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François Legault présente des excuses à Louis Robert

François Legault est debout pendant la période des questions.
François Legault à l'Assemblée nationale, vendredi Photo: Radio-Canada / Ivanoh Demers
Stéphane Bordeleau

Le premier ministre Legault a offert vendredi les excuses de son gouvernement à l’agronome du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ), qui a été congédié pour avoir dénoncé l’ingérence d’intérêts privés dans les recherches publiques sur les pesticides.

S’appuyant sur le rapport de la protectrice du citoyen très critique à l’égard du MAPAQ, François Legault a expliqué qu’une série d’erreurs dans le processus administratif au ministère a conduit au congédiement injustifié de Louis Robert.

« Ce que la protectrice nous dit, c’est que dans le traitement du dossier de Louis Robert il y a eu des erreurs dans le processus. Et le sous-ministre, M. Dion, nous a remis sa démission. »

Je veux, au nom de l’État québécois, m’excuser auprès de Louis Robert. On va avoir des discussions avec lui pour trouver les moyens comment on peut le réintégrer et/ou le compenser.

François Legault, premier ministre du Québec

Louis Robert, qui s’est dit jeudi « réconforté et satisfait » de la tournure des événements, n’a pas encore précisé s’il comptait réintégrer ses fonctions au MAPAQ ou s’il comptait poursuivre sa carrière ailleurs.

L’agronome, qui était au service de ce ministère depuis plus de 30 ans, avait été congédié le 24 janvier pour avoir transmis à Radio-Canada des documents confidentiels révélant l’ingérence de compagnies privées dans les études gouvernementales sur les pesticides et des tentatives de dissimuler des résultats défavorables à l’industrie dans ces études.

L'agronome Louis Robert.Louis Robert a été congédié pour avoir dénoncé dans les médias l'influence des lobbys de l'industrie des pesticides et des producteurs auprès du Centre de recherche sur les grains. Photo : Radio-Canada / La semaine verte

Quelques jours plus tard, la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, annonçait l’ouverture d’une enquête, dont les conclusions, déposées jeudi, se sont révélées très critiques à l'égard de la gestion de cette affaire par le gouvernement.

Reconnaissant les torts de son ministère envers Louis Robert, le ministre de l'Agriculture, André Lamontagne, a annoncé que l'agronome pouvait maintenant réintégrer ses fonctions au sein du MAPAQ. Le sous-ministre Marc Dion a quant à lui annoncé qu'il quittait sur-le-champ ses fonctions.

Vendredi matin, le premier ministre Legault a expliqué que le conseil des ministres, de son côté, mettait fin au contrat de M. Dion « dès aujourd’hui », précisant que celui-ci touchera néanmoins l’indemnité de départ de 33 000 $ qui était prévue dans son contrat.

Entrevue avec l'agronome Louis Robert au Téléjournal 18 h

André Lamontagne conserve la confiance du premier ministre

Questionné par les journalistes sur la responsabilité du ministre Lamontagne, qui avait défendu le congédiement de Louis Robert en janvier dernier, François Legault a expliqué que son ministre était mal informé à l’époque.

« Il faut comprendre qu’André Lamontagne n’était pas au courant des erreurs dans le processus, a-t-il dit. L’erreur de M. Lamontagne, ça a été de prendre ça sur son dos. C’est la responsabilité du sous-ministre d’appliquer les procédures administratives. Ce sont les procédures administratives qui ont été mal suivies. »

M. Lamontagne a fait confiance à son sous-ministre. Il pensait que son sous-ministre avait suivi les règles administratives, ce qui n’était pas le cas. J’ai totalement confiance en M. Lamontagne.

François Legault, premier ministre du Québec

Au sujet du traitement des lanceurs d’alerte dans l’administration publique, qui finissent souvent par payer de leur emploi leur choix de dénoncer des irrégularités ou des injustices, François Legault a déclaré que son gouvernement allait s’atteler à faire mieux dans ce domaine.

« La nouvelle loi sur les lanceurs d’alerte, eh bien, elle est nouvelle. On prend acte du problème qu’on a vécu », a conclu le premier ministre.

Dans son rapport, la protectrice du citoyen affirme notamment que le MAPAQ « a commis des manquements majeurs » dans l’application de la Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics (LFDAROP).

Trop peu, trop tard pour l'opposition

Ces excuses du gouvernement Legault ont peu trouvé grâce sur les bancs de l'opposition, où le chef libéral intérimaire, Pierre Arcand, a accusé François Legault et son ministre de l'Agriculture d'avoir terni la réputation de Louis Robert sur la base de ouï-dire. Un comportement indigne d'un premier ministre, a ajouté Pierre Arcand.

En janvier dernier, le ministre de l’Agriculture s’est retrouvé dans la controverse en raison de ce congédiement. Il s’était alors vanté de l’avoir personnellement congédié avant de se rétracter. Il a changé quatre fois sa version des faits, et peu importe la version, il a toujours cautionné le congédiement du lanceur d’alerte.

Pierre Arcand, chef de l'opposition officielle

Ce qui est pire, a ajouté Pierre Arcand, c’est que le premier ministre a tenu le même discours que son ministre de l’Agriculture. Il a également refusé de réintégrer le lanceur d’alerte à l’époque. C’est un manque de jugement flagrant.

Plaidoyer pour une plus grande indépendance

Et qu'en pense le principal intéressé? En entrevue à l'émission En direct avec Patrice Roy, Louis Robert s'est dit « satisfait des nombreux événements survenus cette semaine ».

L'agronome ne souhaite cependant pas commenter directement les excuses du premier ministre Legault, et ne le fera donc qu'après avoir « laissé la poussière retomber ».

Son histoire permettra-t-elle de régler la question de l'ingérence de l'industrie des pesticides dans le processus réglementaire du monde agricole? « Je pense que les retombées [de ce que j'ai vécu] iront dans ce sens-là », mentionne M. Robert, en précisant toutefois qu'il s'agit d'un « dossier extrêmement complexe, même pour des experts ».

Du même souffle, il estime que s'il est positif que la société québécoise discute de la façon dont les pesticides sont employés dans le secteur agricole, la plupart des députés sont néophytes en la matière et pourraient éprouver des problèmes à s'y retrouver.

Plutôt que de multiplier les mesures coercitives, M. Robert souhaite en fait que Québec redonne leur indépendance aux chercheurs et aux agronomes, histoire d'échapper à l'influence des puissants lobbys de l'industrie. « Il y a de l'interférence entre la recherche et la pratique », a-t-il reconnu.

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