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Eau contaminée à Flint, au Michigan : abandon des poursuites et reprise de l'enquête

Une personne distribue des caisses d'eau embouteillée.

Au plus fort de la crise de l'eau potable de Flint, comme ici, en 2016, des résidents faisaient la queue pour obtenir de l'eau embouteillée.

Photo : Reuters / Jim Young

Radio-Canada

Aux États-Unis, les procureurs menant l'affaire de l'eau contaminée dans la ville de Flint, au Michigan, ont annoncé jeudi l'abandon des poursuites, afin de reprendre l'enquête « de zéro » dans une des pires catastrophes environnementales imputables à l'humain de l'histoire du pays.

La décision survient plus de trois ans – et des millions de dollars – après que les autorités eurent commencé à examiner les causes du scandale qui a fait en sorte que le réseau d'eau potable de la ville soit pollué au plomb.

La solliciteuse générale du Michigan, Fadwa Hammoud, qui a pris le contrôle de l'enquête en janvier après l'élection d'un nouveau procureur général, a indiqué que « toutes les preuves n'avaient pas été examinées » par la précédente équipe du bureau du procureur.

Cette semaine, des responsables sont entrés en possession de « millions de documents et de centaines de nouveaux appareils électroniques, augmentant de façon substantielle l'ampleur de notre enquête », ont dit Mme Hammoud et la procureure du comté, Kym Worthy, par voie de communiqué.

Les démarches « ont permis d'amasser la plus importante quantité de preuves, jusqu'à maintenant, en lien avec la crise de l'eau potable de Flint », ont-elles ajouté, ce qui permettrait aux enquêteurs « d'avoir les meilleures chances de trouver les réponses que méritent les citoyens de Flint ».

L'équipe de Mme Hammoud a récemment utilisé des mandats de perquisition pour faire sortir des archives des appareils gouvernementaux ayant appartenu à l'ex-gouverneur Rick Snyder et à 66 autres personnes.

Retrait d'une accusation d'homicide involontaire

Parmi ceux contre qui des accusations ont été retirées, on compte l'ancien directeur de la Santé publique du Michigan, Nick Lyon, qui a été accusé d'homicide involontaire pour avoir supposément échoué à alerter le public assez rapidement à propos d'une éclosion de la maladie du légionnaire lorsque Flint puisait de l'eau insuffisamment traitée dans la rivière du même nom, en 2014 et 2015.

L'abandon des poursuites survient une journée avant qu'un juge détermine si une décision de 2018 forçant M. Lyon à subir un procès était toujours valide. Le retrait des accusations à quelques heures de la fin de l'échéance prévue évite la possibilité d'un jugement défavorable et maintient la possibilité que les procureurs traînent bel et bien M. Lyon de nouveau devant les tribunaux.

Malgré tout, l'avocat de la défense, Chip Chamberlain, a indiqué que son client était « dans un état d'esprit fantastique et se sentait innocenté ».

« Nous sommes sûrs qu'une enquête juste et équitable, effectuée correctement, ne dévoilera aucune preuve d'agissements criminels », a-t-il ajouté.

Mme Hammoud a mentionné qu'elle ne parlerait pas à la presse avant une rencontre prévue avec les résidents de Flint, le 28 juin. Sa patronne, la procureure générale du Michigan Dana Nessel, a soutenu qu'une équipe « sans peur » travaillait toujours sur le dossier.

« Le report de la justice ne signifie pas toujours ne pas rendre justice », a dit Mme Nessel par voie de communiqué.

Certains résidents se sont toutefois dits sceptiques. « Nous ne savons pas si de nouvelles accusations seront déposées », a indiqué LeeAnne Walters, qui aurait mis le scandale au jour.

Cela donne l'impression d'être humiliant, comme si tout ce que nous avions enduré n'avait servi à rien. Notre ville a été empoisonnée, mes enfants ont des problèmes de santé et les accusations contre les gens responsables ont été annulées.

LeeAnne Walters, résidente de Flint

Corrosion des conduites d'eau potable

En attendant la mise en service d'un nouvel aqueduc pour puiser de l'eau du lac Huron, Flint, une ville de 100 000 habitants, majoritairement noirs, s'est tournée vers l'eau de la rivière du même nom, sans la traiter pour réduire son impact corrosif sur les vieux tuyaux du réseau d'eau potable.

Du plomb a contaminé le système de distribution d'une communauté où 41 % des habitants vivent sous le seuil de la pauvreté.

En raison de ses mauvaises finances publiques, Flint était gérée par des gestionnaires financiers nommés par M. Snyder. La colère publique à propos de la qualité de l'eau a atteint un sommet en 2015, lorsqu'un médecin a signalé chez les enfants une forte concentration de plomb, une substance qui peut provoquer des dommages au cerveau.

Certains experts ont également établi un lien avec la maladie du légionnaire, une forme de pneumonie provoquée par une bactérie qui se développe dans l'eau tiède et qui infecte les poumons. Les gens peuvent tomber malades s'ils respirent de la bruine ou de la vapeur contaminées, généralement à partir de système de refroidissement ou de climatisation.

L'eau de Flint ne provient plus de la rivière et sa qualité a largement augmenté, mais certains résidents sont si sceptiques qu'ils continuent de boire de l'eau embouteillée.

L'enquête criminelle a débuté en 2016. Personne n'a été emprisonné. Sept des quinze personnes accusées n'ont pas contesté des chefs d'accusation de méfait. Leur dossier criminel redeviendra vierge.

Des accusations étaient toujours en instance contre huit personnes, y compris l'ex-responsable des services de santé du Michigan, Eden Wells, et deux autres personnes, Gerald Ambrose et Darnell Earley, qui avaient été nommés par l'État gestionnaires d'urgence de Flint. Tout comme M. Lyon, Mme Wells a été accusée d'homicide involontaire.

Avec les informations de Associated Press

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