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L’industrie solaire, dans l’ombre de Jason Kenney

L'ombre d'une personne sur un panneau solaire.

L'industrie solaire est en perte de vitesse en Alberta depuis l'élection des conservateurs de Jason Kenney.

Photo : The Associated Press / Charlie Neibergall

Marie-Pier Mercier

Le solaire, qui a vécu de jours radieux sous les néo-démocrates, fait maintenant face à des temps difficiles en Alberta. Le Parti conservateur uni (PCU) a récemment mis un terme au programme de l’ancien gouvernement qui proposait des aides afin d’inciter les entreprises et les particuliers à investir dans ce type d’électricité.

« Nous avons déjà commencé à observer une baisse du nombre de personnes qui souhaitent investir dans le solaire pour leur maison ou leur entreprise », déplore David Kelly, PDG de SkyFire Energy, une entreprise d’énergie solaire de Calgary.

Tous les projets de constructions solaires résidentielles et commerciales qui n’ont pas été approuvés avant le 10 avril 2019 ne pourront pas bénéficier d'aides gouvernementales pouvant aller jusqu’à 35 % de leur coût.

« Cela réduisait les coûts de nos clients en payant une partie de leur système », affirme David Kelly. Ces incitatifs ont permis à son entreprise de tripler de taille en deux ans, passant de 20 à 60 employés.

C’est aussi ce qu’a observé Clifton Lofthaug, président de Great Canadian Solar, d'Edmonton.

« Ce programme a vraiment aidé à faire croître notre entreprise. Nous pensions être en mesure [de passer d’une vingtaine d'employés] à plus de 50 cette année, mais comme il y a beaucoup d’incertitude en ce moment, nous ne pouvons pas nous permettre d’embaucher davantage », dit-il.

Un travailleur de l'énergie solaire sur un toit.

Le programme du NPD a aidé à faire croître l'entreprise Great Canadian Solar.

Photo : Radio-Canada

Ses employés, qui sont en train d'installer 3000 panneaux solaires sur le toit d'une entreprise locale, n'auraient d'ailleurs pas eu ce contrat sans le programme d'aide des néo-démocrates. « Le client n'aurait pas pu se le permettre », explique Clifton Lofthaug.

« C’est frustrant »

La plateforme du PCU concentre principalement son mandat sur la création d’emplois, l’énergie et les pipelines.

« Je suis frustré, parce que nous créons des emplois. [...] C’est comme si le gouvernement ne voyait pas le solaire comme faisant partie de l’industrie énergétique de l’Alberta », déplore David Kelly.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’Alberta fournit une ressource solaire semblable à celle que produit de Rio de Janeiro, au Brésil. Son industrie solaire a crû de 43 % entre 1990 et 2016.

Les années suivantes n’ont pas encore été comptabilisées, mais, en raison des programmes gouvernementaux, ce taux devrait avoir nettement augmenté.

Deux hommes qui portent des cravates bleues se serrent la main. Celui de droite doit lever les yeux pour regarder celui de gauche, qui fait une à deux têtes de plus que lui. On aperçoit un drapeau canadien à l'arrière-plan.

Une poignée de main entre Jason Nixon, nouveau ministre de l'Environnement et des Parcs, et le premier ministre, Jason Kenney, lors de la cérémonie d'assermentation du gouvernement albertain.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Le taux de croissance mondial prévu pour le solaire entre 2016 et 2020 est d’ailleurs quatre fois plus élevé que le taux de croissance prévu pour la production du pétrole canadien au cours de la même période.

« Peut-être que les entreprises d’énergie fossile ont plus les moyens d’offrir des salaires plus avantageux, mais un emploi, c’est un emploi. Mettre en péril des emplois, alors que Calgary a le taux de chômage le plus élevé au Canada, ça n’a pas de sens pour moi », ajoute David Kelly.

Selon Clifton Lofthaug, l’Alberta a connu un élan dernièrement en matière d’énergie renouvelable. « Ce n’est pas le moment que le gouvernement mette tous ses oeufs dans le même panier et nous tourne le dos », affirme-t-il.

Un parc de panneaux solaires.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’Alberta fournit une ressource solaire semblable à celle que produit Rio de Janeiro, au Brésil.

Photo : iStock

Plus de départs, moins d'arrivées

L’engouement pour le secteur des énergies renouvelables des dernières années a amené Clifton Lofthaug à vouloir agrandir son entreprise, Great Canadian Solar. Étant donné l’incertitude actuelle, il ne le fera pas en Alberta, mais plutôt en Saskatchewan, où il existe des politiques de soutien à l’énergie solaire.

Au cours des dernières années, c’est tout le contraire qui s’est produit dans la province. « Étant donné que l’Alberta a des ressources en énergie renouvelable exceptionnelles, on a vu des entreprises d’autres provinces venir s’établir ici », explique Vincent Morales, analyste à l’Institut Pembina.

Il prévient toutefois que, sans politiques incitatives, l’Alberta pourrait perdre ces occasions sur le plan économique et les emplois qui les accompagnent.

Les conservateurs examinent en ce moment les autres programmes d’efficacité énergétique afin de déterminer si ceux-là resteront en place.

« Notre gouvernement reconnaît que le changement climatique est un problème réel et important pour les Albertains et reste déterminé à soutenir des programmes qui établissent un équilibre entre notre économie et notre environnement. Notre priorité est la consultation et la collaboration avec les intervenants et l’industrie », écrit le ministère de l’Environnement.

Alberta

Énergies renouvelables