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L’agitation de groupes anti-avortement inquiète au Nouveau-Brunswick

Une manifestation en faveur du droit à l'avortement en 2014 au Nouveau-Brunswick.

Photo : La Presse canadienne / David Smith

Radio-Canada

L’agitation de certains activistes anti-avortement à l’approche des élections fédérales inquiète au Nouveau-Brunswick. La question était au coeur des discussions, samedi à Moncton, lors de l’assemblée générale annuelle du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick (RFNB).

Selon la directrice générale de l’organisme, Nelly Dennene, les membres du RFNB ont clairement exprimé leurs préoccupations. Les membres sont revenues elles-mêmes avec cette question-là, en disant qu'il fallait qu'on réaffirme absolument le droit à l'avortement, dit-elle.

Les reculs par rapport à l'avortement sont vraiment mondiaux en ce moment, indique Mme Dennene, qui rappelle que la Cour suprême a pourtant affirmé le droit à l’avortement il y a des décennies.

L'avortement est encore très, très politisé. On en fait des luttes politiques, et nous ce qu'on aimerait, c'est d'en faire un soin de santé. Parce que c'est ça que c'est : c'est un soin de santé. C'est un droit fondamental inaliénable.

Nelly Dennene

Manifestations et menaces

Dans l'Ouest canadien, des militants anti-avortement font du porte-à-porte pour appuyer des candidats anti-choix aux élections fédérales d’octobre. Le RFNB, qui se décrit comme un regroupement sans but lucratif et sans affiliation à un parti politique, craint une recrudescence de ce genre de militantisme au Nouveau-Brunswick.

Nelly Dennene en entrevue à l'assemblée générale annuelle du RFNB le 15 juin 2019 à Moncton.

Nelly Dennene, directrice générale du RFNB, le 15 juin.

Photo : Radio-Canada

Nelly Dennene affirme que les militants anti-avortement interpellent fréquemment l’organisme qu’elle représente. Dès qu’on défend des enjeux sur l'avortement, on a ce qu'on appelle un retour du balancier, admet-elle. Ça peut être des menaces.

À l’Île-du-Prince-Édouard le mois dernier, une citoyenne dénonçait les menaces qu’elle affirmait être dirigées vers sa famille. En plus de messages sur les réseaux sociaux et d’appels téléphoniques anonymes, elle disait avoir trouvé sur sa voiture et près de son lieu de travail des notes imprimées la qualifiant de meurtrière et lui disant de surveiller ses arrières.

Mme Dennene souligne que des personnes présentes à l’assemblée générale annuelle, samedi, ont évoqué certaines lois provinciales qui interdisent de harceler les femmes qui désirent se faire avorter et le personnel médical près des hôpitaux.

Au Nouveau-Brunswick, c'est encore légal de manifester devant l'hôpital. Donc il y a des manifestations contre l'avortement, avec des messages qui font en sorte de ne pas rendre ça sécuritaire. Mais ça devrait être une procédure sécuritaire, insiste-t-elle.

Il devrait y avoir une loi qui empêche la manifestation [anti-avortement] devant les hôpitaux. Après ça, la manifestation, qu'elle soit autorisée devant l'Assemblée législative, ça, c'est un droit. Mais devant les hôpitaux, de freiner cet accès [à l'avortement], ce n'est pas sécuritaire pour les gens qui vont chercher un avortement, ce n'est pas sécuritaire pour les gens qui sont autour, dit Mme Dennene.

Une marche annuelle contre l'avortement se déroulait le 9 mai 2019 près du parlement d'Ottawa.

Une marche annuelle contre l'avortement se déroulait le 9 mai 2019 près du parlement d'Ottawa.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Une province qui « ne garantit pas le strict minimum »

Nelly Dennene rappelle qu’il n’y a que trois points d’accès dans les hôpitaux du Nouveau-Brunswick, deux à Moncton et l’autre à Bathurst. Or, seul l’avortement chirurgical à l’hôpital est remboursé.

Toutes les personnes qui sont dans la Péninsule acadienne, toutes les personnes qui sont plus au nord du Nouveau-Brunswick, ne peuvent pas avoir un service qui est dans leur communauté, souligne-t-elle.

Ça les force soit à descendre à Fredericton où est située une clinique privée dont les avortements ne sont pas remboursés ou soit ça les force à aller au Québec... Pour un soin de santé! Cela veut dire que la province n'est même pas en mesure de garantir le strict minimum, remarque la directrice du RFNB.

L’accès à ce service en français peut aussi s’avérer un problème, ajoute-t-elle.

Ces dernières années, le Mifegymiso, une combinaison de médicaments prescrite jusqu’à la neuvième semaine de grossesse et qui permet un avortement non chirurgical, a été une avancée et un pas dans la bonne direction, souligne en revanche Mme Dennene.

Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick ne sait pas encore de quelle façon il agira durant la campagne électorale fédérale à venir. Les membres nous ont vraiment dit qu'il fallait avoir une action sur la justice reproductive, incluant entre autres l'avortement, la question des sages-femmes, et l'accès aux services dans les régions rurales, indique cependant Nelly Dennene.

D’après les renseignements de Jessica Savoie

Nouveau-Brunswick

Avortement