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Pékin laisse entendre qu'il boudera Ottawa jusqu'à la libération de Meng Wanzhou

Justin Trudeau et le président chinois Xi Jinping, devant des drapeaux de la Chine et du Canada, sur le point de se serrer la main.

Justin Trudeau et le président chinois Xi Jinping, à Pékin, en décembre 2017, à une époque où les relations entre les deux pays étaient plus cordiales.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Sophie-Hélène Lebeuf

La Chine a laissé entendre pour la première fois, jeudi, que ses dirigeants ne parleraient pas au premier ministre Justin Trudeau tant que le Canada n'aurait pas abandonné les procédures d'extradition contre la directrice financière du groupe chinois Huawei.

« La détérioration des relations entre la Chine et le Canada est entièrement attribuable à la partie canadienne et [...] la responsabilité incombe également entièrement au Canada », a déclaré un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, à qui on demandait si les refus opposés récemment par la Chine à des tentatives de contacts entreprises par le gouvernement Trudeau signifiaient un gel diplomatique entre les deux pays.

« Nous espérons que le Canada prendra au sérieux nos graves préoccupations et qu'il relâchera immédiatement Mme Meng Wanzhou, et qu'il prendra des mesures concrètes pour remettre les relations Chine-Canada sur les rails dès que possible », a-t-il ajouté.

Il s'agit du premier lien manifeste que la Chine établit entre la froideur diplomatique qu'elle manifeste envers le Canada et sa demande de libération de la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, détenue au Canada depuis décembre dernier en vertu d'une demande d'extradition des États-Unis.

Meng Wanzhou.

Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei

Photo : Site web de Huawei

CBC a révélé mercredi que le gouvernement chinois avait opposé une fin de non-recevoir à une tentative personnelle de Justin Trudeau, plus tôt cette année, d'organiser un entretien téléphonique avec le premier ministre chinois, Li Keqiang, pour discuter de deux Canadiens détenus en Chine, Michael Kovrig et Michael Spavor. Les deux hommes ont été mis en détention par les autorités chinoises peu après l'arrestation de Mme Meng, dans un geste largement perçu comme des représailles.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a indiqué le mois dernier à CBC que ses efforts répétés pour rencontrer son homologue chinois, Wang Yi, ont eux aussi échoué.

La semaine dernière, le premier ministre Trudeau a fait savoir qu’il envisageait de demander un tête-à-tête avec le président chinois Xi Jinping, lors du Sommet du G20 qui se tiendra au Japon à la fin du mois.

Malgré l'attitude distante de la Chine, la ministre Freeland a voulu se faire rassurante, évoquant une « conversation très dynamique [...] entre les deux pays ».

« Il y a certainement une communication claire à plusieurs niveaux » diplomatiques, a-t-elle soutenu au cours d'une conférence de presse depuis Washington, où elle concluait une visite officielle de deux jours.

Les tensions avec la Chine au menu d'une rencontre Trudeau-Trump

Le premier ministre Trudeau devrait par ailleurs demander personnellement l'aide des États-Unis pour faire libérer les deux Canadiens.

La ministre Freeland a précisé que les « détentions arbitraires de Michael Kovrig et Michael Spavor » feront partie des enjeux abordés jeudi prochain par Donald Trump et Justin Trudeau, qui sera en visite dans la capitale américaine pour s'entretenir avec le président américain.

« Nous encourageons tous nos partenaires, tous nos alliés – et je l'ai fait encore aujourd’hui et hier – de soulever la situation de Michael Kovrig et Michael Spavor dans toutes les conversations avec les Chinois », a-t-elle déclaré.

Entrevue avec Guy Saint-Jacques, ancien ambassadeur du Canada en Chine, à l'émission En direct avec Patrice Roy

Freeland rejette la proposition de Jean Chrétien de rejeter le dossier d'extradition

Chrystia Freeland s'adresse aux journalistes aux côtés d'un drapeau canadien alors que par la fenêtre on voit le Capitole de Washington.

La ministre Chrystia Freeland a été invitée à commenter la querelle diplomatique entre Ottawa et Pékin.

Photo : The Associated Press / J. Scott Applewhite

Chrystia Freeland a en outre balayé du revers de la main la possibilité que le gouvernement intervienne pour mettre un terme au processus d'extradition de Mme Meng, comme l'a suggéré en coulisses, selon le Globe and Mail, l'ancien premier ministre libéral Jean Chrétien.

« Le processus d’extradition ne doit pas être politisé. Ce n’est pas un processus politique, c’est un processus judiciaire », a-t-elle allégué, invoquant l’indépendance des tribunaux canadiens et la règle de droit.

Ça peut être très dangereux pour le Canada, comme pays, mais aussi pour tous les Canadiens, de créer un précédent dans lequel le Canada change[rait] ses actions politiques dans un cas d'extradition à cause de pressions.

Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères

Un tel précédent pourrait « mettre en danger tous les Canadiens à l'étranger », a-t-elle affirmé.

La ministre Freeland a par ailleurs refusé de dire si elle était ouverte au recrutement de M. Chrétien comme négociateur auprès de la Chine dans ce dossier. Celui-ci a indiqué la semaine dernière qu'il était disposé à intervenir pour tenter de dénouer l'impasse diplomatique entre les deux pays.

« C'est une décision qui appartient au premier ministre », a-t-elle répondu aux journalistes, insistant sur l'« énorme respect » qu'elle voue à l'ancien chef de gouvernement et sur sa conviction qu'on peut « apprendre de nos aînés ».

Avec la collaboration de Philip Ling, de CBC

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