•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Changements climatiques : protéger les îles de Toronto, mais à quel prix?

Des sacs de sable en premier blanc et Toronto en arrière-plan avec le lac Ontario au milieu.

Après les inondations de 2017, la ville a investi plus de 28 millions de dollars pour protéger les îles et les plages de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Philippe de Montigny

Xavier Savard-Fournier

L'Office de la protection de la nature (TRCA) et la Ville de Toronto doivent approuver dans les prochains jours leur plan pour minimiser l’impact des changements climatiques sur le lac Ontario, et tout porte à croire qu’ils miseront encore sur la construction d’infrastructures pour protéger les plages et les îles de Toronto.

Dans un récent rapport sur l'impact des inondations et l'évaluation des risques sur les îles de Toronto, rendu public le 13 juin, le TRCA propose une série de projets d'infrastructures, comme la construction des digues et des murets plus élevés, ou encore l'élévation de certaines routes.

La facture pourrait atteindre 13,9 millions à 16 millions de dollars, et ce, principalement pour des projets concernant l'île Ward.

Mais si la Ville et l'Office semblent d’accord sur la régularité à venir de la montée du niveau d’eau du lac au printemps, la plupart des installations ne seront pas disponibles avant plusieurs années. C’est donc dire que les résidents des îles devront s’habituer à faire des sacs de sable au printemps.

Et si jamais la hausse du niveau du lac Ontario dépassait les prévisions, faudrait-il réinvestir pour consolider ses infrastructures?

Des bénévoles remplissent des sacs de sable près de la rive d'une des îles de Toronto.

Les résidents devront s’habituer à faire des sacs de sable en attendant les nouvelles infrastructures.

Photo : Radio-Canada / Anne-Marie Provost

Quand vous atteignez ces niveaux records des eaux ou des inondations, la question que vous devez vous poser c’est si vous regardez pour des solutions permanentes pour minimiser les effets des inondations ou si vous essayez de contrer le problème lorsqu’il survient, explique Joseph Desloges, professeur au Département de géographie et d’urbanisme de l’Université de Toronto.

Vous pouvez toujours construire des infrastructures pour contrer les inondations ou l’érosion, mais elles sont chères à construire et à maintenir en place. Et elles ne fonctionnent pas avec l’environnement naturel, ce n’est donc pas une option viable.

Selon lui, il faut maintenant s’attendre à voir des événements météorologiques extrêmes arriver à plus grande fréquence.

Déplacer des résidents

La hausse saisonnière du niveau d'eau prévue pour les années à venir fragilisera vraisemblablement les zones propices aux inondations et à l'érosion. Une alternative serait de proposer aux gens de quitter ces zones à risque, comme le Québec souhaite faire dans le cas des inondations de Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

Mais pour le conseiller municipal de Fort York-Spadina, Joe Cressy, ce n’est pas le plan de la Ville.

La réponse à l’accélération des changements climatiques, ce n’est pas de laisser la montée des eaux nous engloutir, mais plutôt d’adapter nos infrastructures.

Joe Cressy

Le rapport doit être adopté à la prochaine rencontre du conseil d’administration du TRCA le 21 juin prochain.

Des millions année après année

Selon la spécialiste de l'engagement gouvernemental et communautaire à l’Office de la protection de la nature de Toronto, Nancy Gaffney, il faut s'attendre à ce que le lac Ontario atteigne des niveaux records au moins une fois aux deux ans.

Contrairement à l’eau du lac, la facture pourrait donc être salée si l'on devait, année après année, réinvestir en infrastructure pour protéger les îles et les plages de Toronto.

À titre d’exemple, Toronto avait prévu de débourser un peu plus de 28 millions de dollars en projet de mitigation à la suite des inondations de 2017, une situation qu’on disait exceptionnelle à l’époque, mais qui s'est pourtant répétée à peine deux ans plus tard.

De ce nombre, seulement 3,5 millions de dollars avaient été budgétés et ciblaient principalement des travaux et des actions urgentes. On parle ici de mesure de contrôle de l’érosion, des rénovations et une étude sur les zones inondables.

Les 24 autres millions seront utilisés d’ici 2022 pour des projets à moyen terme, selon le rapport des coûts de réparation, à la suite des inondations de 2017.

Certains de ces projets, impliquant les plages, sont toujours en cours de réalisation à l’heure actuelle, a confirmé la Ville de Toronto.

Le lac Ontario empiète sur les plages à Toronto.

Le lac Ontario empiète sur les plages à Toronto.

Photo : Radio-Canada

Chose certaine, il a fallu environ 400 000 $ pour rajouter un peu plus de 9000 m3 de sable sur les différentes plages de Toronto à la suite des inondations de 2017, un montant qui n’inclut pas le coût du sable qui a été repris pour d’autres projets dans la ville.

À cela, il faut ajouter la perte de 8 M$ pour la fermeture du parc des îles en 2017 et près de 12 M$ que Toronto avait planifié pour des réparations d’urgence à la suite des tempêtes de 2018.

Puis, pour un investissement à plus long terme, la Ville de Toronto a annoncé le 10 juin dernier un investissement de 133 millions pour l'implantation d'un nouveau réseau d'égouts pluviaux et sanitaires dans le secteur Fairbank-Silverthorn, afin de réduire le risque d'inondation dans les sous-sols.

Hausse du nombre de tempêtes

Le maire de Toronto, John Tory, le répétait la semaine dernière en conférence de presse, ces tempêtes, qu’on appelait auparavant les tempêtes du siècle, semblent survenir beaucoup plus régulièrement.

Même chose pour les changements de températures et pour la montée des eaux du lac Ontario.

C’est vraiment une question de la différence qu’auront ces infrastructures par rapport à l’argent qu’on aura investi.

John Tory, maire de Toronto

C’est-à-dire des millions de dollars au cours des deux dernières années.

La solution des Pays-Bas

Lassés d'affronter des inondations récurrentes et de mettre la main à la poche pour des mesures d'urgence, les Pays-Bas ont arrêté de bloquer l'eau pour redonner aux cours d'eau l'espace que la nature leur accordait à l'origine, et créer du même coup des espaces récréatifs.

À Nimègue, relever les digues, ou encore les renforcer, ne faisait pas partie de la solution, précise Erik Mosselman, un ingénieur chez Deltares, le principal institut de recherche sur les questions de la gestion de l’eau aux Pays-Bas.

À l’heure des changements climatiques, avec la montée du niveau des mers et avec des précipitations plus intenses à venir, c’était pelleter le problème par en avant.

Le tout nouveau parc de la ville historique de Nijmegen, à 130 kilomètres au sud-est d’Amsterdam.

À Nimègue, le nouveau bras du fleuve Rhin, à droite sur la photo, est le résultat de la nouvelle approche des Pays-Bas pour gérer les inondations.

Photo : Irvin van Hemert

Dans le cas de Toronto, cette situation n’a cependant pas été envisagée. Il faut dire que la situation géographique de Toronto diffère de celle des Pays-Bas. Mais la Ville ne laissera pas, par exemple, une partie des plages du quartier des Beaches se laisser inonder.

Inévitablement, l’eau coule alors on voit les berges s’éroder et se reconstituer au fil des années. Le plan n’est pas d’introduire de nouveaux espaces là où il n’y a pas déjà de l’eau en ce moment, affirme Brad Bradford, le conseiller municipal de Beaches-East York.

Par contre, comme l’expliquait le professeur Joseph Desloges, il n’y a pas de solutions idéales pour les municipalités et, contrairement aux Pays-Bas, ce sera peut-être à chacun de décider ce qu’il fera.

Le rapport du TRCA estime d'ailleurs que les inondations de 2017 ont coûté en moyenne 387 000 $ en dommages pour chaque résidence touchée.

Pour un propriétaire, si vous ne déménagez pas, si vous voulez rester là où vous êtes, vous allez devoir avoir une stratégie pour minimiser l'impact des inondations, vider vos sous-sols, surélever vos maisons, précise-t-il.

Toronto

Changements climatiques