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Une cavité à la surface de plusieurs virus ouvre la voie à de nouveaux médicaments

Illustration artistique d'une personne porteuse du virus de la grippe.

Les virus de la grippe mutent sans arrêt pour échapper à nos défenses immunitaires.

Photo : iStock

Renaud Manuguerra-Gagné

Des chercheurs ont découvert, par hasard, un talon d’Achille présent chez plusieurs familles de virus, qui ouvre la voie à la création de médicaments antiviraux.

Alors qu’ils testaient des molécules à la recherche d’une nouvelle arme contre des virus, une équipe de chercheurs de l’Université de Louvain, en Belgique, et de l’Université d’Helsinki, en Finlande, a découvert une cavité jusqu’ici inconnue à la surface de certains virus.

Or, il s’avère que cette cavité est d’une importance particulière pour les virus, et interférer avec son fonctionnement bloque la progression de virus responsables de plusieurs maladies, du simple rhume jusqu’à la poliomyélite.

Leurs travaux, publiés dans la revue PLOS Biology, (Nouvelle fenêtre) pourraient permettre le développement de nouveaux médicaments antiviraux ciblant spécifiquement ce point faible.

Saisir l’insaisissable

Les virus porteurs de maladies humaines sont souvent difficiles à combattre. Capables de changer constamment d’apparence grâce à de fréquentes mutations, ces derniers peuvent rapidement se débarrasser de points faibles qui pourraient servir de cibles à des médicaments antiviraux.

Et puisque les virus ne sont techniquement pas « vivants », c’est-à-dire qu’ils n’ont aucune activité biologique et doivent absolument infecter une cellule pour se reproduire, ces derniers n’ont pas de besoins essentiels que l’on pourrait bloquer ou ralentir, comme c’est le cas des antibiotiques à l'égard des bactéries.

Le meilleur outil contre les virus reste donc d’entraîner notre système immunitaire à les reconnaître par la vaccination. Cela ne veut toutefois pas dire qu’ils sont impossibles à attaquer à l’aide de médicaments.

L’une des méthodes les plus courantes pour trouver de nouvelles molécules actives est d’évaluer l’effet d’une grande quantité de candidates sur des virus en laboratoire.

L’équipe belge se concentrait sur les picornavirus, une grande famille qui inclut les virus responsables du rhume, de l’hépatite, de la méningite et de la poliomyélite, et contre lesquels il n’existe actuellement aucun agent antiviral.

En testant diverses molécules, ils ont décelé une candidate qui semblait bloquer la duplication de ces virus par un mécanisme jusqu’ici inconnu.

Du sable dans l’engrenage

En observant leurs victimes par microscopie électronique, les chercheurs ont remarqué que cette molécule se logeait directement dans un espace à la surface des virus, qui n’avait pas été découvert jusque-là.

Lors de leurs travaux, les chercheurs ont découvert que cet espace était employé lors d’une phase cruciale de l’infection d’une cellule par le virus : la première.

Pour prendre le contrôle de sa cible, un virus doit injecter son matériel génétique à l’intérieur d’une cellule. Pour ce faire, plusieurs espèces doivent changer de forme afin de permettre à ce matériel de quitter la capsule virale et d’entrer dans la cellule.

Or, la molécule décelée par les chercheurs s’insérait justement dans un petit espace que le virus doit absolument maintenir dégagé s’il veut être en mesure de réussir cette transformation.

Comme un caillou dans un engrenage, cette molécule bloquait le virus en position fermé, et ce dernier ne pouvait plus rien faire. Les chercheurs se sont ensuite servis de leur molécule comme point de départ pour en produire plusieurs autres aux propriétés semblables et capables de s’en prendre à plusieurs autres membres de la famille des picornavirus.

Bien qu’il soit toujours possible que les virus mutent pour résister à cette nouvelle stratégie, les chercheurs croient que cette structure est suffisamment cruciale pour que les virus ne puissent pas facilement s’en passer, ce qui diminue les possibilités de résistance.

Cette découverte ouvre donc une nouvelle avenue de recherche pour le développement de médicaments qui pourraient avoir le même effet antiviral directement chez l’être humain.

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