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Homard, réceptions et lobbying : la recette du N.-B. pour les Jeux de la Francophonie

L'ancienne ministre responsable de la Francophonie, Francine Landry, et l'ancien premier ministre Brian Gallant, ont célébré la fête de l'Acadie en 2015 un mois après le dépôt de la candidature du Nouveau-Brunswick pour l'organisation des Jeux de la Francophonie de 2021.

Photo : Facebook/Brian Gallant

Radio-Canada

Le gouvernement libéral de Brian Gallant s’était beaucoup investi pour appuyer la candidature du Nouveau-Brunswick à l’organisation des Jeux de la Francophonie de 2021, selon des documents obtenus par CBC en vertu de la Loi sur le droit à l’information et la protection de la vie privée.

Le gouvernement progressiste-conservateur a renoncé à la fin de janvier à accueillir les Jeux en raison des coûts jugés trop élevés. Ce vendredi est la dernière journée où d’autres États de la Francophonie peuvent présenter leur candidature.

L’ancien premier ministre Brian Gallant avait personnellement approuvé la candidature de sa province en juillet 2015. Il a continué par la suite à représenter le Nouveau-Brunswick dans ce dossier.

Lorsqu’une délégation internationale a visité le Nouveau-Brunswick, en novembre 2015, Brian Gallant jouait au tennis. Tout avait été prévu pour qu’il soit sur le terrain, vêtu d’un polo aux couleurs du Nouveau-Brunswick, à l’arrivée des dignitaires. Il a cessé de jouer pour les accueillir. Ces informations figurent dans des courriels de fonctionnaires.

Brian Gallant s'apprête à renvoyer la balle à son adversaire.

L’ancien premier ministre Brian Gallant jouait au tennis en novembre 2015 dans le parc du Centenaire, à Moncton, pour la visite d’une délégation de la Francophonie dans le cadre du processus de sélection.

Photo : Facebook/Brian Gallant

M. Gallant a animé une réception le soir même où il a expliqué à quel point les Jeux de l’Acadie ont joué un rôle positif dans sa vie. Il a aussi dit croire que les Jeux de la Francophonie exerceraient un effet similaire chez les jeunes francophones.

Appuyer des personnes en situation minoritaire est incroyablement important, a-t-il déclaré devant les dignitaires.

Le soir suivant, c’était au tour de la ministre responsable de la Francophonie, Francine Landry, d’accueillir les dignitaires lors d’un repas avec homard et champagne, à Shediac.

Un responsable du protocole au gouvernement provincial avait écrit aux ministres Donald Arseneault, Victor Boudreau, Bill Fraser et Roger Melanson pour leur dire que le gouvernement menait une opération de séduction toute la semaine et leur demander d’être présents à cette soirée ainsi qu’aux activités suivantes, dans la mesure du possible.

Cinq représentants de l'Organisation de la Francophonie posent avec Brian Gallant, raquettes de tennis en main.

Brian Gallant avait interrompu son match de tennis pour accueillir les dignitaires de la Francophonie.

Photo : Facebook/Brian Gallant

Brian Gallant a animé une autre réception à Paris le mois suivant. Il a ensuite fait produire une vidéo promotionnelle mettant l’accent sur la culture acadienne. Le but était de la présenter en Côte d’Ivoire en février 2016, la dernière étape de la candidature du Nouveau-Brunswick.

Dans l’un des documents, la firme Hawk Marketing, embauchée pour produire la vidéo, soulignait que c’était une occasion à ne pas manquer pour toucher les représentants de la Francophonie. Il est toujours plus facile de convaincre les gens avec un message plus émotionnel que rationnel, a-t-elle expliqué.

Nous avons réussi un tour de force! Une présentation impeccable, touchante et convaincante au plus haut point, a écrit par la suite un représentant du gouvernement provincial.

Ces efforts étaient déployés pour surpasser la candidature de Sherbrooke qui voulait aussi à ce moment organiser les Jeux de la Francophonie de 2021. Certains ont conseillé au premier ministre Gallant de faire pression sur Justin Trudeau pour que ce dernier appuie la candidature du Nouveau-Brunswick au lieu de celle de Sherbrooke.

Francine Landry est assise sur un trône et coiffée d'une couronne au milieu de dignitaires ivoiriens.

L'ancienne ministre responsable de la Francophonie, Francine Landry, s'était rendue en Côte d'Ivoire à l'occasion des Jeux de 2017.

Photo : CBC

Les documents sèment le doute quant à savoir si Brian Gallant était encore mêlé aux discussions en mars 2018, malgré ses propos selon lesquels il s’était retiré parce qu’il comptait des amis proches au sein du comité organisateur.

À ce moment-là, des fonctionnaires avaient préparé une note à son intention au sujet d’un débat entourant le fait de savoir si le cyclisme allait être inclus comme discipline à l’événement.

Un budget préparé par des intervenants peu expérimentés

Les auteurs de la proposition originale qui estimaient les coûts de l’organisation de l’événement à 17 millions de dollars sont décrits comme un groupe de citoyens dans les documents.

Au moins deux d’entre eux, Éric Larocque et Eddie Rutanga, qui ont fait partie du comité organisateur, étaient de bons amis de Brian Gallant.

Une note écrite après la victoire du Nouveau-Brunswick en mars 2016 pour l’obtention des Jeux indique qu’il y avait « peu de confiance » au sein du comité, mais elle n’explique pas pourquoi.

Les deux hommes en entrevue dans les studios de Radio-Canada.

Eddie Rutanga et Éric Larocque étaient des membres clés du comité qui a préparé la candidature du Nouveau-Brunswick. Ils ont tous deux d’étroites relations avec Brian Gallant.

Photo : CBC

De bonnes personnes ont participé au processus de candidature, souligne dans un courriel le directeur des sports et des loisirs du Nouveau-Brunswick, après avoir pris connaissance des coûts révisés à la hausse pour l’organisation des Jeux, au début de 2018.

Il serait toutefois injuste et irréaliste de croire qu’ils avaient l’expérience, l’expertise et la capacité de comprendre toute l’ampleur des ressources nécessaires pour de tels jeux, ajoute le fonctionnaire.

La différence entre les prévisions budgétaires initiales et l’estimation suivante de 130 millions de dollars est qualifiée d’obstacle majeur et d’embûche dans les documents.

Les organisateurs n’ont pas fourni de bien grandes explications pour ce grand écart, selon un document rédigé par un fonctionnaire du tourisme. Habituellement, le plan d’affaires est préparé avant la soumission d’une candidature pour des événements de ce genre, ajoute-t-il.

C’est le premier ministre Gallant qui voulait ces jeux, souligne le directeur des sports et loisirs, Jeffrey LeBlanc.

La délégation du Canada marche sur la piste d'un stade. Une foule occupe tous les gradins.

Les Jeux de la Francophonie sont considérés comme étant le plus grand événement sportif et culturel du monde francophone.

Photo : Associated Press / Hussein Malla

On constate aussi dans les documents que le Nouveau-Brunswick ne pouvait bénéficier de l’expertise de Sports Canada parce qu’Ottawa ne voulait pas montrer de favoritisme envers l'une ou l'autre des candidatures canadiennes.

Le Nouveau-Brunswick devait se débrouiller seul, peut-on lire dans un document.

Le nom de Brian Gallant a refait surface après que la nouvelle estimation des coûts eut remis en question la candidature de la province. Il est aussi important de rappeler que c’est notre premier ministre qui voulait ces jeux, écrit un fonctionnaire du tourisme.

L'opinion publique importait

Les documents mentionnent que la décision de soumettre au départ des prévisions budgétaires faibles était une approche plus prudente du point de vue de la perception du public.

Un autre ami de Brian Gallant devenu plus tard membre du comité organisateur des jeux, Éric Mathieu Doucet, dit croire, dans un courriel envoyé au gouvernement, que c’était un argument avantageux pour la candidature du Nouveau-Brunswick.

Lorsque les organisateurs ont présenté leur demande de budget au gouvernement, ils ont fortement recommandé aux élus de ne pas rendre l’information publique avant que la demande ne soit approuvée.

Le Conseil du Trésor était inquiet

Mais au début de 2018, les chiffres inquiétaient le Conseil du Trésor, à Ottawa. Ce dernier se demandait si certains éléments du budget des jeux avaient été gonflés.

Qu’est-ce qui rend ces chiffres plus dignes de confiance que les précédents?, demandait l’un des principaux conseillers. Le gouvernement avait reçu jusque-là trois estimations de coûts très différentes, soulignait-il.

En avril 2018, le Conseil du Trésor a décidé de financer le comité organisateur de façon mensuelle plutôt qu’annuelle. Il a aussi créé un comité de députés qui devait trouver des moyens d’économiser et d'obtenir des explications du comité organisateur.

Espoir d’une plus grande aide fédérale

Les documents révèlent aussi à quel point le Nouveau-Brunswick espérait un plus grand appui financier du fédéral, et ce, longtemps avant que l’explosion des coûts ne soit rendue publique.

Une politique de longue date du gouvernement fédéral limite sa contribution financière à 50 % des coûts dans le cas d’organisation d’événements sportifs de grande envergure.

Une note de service datée de mars 2018 indique que le comité organisateur voulait que le provincial tente de convaincre le fédéral d’augmenter considérablement sa contribution financière.

Des coureurs s'élancent lors de la finale du 100 m aux Jeux de la Francophonie d'Abidjan

Le coût estimé de l'organisation des Jeux de la Francophonie de 2021 avait explosé à 130 millions de dollars, ce qui a poussé des fonctionnaires à remettre en question la faisabilité de l'événement.

Photo : AFP / Issouf Sanogo

L’idée circulait encore durant les mois suivants quand des fonctionnaires qualifiaient d’irréalistes les objectifs de financement pour une province comme le Nouveau-Brunswick.

À la mi-octobre, la part de la province était estimée à 60,5 millions de dollars, et cette dernière avait déjà fait appel à Ottawa. Dans une note de service, on peut lire que l’on envisageait de faire une demande à d’autres programmes fédéraux, par exemple celui des infrastructures.

À la fin, la province a dépensé près de 1,7 million de dollars dans ce dossier, et le fédéral, près de 1 million de dollars. Le gouvernement provincial a indiqué cette semaine qu’il ne s’attend pas à devoir payer d’autres coûts.

Avec les renseignements de Gabrielle Fahmy, de CBC

Nouveau-Brunswick

Politique provinciale