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Agroalimentaire : le Canada a les yeux rivés sur l'Asie

Un tracteur dans un champ de céréales.
Neuf fermiers canadiens sur dix dépendent du marché à l'international. Photo: Radio-Canada / AFP/Pascal Pavani
Axel Tardieu

Les exportateurs canadiens de l’agroalimentaire ont fait entendre leurs doléances en ciblant les futurs candidats aux élections fédérales du 21 octobre. Pour un avenir prospère dans un monde qui évolue vite, le Canada devra réussir à créer des liens forts avec la Chine. Une décision qui n’est pas entre les mains d’Ottawa, selon un expert.

Sucre, canola, boeuf, céréales, porc… L’année dernière, les exportations agroalimentaires ont atteint une valeur record de 60 milliards de dollars au Canada et une grande partie de cette croissance vient des marchés asiatiques.

Même si 55 % des produits canadiens du secteur sont destinés au voisin américain, il est « indispensable » pour l’industrie d’entretenir des liens avec les partenaires établis et d’ouvrir de nouveaux marchés, a rappelé jeudi, en conférence de presse, Brian Innes, président de l’Alliance canadienne du commerce agroalimentaire (ACCA).

Son organisation représente 90 % des fermiers, des éleveurs, des transformateurs alimentaires et des exportateurs au pays. Un million d’emplois dépendent des échanges internationaux.

« Notre industrie ne peut pas survivre avec uniquement son marché interne, le libre-échange est vital pour nous », a rappelé David Pigott, de l’entreprise Morrison Lamothe, présent à la conférence de presse de l’ACCA, à Ottawa.

Neuf fermiers canadiens sur dix dépendent du marché étranger. L’industrie a fait part de ses priorités aux futurs candidats aux élections fédérales.

Échanges en baisse avec l’Europe

L’accord avec l’Union européenne (CETA) a été mis en place en septembre 2017 et, 18 mois après, les exportations agroalimentaires canadiennes ont chuté de près de 10 %.

« La majorité de nos exportateurs ne peuvent pas en bénéficier à cause des barrières non tarifaires qui perdurent, notamment dans le secteur de la transformation des viandes, des grains et des biotechnologies », explique Claire Citeau, directrice de l’ACCA.

Justin Trudeau a signé l'Accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne le 30 octobre 2016.Justin Trudeau s'était rendu en Belgique, en octobre 2016, pour la signature de l'entente sur le libre-échange entre le Canada et l'Union européenne. Photo : Reuters / Francois Lenoir

Les délais d’approbation d’exportation de certains produits seraient trop longs, et des questions resteraient en suspens concernant les protocoles de transformation de boeuf et du porc.

« À cause de ces délais, nos exportateurs n’ont pas un accès réel au marché européen et, donc, se tournent vers d’autres marchés en attendant », dit Mme Citeau. Le secteur presse les politiciens à soutenir l’intérêt des exportateurs dans le futur.

Le blocage de Pékin

La Chine est l’autre talon d’Achille des exportateurs. Avec 9 milliards de dollars d'exportations en 2018, c’est le deuxième marché pour l'industrie agroalimentaire du Canada, après les États-Unis (31,1 milliards).

D'ici 2025, la Chine devrait être le premier pays importateur de nourriture au monde. Mais Pékin a récemment bloqué ses importations de canola produit au Canada et a suspendu les permis d’importation d'usines de porc.

Le conflit diplomatique entre les deux gouvernements depuis décembre devrait durer plusieurs années, selon Gordon Houlden, directeur de l’Institut de la Chine à l’Université de l’Alberta.

« Nous sommes victimes des tensions entre Washington et Pékin, c’est une relation tripartite où le Canada est le plus faible », explique-t-il.

La solution pour le Canada est entre les mains des États-Unis.

Gordon Houlden, directeur de l'Institut de la Chine à l'Université de l'Alberta

Le Japon sauve la mise

En attendant, le secteur du boeuf canadien a trouvé une solution avec le Japon, troisième économie mondiale.

« Le Partenariat transpacifique est un très bon accord », affirme Dan Darling, vice-président de l’Association canadienne des éleveurs de bovins.

Grâce à cet accord, entré en vigueur en décembre 2018, « nos exportations de boeuf vers le Japon ont augmenté de 100 % », explique cet industriel.

« Des débuts encourageants », confirme Claire Citeau, de l’ACCA. « Nos exportateurs commencent à bénéficier d’un meilleur accès au Japon et au Vietnam. »

Une vache en gros plan La moitié des producteurs de boeuf canadien sont situés en Alberta. Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Le secteur agroalimentaire canadien espère pouvoir ouvrir davantage le marché vers le reste de l’Asie. Corée du Sud, Thaïlande, Indonésie, des pays qui sont membres de la zone de libre-échange de l’ASEAN, avec lequel le Canada est en pourparlers actuellement.

Le G20 au Japon, la solution au blocage de Pékin?

Selon Gordon Houldon, de l’Université de l’Alberta, les agriculteurs canadiens ne devraient pas s’attendre à de bonnes nouvelles à l’issue de la rencontre entre le premier ministre Justin Trudeau et le président chinois, Xi Jinping, lors du prochain G20, à la fin du mois de juin.

Pourtant, les produits canadiens répondent aux standards de qualité chinois, qui sont plus élevés qu’il y a 40 ans. « Il s'agit bien de centaines de millions de personnes capables d’acheter les meilleurs produits du monde, mais le problème, c’est le blocage politique », conclut Gordon Houlden.

Alberta

Agro-industrie