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Des Autochtones réclament de l'aide pour les personnes bispirituelles

Des personnes participent à un pow-wow bispirituel sur une Première Nation crie.

La Première Nation crie de Beardy's et Okemasis, situé au nord de Saskatoon, a tenu, samedi, un pow-wow destiné aux personnes bispirtuelles.

Photo : Radio-Canada / Omayra Issa

Omayra Issa

L'Assemblée des Premières Nations (APN) et des Autochtones issus de la communauté LGBTQ réclament des services spécialisés destinés aux personnes bispirituelles au pays, estimant que leurs besoins sont négligés.

L'APN juge que le bien-être des personnes bispirituelles est préoccupant à travers tout le pays.

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, s'adresse aux chefs autochtones à la réunion annuelle des chefs à Ottawa, le mardi 4 décembre 2018.

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, affirme que la santé des Autochtones bispirituels est préoccupante à l'échelle nationale.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le chef national Perry Bellegarde demande à tous les ordres de gouvernement de fournir des services appropriés à cette population.

« Nous savons que le taux de suicide est très élevé chez les Autochtones. La santé des personnes bispirituelles, cette frange de notre famille, de notre communauté, de notre nation, est très alarmante. Nous avons l'obligation de demander aux gouvernements de mettre en place des programmes adéquats », affirme M. Bellegarde.

« Les jeunes ont besoin d'accès à leur culture, à des familles et des écoles qui les soutiennent, ainsi qu'à des espaces sécuritaires  », affirme la doyenne de la faculté des sciences infirmières de l'Université de la Colombie-Britannique, Elizabeth Sawyc.

Homophobie, transphobie, racisme

Selon le professeur associé en Travail social de l'Université Ryerson Jeffrey McNeil-Seymour, les personnes bispirituelles, comme lui, en particulier les jeunes, sont marginalisées.

Il dit qu'elles font face au racisme, à l'homophobie, à la transphobie tant dans les communautés autochtones elles-mêmes que dans la société canadienne au sens large. Il affirme que la toxicomanie, le chômage et les problèmes de santé mentale sont trois grands défis auxquels les jeunes bispirituels font face.

Nous sommes la population la plus marginalisée au Canada.

Jeffrey McNeil-Seymour, professeur associé en Travail social

Peu de services

Il y a peu de services destinés aux besoins spécifiques des jeunes bispirituels.

Services aux Autochtones Canada n’a pas voulu accorder d’entrevue à Radio-Canada, mais indique dans un courriel ne pas avoir de services ciblés pour eux et que ses programmes d'aide en santé mentale sont destinés à la population autochtone générale.

Il n’existe pas de statistiques complètes relatives à la santé mentale dans la population bispirituelle sur le plan national.

Aucune entité, pas même le gouvernement fédéral, n'a de données sur le suicide dans cette population.

Elizabeth Sawyc dit qu'il est impératif d'avoir ces données.

« En règle générale, ce sont les coroners dans chaque province et territoire qui s’occupe de relever ces statistiques. Or, ils ne posent pas souvent ces questions. Je ne pense pas qu’ils sachent comment poser ces questions de façon acceptable sur le plan culturel », ajoute-t-elle.

Sans ces données, dit-elle, il est impossible de savoir de quels genres de services ou de financement les jeunes bispirituels ont besoin.

Isolement

Brooke Garner est un homme transgenre bispirituel de 24 ans, membre de la Première Nation de Dene Buffalo River, à 550 km au nord de Saskatoon.

Sa jeunesse, il l'a toutefois passée isolé, dans une petite ville de la Saskatchewan, où il était l'un des rares enfants autochtones. Il dit avoir subi du racisme et de l’intimidation pendant des années.

Étant un jeune transgenre, il était aussi en questionnement quant à son genre.

Il a souffert de dépression pendant de très longues périodes et a même essayé de se suicider, à l'âge de 21 ans.

J'étais déprimé. J'avais intériorisé le racisme et la transphobie.

Brooke Garner, jeune bispirituel transgenre

Aujourd'hui, bien portant, Brooke est étudiant en sciences infirmières à l'Université de la Saskatchewan.

Marjorie Beaucage sourie alors qu'elle participe à un pow-wow bispirituel.

L'artiste et cinéaste, Marjorie Beaucage, travaille souvent avec la communauté LGBT. Elle a, notamment, organisé en 2017 une série de conférences et d’expositions à Saskatoon, sous le thème de la sexualité chez les personnes LGBT autochtones.

Photo : Radio-Canada / Omayra Issa

« C'est le jugement qui tue. S’il n'y avait pas ces stéréotypes-là, si on avait encore nos valeurs autochtones, on n’aurait jamais ce problème parce qu'on aurait notre place. Dans le cercle (autochtone), il y a une place pour tout le monde », dit l'aînée bispirituelle métisse Marjorie Beaucage.

Retrouver sa place

Le terme bispirituel a été inventé à Winnipeg dans les années 90 pour souligner la situation particulière d'être à la fois Autochtone et LGBTQ.

Les personnes bispirituelles sont généralement des Autochtones qui appartiennent à la communauté LGBTQ.

Jack Saddleback pose pour la caméra, le sourire aux lèvres, alors qu'il participe à un pow-wow bisprituel.

Jack Saddleback est le coordonnateur de projets culturels de l'organisme OUTSaskatoon qui soutient les personnes LGBTQ.

Photo : Radio-Canada / Omayra Issa

Selon Marjorie Beaucage, dans les enseignements traditionnels, les personnes bispirituelles sont considérées comme très puissantes, car elles équilibrent les énergies masculine et féminine.

Reconnues comme guérisseurs et chargées historiquement de prendre soin des enfants, ces personnes avaient, souligne-t-elle, des rôles et des responsabilités spécifiques dans les communautés.

« Le défi qu'on a aujourd'hui dans le monde, c'est de trouver la place qui est la nôtre et c'est ça que les jeunes veulent pour appartenir dans la communauté comme ils sont », explique Marjorie Beaucage.

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