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Des interventions chirurgicales déplacées à La Sarre en raison d’un manque d’anesthésistes à Rouyn-Noranda

L'hôpital de Rouyn-Noranda.

Un seul anesthésiste sur une possibilité de cinq est présentement disponible à l'hôpital de Rouyn-Noranda. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Angie Landry

Émilie Parent Bouchard

Radio-Canada a appris qu’après les hôpitaux de Ville-Marie et de La Sarre au cours des dernières années, c’est maintenant le bloc opératoire de l’hôpital de Rouyn-Noranda qui est à risque d’une découverture médicale en anesthésie. Un seul spécialiste sur une possibilité de cinq est présentement disponible, le seul autre anesthésiste en poste étant en épuisement professionnel. Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT) assure cependant que les anesthésistes de la région se serrent les coudes pour éviter de paralyser les activités médicales.

La directrice des services professionnels et de l’enseignement universitaire du CISSS-AT, la Dre Annie Léger, ne s’en cache pas : l’équipe d’anesthésistes est extrêmement fragile à Rouyn-Noranda.

On a cinq postes en anesthésie et actuellement, deux sont comblés et un seul est en capacité de travail. On a dû poursuivre nos efforts pour réussir à assurer la garde 24/7, explique-t-elle, précisant que tous les cas urgents peuvent être pris en charge à Rouyn-Noranda et que les usagers ne doivent donc pas changer leurs habitudes de consultation.

Pas de découverture à court terme

La Dre Léger, qui a la responsabilité du recrutement des médecins, spécialistes ou non, à l’échelle de toute la région, concède qu’il a tout de même fallu procéder à une gymnastique organisationnelle pour assurer la continuité des services. Mais qu’il n’y aura pas de découverture médicale au cours de l’été.

Notre horaire est fait jusqu’au 30 septembre et on travaille déjà à faire notre horaire du mois d’octobre et de novembre. Déjà des dépanneurs ont démontré leur intérêt pour venir faire des semaines de dépannage, indique-t-elle. Donc, avec le soutien de la SWAT Team, avec l’Association des anesthésistes, plus le soutien de nos anesthésistes en région [on devrait pouvoir maintenir les opérations].

Programmes opératoires ajustés

La situation n’est toutefois pas sans effets sur les activités du bloc opératoire de Rouyn-Noranda. Mais la Dre Léger assure que les 19 anesthésistes qui travaillent présentement au CISSS-AT dans la région se serrent les coudes pour maintenir le même niveau de services à la population.

C’est sûr qu’on ne peut pas faire la même production de volume avec un seul anesthésiste uniquement de garde, concède-t-elle. Les délais pour les chirurgies électives [c’est-à-dire non urgentes, qui peuvent être retardées ou annulées sans danger pour le patient] sont un peu étirés. Ça nous prend une deuxième salle pour faire un volume régulier.

À ce sujet, étant donnée la précarité des effectifs à Rouyn-Noranda, le CISSS-AT a dû faire preuve de souplesse. Il a récemment offert à ses chirurgiens de Rouyn-Noranda de planifier du temps opératoire à La Sarre.

Des chirurgies non urgentes réalisées à La Sarre

Pour les cas de chirurgie d’un jour, donc les gens qui n’ont pas besoin de rester à l’hôpital après leur opération, précise-t-elle. Donc, les électifs qu’on n’est pas capables de faire à Rouyn parce qu’on essaie de garder la garde, les urgences et nos semi-électifs. On a offert à nos chirurgiens d’aller à La Sarre et des mains se sont levées, fait-elle valoir.

À son avis, les 80 kilomètres qui séparent les deux centres hospitaliers sont un moindre mal pour les patients qui souhaitent se faire opérer rapidement. Et que d’une manière ou de l’autre, dans l’ensemble de la région, les interventions chirurgicales sont majoritairement réalisées à l’intérieur d’un délai de 30 jours à 6 semaines.

Entre Rouyn et La Sarre, ce n’est pas une grosse distance quand vous voulez vous faire opérer, c’est moins pire que d’aller à Montréal, considère la Dre Léger. Et c’est le plus beau bloc opératoire de la région, le plus flambant neuf, avec des infrastructures modernes. Les gens n’ont pas à s’inquiéter. Ils vont recevoir un excellent service. Il y a déjà des gens qui vont se faire opérer à La Sarre en raison de la disponibilité et ils sont tous très satisfaits.

Les dossiers de La Sarre et de Ville-Marie réglés

Elle rappelle que les découvertures médicales en anesthésie aux hôpitaux de La Sarre et de Ville-Marie sont désormais chose du passé, grâce à des ententes de jumelage. Ce qui permet aux anesthésistes de souffler un peu.

Souvent, La Sarre était en rupture de services, mais ils ne le sont plus, c’est garanti à 100 % parce qu’ils ont une entente de jumelage [avec McGill], comme Ville-Marie [a une entente avec l’équipe d’anesthésistes de Val-d’Or et a son propre anesthésiste]. Donc, les petits milieux qui étaient toujours à risque sont [couverts] mur à mur, soutient la Dre Léger.

Reste maintenant à régler la situation à l’hôpital de Rouyn-Noranda, qui depuis septembre 2018 fonctionne avec seulement deux anesthésistes sur une possibilité de cinq. Et le départ en congé maladie de l’un d’eux est venu compliquer la donne.

Quand il reste un seul anesthésiste, c’est très difficile pour la personne qui demeure. Mais, on la rencontre régulièrement et on essaie de lui donner tout le soutien possible. On allège son horaire aussi, c’est ça qu’on fait pour le garder le plus longtemps possible. La perspective de recruter est toujours présente. Il y a un espoir qui pointe à l’horizon. On n’est pas à notre première découverture médicale, on aimerait bien ne plus en avoir, mais ce qu’il faut retenir, c’est que ça ne change rien pour les patients, note-t-elle.

Je pense qu’on va être capables de se rendre jusqu’à la prochaine arrivée [d’un anesthésiste]. Il suffit qu’il en arrive un, une recrue et ça vient changer toute la dynamique.

La Dre Annie Léger, directrice des services professionnels et de l’enseignement universitaire

Solution à long terme : le recrutement de médecins étrangers

Le CISSS-AT poursuit d’ailleurs ses efforts pour stabiliser les effectifs en anesthésie dans la région. Présentement, 19 anesthésistes couvrent les cinq blocs opératoires de la région. Ils sont aussi appuyés par des équipes de dépanneurs qui proviennent d’ailleurs dans la province pour faire des quarts de travail et diminuer la pression sur ces professionnels.

Quand vous parlez aux médecins qui viennent faire du dépannage chez nous, ils trouvent que nos anesthésistes travaillent fort! Les gens ici doivent être versatiles, ils doivent tout faire, ils doivent être prêts à n’importe quelle situation parce qu’ils sont le seul anesthésiste de la boîte. Ça prend des gens qui ont une formation particulière, qui ont le coeur à la bonne place, plaide la Dre Léger.

Pour faire ce que nos anesthésistes ont fait cet été suite au manque d’un anesthésiste de plus à Rouyn, je leur tire mon chapeau. Ces gens-là sont très engagés, motivés, concernés par le service en Abitibi-Témiscamingue et pas juste à Rouyn-Noranda. Parce que là ça arrive à Rouyn-Noranda, c’est arrivé à La Sarre, à Ville-Marie, ça pourrait arriver ailleurs aussi.

La Dre Annie Léger, directrice des services professionnels et de l’enseignement universitaire

Elle avoue cependant avoir hâte de trouver la perle rare qui viendra s’établir à Rouyn-Noranda. Mais le processus de recrutement à l’étranger, la meilleure avenue selon elle pour le recrutement permanent, est long. Elle mentionne à cet effet que huit candidats sont engagés dans le processus d’une durée minimum d’un an et demi. Le dossier de l’un de ces candidats est complet et elle n’attend qu’une date de stage, indique la Dre Léger.

La reconnaissance de la diplomation par le Collège des médecins, le stage, l’immigration, mettez tout ça ensemble et un an et demi certain, évalue-t-elle.

La bonne nouvelle? Nos médecins étrangers restent, observe-t-elle. Quand vous quittez votre pays, que vous faites cette grosse démarche d’immigration et que vous devez vous adapter à une nouvelle pratique, un nouveau pays, une nouvelle population, à une nouvelle région, un nouveau climat, c’est tout un contrat. Quand ils ont signé un engagement de cinq ans, après cinq ans vous êtes enraciné dans votre milieu. Donc, ils ne partent pas tant que ça, nos médecins étrangers, j’ai assez d’une main pour vous dire combien ont quitté sur le volume qu’on a engagé.

En anesthésie, ils sont huit candidats, en provenance d’Italie, de Syrie, du Liban, de la Tunisie, notamment à avoir entamé ce processus. Toutes spécialités confondues, incluant la médecine familiale, ils sont près d’une cinquantaine.

Avant, il fallait que je tire un peu pour les convaincre de venir nous voir, payer leur billet d’avion, les loger, leur montrer la région, explique la Dre Léger. Ça, on ne le fait plus. Si le candidat est prêt à le faire de son propre chef, on se dit qu’il y a des bonnes chances qu’il soit suffisamment motivé pour se rendre jusqu’au bout du processus, conclut la Dre Léger.

Abitibi–Témiscamingue

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