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La rivière Pentecôte menace de changer de trajectoire

Un grand banc de sable avec à gauche la mer et à droite la rivère

Vue de l'embouchure de la rivière Pentecôte à partir du village éponyme.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Jean-Louis Bordeleau

La trajectoire de la rivière Pentecôte, près de Port-Cartier, risque bientôt d'être modifiée à cause de l'érosion. L'embouchure de la rivière pourrait se déplacer de plus de deux kilomètres.

En aval de l'embouchure, le bras de la rivière érode la berge du côté de la mer au point de bientôt créer une brèche.

Cette ouverture pourrait changer le tracé du cours d'eau.

Vue de le rivière Pentecôte

Vue satellite de le rivière Pentecôte

Photo : Google Maps

On a calculé qu'il y avait peut-être un maximum de douze mètres de large au niveau de la flèche littorale. On voit déjà qu'il commence à y avoir une brèche, observe le professeur de géographie à Université du Québec à Chicoutimi, Maxime Boivin.

Un banc de sable aminci par la mer d'un côté et la rivière de l'autre

À un certain point, il ne reste qu'une douzaine de mètres à éroder entre la rivière et le Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Aucune étude n'existe sur la vitesse d'érosion de la rivière Pentecôte. Il est donc impossible de prévoir avec certitude la suite des événements.

On a les vagues qui viennent frapper sur la côte. On a aussi la boucle de méandre, l'érosion latérale à l'intérieur de la berge. On a les deux processus sur place, explique le spécialiste en hydrogéomorphologie. C'est difficile à dire à quel moment ça peut survenir.

Ça peut survenir par exemple à la prochaine tempête automnale, comme à la prochaine crue.

Maxime Boivin, spécialiste en hydrogéomorphologie

Il pourrait aussi y ravoir des sédiments qui feraient en sorte que la problématique serait réglée, suggère-t-il.

Parmi les autres scénarios possibles, Maxime Boivin indique que parfois, un, deux ou trois chéneaux peuvent se créer et permettent d'évacuer l'eau et les sédiments.

Maxime Boivin, professeur de géographie à l'Université du Québec à Chicoutimi

Maxime Boivin, professeur de géographie à l'Université du Québec à Chicoutimi

Photo : Radio-Canada

C'est vraiment par un suivi sur le moyen et long terme qu'on pourrait estimer à quel moment [une brèche] pourrait survenir.

Maxime Boivin, professeur de géographie à l'Université du Québec à Chicoutimi

La géographie d'autres rivières de la Côte-Nord permet toutefois de donner une idée des transformations qui pourraient se produire.

C'est un cas [...] un peu comparable à celui de Portneuf-sur-mer, où en 1930, on a eu une crue très grande qui a fait en sorte que la rivière a traversé complètement le banc de sable. La flèche littorale et l'ancien lieu de la rivière sont devenus un marais maritime, dit Maxime Boivin.

Une vue satellite de Portneuf-sur-mer

En observant de haut la rivière Portneuf, on peut deviner par où passait anciennement le cours d'eau, avant qu'elle ne bifurque vers la mer. Ce qui était l'embouchure est devenu un marais maritime.

Photo : Google Maps

Le maire « inquiet »

Le maire de Port-Cartier Alain Thibault, qui réside depuis longtemps à Pentecôte, a vu le travail de l'érosion en quantité industrielle.

Avant ça, il y avait même un terrain de camping, un puits où les gens pouvaient aller s'approvisionner. Aujourd'hui, tu n'es plus capable de passer.

La situation l'inquiète d'autant plus que le quai de Pentecôte, encore utilisé par des pêcheurs commerciaux, risque de devenir désuet.

le quai de rivière-pentecôte dans une étendue d'eau

Selon un des scénarios, toute la zone entourant le quai de Rivière-Pentecôte deviendrait un marais maritime.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

À l'heure actuelle, il n'y a pas beaucoup d'eau au quai en raison de l'érosion et des sédiments qui sont descendus par la rivière. Donc, c'est sûr que ça va changer de manière radicale et ça va être fini pour les bateaux au quai.

Alain Thibault, maire de Port-Cartier.

Alain Thibault, maire de Port-Cartier

Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

Ce n'est qu'une question de temps avant qu'un moment donné, la rivière passe à peu près au milieu de la pointe de sable.

Alain Thibault, maire de Port-Cartier

Pas la première fois

Ce n'est pas la première fois que le lit de la rivière change de trajectoire, selon Alain Thibault.

Il raconte qu'à l'époque de la « drave », une erreur des ingénieurs forestiers a causé le déversement de grandes quantités de sédiments vers l'aval de la rivière.

Au niveau de la première chute, il y avait un méandre. [...] À toute les fois que [les bûcherons] envoyaient de grandes quantités de bois, ça bloquait dans une courbe de la rivière. Il y avait une montagne. [...] Ils ont pris une chance. Ils ont fait une tranchée dans la montagne avec des tracteurs et c'est sûr qu'après il restait un bouchon. Donc, ils ont fait sauter le bouchon à la dynamite. Ça a été le début de la fin pour la compagnie C.I.P., la compagnie forestière qui opérait depuis plusieurs années.

L'afflux de sédiments à l'embouchure était tel, selon Alain Thibault, que les capitaines n'étaient plus capables de rentrer avec des bateaux dans la rivière.

À l'embouchure, ça a changé complètement.

Alain Thibault, maire de Port-Cartier

Je me souviens qu'il y avait des hauts-fonds. Il y avait une bouée au large pour l'alignement des bateaux. On allait s'attacher après la bouée. On pêchait la morue. Aujourd'hui, c'est un banc de sable qu'il y a là. Le haut-fond, tu ne le vois même plus. [...] Ç'a même changé le lit de la mer. Ç'a changé dans la Baie-des-Homards et ça a changé jusqu'à Pointe-aux-Anglais. Ça a changé complètement le paysage du secteur.

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