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Devenir Québécois « de branche » pour réussir le vivre-ensemble

Cristian Penca est debout et souriant.

Dans la vie de tous les jours, Cristian Penca est le responsable du programme de diversité culturelle à la Ville de Gatineau.

Photo : Radio-Canada / David Richard

Radio-Canada

« Arrivé à Montréal en mars 1995, en provenance de la Roumanie post-communiste, je me sens aujourd’hui moins Roumain que je l’étais et certainement un peu, beaucoup Québécois. Roumain de naissance, Québécois par choix. » Voici une histoire d’immigration, mais aussi d’intégration : de celles qui s’enracinent, bourgeonnent et partagent dans l’espoir de fructifier.

Dans le cadre d'une série de collaborations spéciales, des gens issus de divers horizons ont l'occasion de s'exprimer sur les plateformes des Malins. À l'aide de leur voix et de leur plume, ils font part de leurs perspectives, tout aussi colorées et diversifiées soient-elles.

Un texte de Cristian Penca, collaborateur

Cela fera presque un quart de siècle que j’ai entamé ma vie au Québec. On ne naît pas nécessairement Québécois, on le devient! Au demeurant, toute personne née au Québec compte parmi ses ancêtres une - ou plusieurs - personnes qui ont quitté un ailleurs pour s'approprier celui-ci.

Un jeune homme dans la vingtaine serre une femme dans ses bras sur le pont d'un bateau.

Cristian Penca en 1999 sur le traversier Québec-Lévis en compagnie de sa mère Maria

Photo : Avec la gracieuseté de Cristian Penca

Autrement dit, la construction identitaire au Québec est un perpétuel mouvement qui s’effectue à travers le rapport avec les autres, l’espace, le temps et… le climat! Pour ainsi dire, « mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver… »

Contrairement à quelques mythes urbains tenaces, les nouveaux arrivants ne demandent qu’à apporter leur pierre à l’édification de leur société d'adoption. On n’est pas orphelin parce qu’on a perdu notre pays, mais parce qu’on a perdu l’espoir. Personne ne souhaite quitter sa contrée natale pour vivre ailleurs dans l’isolement et l’exclusion.

Un homme dans la vingtaine est assis sur le pont d'un bateau.

Cristian Penca en 1996

Photo : Avec la gracieuseté de Cristian Penca

Évidemment, on peut vivre ensemble sur un même territoire tout en restant isolés en communautés ethniques : des proies électorales à courtiser, des statistiques à compiler, en conservant comme seul lien notre statut de contribuable-consommateur.

Une personne née ici, mais qui vivra toute sa vie ailleurs, restera un Québécois. Du moins sur papiers. Or, c’est en le voulant et en vivant ici que le nouvel arrivant devient Québécois.

Et ce n’est pas chose facile : non seulement faut-il parler une même langue, mais surtout avoir des choses à se dire, à se raconter, des références culturelles à partager et une mémoire commune à bâtir.

Faire partie de l’identité collective québécoise

C’est un fait connu, les êtres humains ont besoin de se sentir partie prenante d’un groupe reconnaissable, d’une identité collective. Une carence identitaire n’est pas saine ni souhaitable.

Au départ, l’identité collective québécoise s’est érigée à partir des alliances scellées entre les premiers habitants de la Nouvelle-France et les peuples autochtones. Puis, de génération en génération, en multipliant les contacts, les rencontres, les échanges…

Actuellement, le Québec est aux prises avec un processus de vieillissement accéléré et le renouvellement de sa population fait partie de la solution. L’immigration y est nécessaire et y contribue déjà beaucoup.

Cristian Penca est assis à une table et est souriant.

Cristian Penca lors d'une activité du Service Intégration Travail Outaouais (SITO).

Photo : Radio-Canada / David Richard

Le Québec d’aujourd’hui et de demain se construit dans la diversité. Un changement alors s’opère. Nous passons d’une vision homogène de la société à une vision plurielle, et cela suscite des réactions diverses.

Plusieurs y voient l’occasion de s’enrichir collectivement. D’autres sont inquiets de voir cette destinée commune s’émietter, car plus les sociétés se diversifient, plus il est difficile de placer des individus dans une seule case identitaire.

Les identités ne sont pas figées, ni étanches. Elles sont appelées à se remodeler au gré des couches successives qui s’y ajoutent chaque année.

Cristian Penca

Il suffit que le portrait d’un groupe se mette à changer rapidement pour que ses membres se sentent en danger et cherchent à se protéger, notamment en se retranchant des autres et en les mettant à l’écart. C’est là le grand défi des sociétés modernes en mutation.

Le vivre-ensemble devient dès lors une dimension incontournable et un défi majeur à relever.

Plus forts dans la diversité

La question brûlante qui se pose alors est la suivante : « Que faire pour que la présence accrue des personnes immigrantes soit bénéfique d’un côté comme de l’autre? »

D’autant plus que l’heure n’est plus à l’homogénéité, mais à la diversité.

Pour reprendre les mots d’Albert Jacquard, biologiste et généticien français qui a livré un combat acharné contre les préjugés : « Il ne s’agit pas de nier cette diversité, cette différence ou de prétendre l’oublier, mais d’en tirer parti. Car la vie se nourrit de différences ; l’uniformité mène à la mort ».

Cristian Penca est de profil et il est souriant.

Cristian Penca lors d'une activité du Service Intégration Travail Outaouais (SITO)

Photo : Radio-Canada / David Richard

Il est évident que les Québécois partagent un sens de l'identité, de la solidarité et de l'histoire peu commun en Amérique du Nord, où trois peuples (français, anglais, autochtones) ont coexisté pendant des siècles.

Toutefois, une société qui serait uniquement conditionnée par les droits et libertés individuels serait menacée de désintégration.

Les membres d’une société doivent posséder des éléments communs - un vivre-ensemble - une certaine forme de solidarité, de fraternité qui leur permettent de cohabiter en harmonie et de s’enrichir mutuellement.

3 secrets pour mieux vivre ensemble

Cristian Penca serre la main de Serge Olivier Fokoua.

Cristian Penca prend la pose devant la Maison du citoyen lors de l'inauguration de l'oeuvre Humanitude avec son auteur d'origine africaine Serge Olivier Fokoua.

Photo : Avec la gracieuseté de Cristian Penca

Comment réussir ce vivre-ensemble? Sur ce point, mon récit ne concerne qu’un petit parcours singulier parmi des milliers d’autres au Québec.

Ce parcours m’a permis cependant de retenir trois choses facilitantes :

1. Échanger en français : la langue française, dont la maîtrise est essentielle pour toute participation à la vie commune, a constitué pour moi la clé de l’acquisition de la culture québécoise.

Il y a beaucoup d'études sur l'apprentissage d'une langue en classe dans un cadre formel. Mais les classes d’accueil regroupant des immigrants de divers horizons n’offrent pas l’occasion de rencontrer les gens de la société d’accueil et ne font que renforcer le repli communautaire.

Bien plus qu’un code communicationnel, la langue porte en elle une culture, une façon de voir et de concevoir la réalité, une manière de vivre.

Cristian Penca

Dans mon cas, l’apprentissage de la langue s’est effectué en dehors des structures formelles, par le biais des relations d'amitié avec des gens de la place qui m’ont facilité l’apprentissage et surtout aidé à adopter les comportements et les valeurs propres à la société d’accueil.

2. Prioriser la liberté de parole : J’ai réalisé que l’intégration nécessitait un échange franc dans un climat de confiance mutuelle, tout en résistant à la tentation du consensus à tout prix.

La cohésion sociale nécessite de préserver un espace de délibération, d’entretenir une soif du débat pour éliminer les ambiguïtés, libérer les paroles emmurées et apprendre à mieux se connaître.

Comme dans le cas d’une séance de tango, il faut être deux pour danser, mais cela se fait tantôt par un pas à gauche, tantôt par un autre à droite. Un en arrière pour deux en avant.

Également, ce débat doit avoir lieu sans crainte d’être mal jugé par l’autre. Comme dans une famille où, malgré les différends, nous partageons le sentiment profond d’avoir besoin et de pouvoir compter les uns sur les autres.

3. Construire une mémoire commune : Pour paraphraser une vieille publicité québécoise : « Nous sommes juste huit millions, faut qu’on se parle... »

Ultimement, j’ai constaté que nous avons aussi besoin d’une mémoire commune, d’une histoire à partager et à découvrir en fonction de préoccupations nouvelles. Dans une certaine mesure, l’histoire est toujours en devenir, en construction.

Notre « nous » commun n’est pas tourné vers le passé, mais est en train de se bâtir à l’image des belles paroles de Gilles Vigneault : 

De ce grand pays solitaire

Je crie avant que de me taire

À tous les hommes de la terre

Ma maison, c’est votre maison...

Ottawa-Gatineau

Immigration