•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Du sel de table en quantité sur une des lunes de Jupiter

La surface de la lune Europe de Jupiter.
Les scientifiques ne savent pas encore si le sel provient de l'océan souterrain d'Europe. Photo: NASA
Radio-Canada

La couleur jaunâtre observée dans certaines régions à la surface d'Europe, une des 69 lunes connues de la planète Jupiter, est due à la présence de chlorure de sodium (NaCl), mieux connu par les Terriens sous l'appellation « sel de table ».

C’est à l'aide d'une analyse spectrale de la lumière visible de cette lune que l’astronome américain Mike Brown et ses collègues du California Institute of Technology (Caltech) ont réussi à identifier la substance qui est également le principal composant du sel marin terrestre.

La lune Europe de Jupiter.Tara Regio est la zone jaunâtre visible sur cette image captée par la sonde Galileo. Photo : ASA/JPL/Université de l'Arizona

Europe

  • Cette lune possède un diamètre de 3121 kilomètres.
  • Elle est au quatrième rang pour la taille parmi les satellites de Jupiter et au sixième dans le système solaire.
  • Sa surface, la plus lisse de tout le système solaire, est composée de glace.
  • La température moyenne à sa surface est de -160 degrés Celsius.
  • Un océan liquide d'environ 90 kilomètres de profondeur se trouve sous sa surface glacée.
  • Des geysers d'eau ont été détectés à sa surface.

À l'image de la Terre?

Cette découverte laisse penser que l'océan souterrain salin d'Europe ressemblerait davantage aux océans de la Terre qu'on ne le pensait jusqu’à aujourd’hui, estiment les auteurs de ces travaux publiés dans la revue Science Advances (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Une chose est certaine, selon eux : cette meilleure compréhension de ces eaux souterraines est d’un grand intérêt scientifique et relance l’intérêt d’une mission d’exploration pour mieux les étudier.

La mission Europa Clipper de la NASA doit d’ailleurs s’envoler à l’horizon 2022-2023 en direction de cette lune.

Dans les dernières décennies, les survols d'Europe par les sondes Voyager et Galileo ont mené les astronomes à conclure que cette lune de Jupiter était couverte d'une couche de glace géologiquement jeune sous laquelle se dissimule de l'eau liquide.

L’analyse des données recueillies par le spectromètre infrarouge embarqué sur Galileo avait même laissé penser que cette eau était riche en sulfate de magnésium (MgSO4), également appelé sel d'Epsom.

Par la suite, toutefois, des données plus précises recueillies à partir d’observations terrestres avaient contredit ces conclusions.

Les scientifiques ont aussi tenté d'identifier d'autres substances.

Nous voulions chercher du chlorure de sodium, mais celui-ci est difficile à percevoir dans un spectre infrarouge.

Mike Brown

Pour réussir à y parvenir, les scientifiques ont irradié des sels océaniques en laboratoire dans des conditions semblables à celles d'Europe. Ils ont découvert que plusieurs caractéristiques nouvelles et distinctes apparaissaient après irradiation, mais dans la partie visible du spectre. Ils ont ainsi constaté que les sels changeaient de couleur et qu'ils pouvaient être identifiés par une analyse du spectre visible.

En effet, le chlorure de sodium prend une teinte jaune semblable à celle qu'on peut observer dans une région géologiquement jeune d'Europe connue sous le nom de Tara Regio.

Le chlorure de sodium est un peu comme de l'encre invisible à la surface de l'Europe. Avant l'irradiation, on ne peut pas savoir qu'il est là, mais après l'irradiation, la couleur saute aux yeux.

Kevin Hand, JPL

« Personne n'a analysé les spectres de longueur d'onde visible d'Europe avant qu'on ait ce type de résolution spatiale et spectrale. Le vaisseau Galileo ne possédait pas de spectromètre visible, il était plutôt équipé d'un spectromètre infrarouge », explique Samantha Trumbo, doctorante au Caltech et auteure principale de l'article.

On a toujours supposé que la spectroscopie intéressante se trouvait dans l'infrarouge sur les surfaces planétaires, parce que c'est là que la plupart des molécules recherchées par les scientifiques présentent leurs caractéristiques fondamentales.

Mike Brown

Les chercheurs se sont donc tournés vers les informations recueillies par le télescope Hubble depuis 20 ans pour identifier une absorption distincte dans le spectre visible qui correspondait exactement au sel irradié. Ils ont ainsi confirmé que la couleur jaune de Tara Regio reflétait la présence de chlorure de sodium irradié à sa surface.

Nous pouvions réaliser cette analyse avec Hubble depuis 20 ans. Personne n'y avait pensé!

Mike Brown

Le mystère reste entier

Cette découverte ne garantit pas que ce chlorure de sodium provienne de l'océan souterrain. Il pourrait en effet être simplement la preuve que différents types de matériaux se sont stratifiés dans la couche glacée de la lune. Les auteurs de l'étude estiment toutefois que cette nouvelle connaissance justifie une réévaluation complète de la géochimie d’Europe.

Astronomie

Science