnipeg (ORSW) a minimisé la situation de mercredi dernier auprès des médias, lors d’une conférence de presse tenue le lendemain.

La note interne envoyée aux employés parlait d’une situation « critique » et « dangereuse », mais les autorités de santé ont estimé par la suite que ces termes étaient trop forts.

« Moi je pense que la note interne était correcte et la raison pour laquelle je vous parle, c'est que j’étais déçu avec l'administration, qui a transmis le message que ce n’était pas aussi sérieux que c'était », confie Paul Doucet

On donne de très bons soins à Saint-Boniface et dans le système en général. Mais on devrait tous être inquiets parce qu'on peut toujours faire mieux.

Paul Doucet, urgentologue à l'Hôpital Saint-Boniface

« Je pense que [l’administration] a le même but que nous : on veut toujours améliorer les soins qu'on donne aux patients, mais on a peut-être des différentes perspectives parce que notre travail est différent [...]. Je pense qu’ils font de leur mieux, mais je me suis senti obligé d’exprimer notre frustration quant au manque de capacité », résume-t-il. Le docteur soutient que beaucoup de ses collègues qui oeuvrent dans le système de santé pensent comme lui.

Un homme aux cheveux gris court et chemise blanche rayée, dans un parc, devant un hôpital, l'air sérieux.

Le docteur Paul Doucet travaille depuis 30 ans à l'urgence de l'Hôpital Saint-Boniface.

Photo : Radio-Canada / Walther Bernal

Dans une déclaration écrite, transmise samedi à Radio-Canada, le président-directeur général de l'ORSW, Réal Cloutier, affirme que l’agence de santé et lui-même prennent « très au sérieux » les inquiétudes soulevées par le personnel et les médecins.

« Notre analyse des données montre que le 12 juin était une journée occupée à la salle d’urgence de l’Hôpital Saint-Boniface, et même si le nombre total de visites était sous la moyenne, il y a eu un nombre plus élevé que le moyenne de patients qui ont attendu d’être admis dans des unités de soins », écrit-il.

« Ces données ont maintenant été analysées et aucune augmentation inhabituelle des arrivées de patients n'a été identifiée. Le volume et l'acuité des patients n'étaient pas en dehors des niveaux de ce qui peut généralement être géré en toute sécurité par les protocoles établis. Il convient toutefois de noter qu'un service d'urgence peut constituer un environnement imprévisible, complexe et dynamique et que les statistiques ne permettent pas de décrire de manière adéquate les expériences individuelles des patients ce jour-là [...]. Nous acceptons et prenons donc très au sérieux les préoccupations exprimées par le personnel et les médecins de l’Hôpital Saint-Boniface et nous souhaitons insister sur le fait que nous encourageons le personnel et les médecins à continuer à faire valoir leurs préoccupations. »

« L’ORSW et les dirigeants de l’Hôpital Saint-Boniface s’emploient maintenant à identifier les facteurs qui ont conduit à la réorientation des patients de mercredi à l’hôpital », ajoute Réal Cloutier.

« J’espère que ça va nous amener à travailler plus fort, ensemble », conclut pour sa part Paul Doucet.

Manitoba

Santé publique