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Le Congrès américain veut combattre les hypertrucages

Le Capitole, à Washington

Les politiciens américains s'inquiètent des conséquences potentielles des hypertrucages sur les élections de 2020.

Photo : Reuters / Yuri Gripas

Radio-Canada

Les hypertrucages (deepfakes), ces vidéos trafiquées pour faire apparaître une personne et lui faire tenir des propos qu'elle n'a jamais tenus, seront au cœur des discussions du Congrès américain cette semaine, lors d'audiences avec des experts et avec la présentation d'un projet de loi pour les restreindre.

Ces vidéos truquées très réalistes retiennent l’attention ces jours-ci avec l’apparition d’une vidéo manipulée de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, sur les réseaux sociaux. La vidéo, qui n’est pas à proprement parler un hypertrucage – elle est seulement ralentie pour donner l’impression que Mme Pelosi a du mal à parler –, a frappé la classe politique américaine.

De plus en plus de politiciens américains s’inquiètent que l’hypertrucage soit utilisé à mauvais escient pendant les élections de 2020.

« Nous devons être beaucoup plus sceptiques »

Le Comité du renseignement de la Chambre des représentants doit donc tenir des audiences, jeudi, afin d’entendre des experts et mieux mesurer la menace que représentent ces vidéos créées à l’aide de l’intelligence artificielle.

« Je pense que nous devons tous être beaucoup plus sceptiques de ce que nous voyons en ligne, a affirmé à The Hill le président du comité, Adam Schiff. Le temps de constater que la vidéo est fausse, le mal est déjà fait. Nous voulons donc essayer d’informer le public à ce sujet pour que, si ça arrive, les gens aient des connaissances sur ce produit. »

Les politiciens américains espèrent réduire l’influence potentielle d’acteurs étrangers sur les prochaines élections. En 2016, des campagnes de désinformation russes visant à diviser l’opinion publique et à attiser les tensions aux États-Unis étaient venues interférer avec le processus électoral.

« Nous ne nous inquiétons plus seulement des robots sur Twitter et des faux comptes Facebook, a affirmé le représentant républicain John Ratcliffe à The Hill. Pour nous, c’est important de reconnaître que la menace des campagnes de désinformation évolue. Et avec le développement de l’intelligence artificielle et des hypertrucages, les tentatives d’insertion de fausses nouvelles dans nos médias sont plus sophistiquées que jamais. »

Un projet de loi

En plus des audiences de jeudi, la représentante démocrate Yvette Clarke doit présenter un projet de loi visant à restreindre la création et la portée des hypertrucages. Trois mesures seront mises de l’avant dans ce document.

La première mesure vise à obliger les chercheurs et les entreprises mettant au point des technologies pouvant servir à créer des hypertrucages à ajouter automatiquement des filigranes numériques les identifiant comme tels. Il serait donc plus facile de différencier une fausse vidéo d’une vraie.

La seconde mesure forcerait les réseaux sociaux à se doter de technologies de détection des hypertrucages, afin par exemple de les bloquer à la source ou d’en réduire la portée.

La troisième mesure prévoit des amendes et des peines de prison pour les personnes créant des vidéos truquées à des fins malveillantes. Les créateurs de vidéos diffamatoires ou pouvant porter atteinte à la sécurité d’une personne ou de la nation seraient notamment visés par ces sanctions.

Ces mesures, si elles étaient approuvées par le Congrès et ratifiées par le président, donneraient de nouveaux recours légaux aux personnes visées par des hypertrucages, leur permettant de poursuivre plus facilement les auteurs des vidéos. Cela pourrait en retour décourager les créateurs d’hypertrucages de générer des vidéos au dessein malfaisant.

« Ce problème ne touche pas seulement les politiciens », a affirmé au MIT Technology Review Mutale Nkonde, chercheuse au Data & Society Research Institute et conseillère dans l’élaboration du projet de loi. « Les hypertrucages sont bien plus susceptibles d’être utilisés contre des femmes, des minorités, des personnes de la communauté LGBT et des personnes pauvres. Et ces personnes ne disposeront pas des ressources nécessaires pour lutter contre les risques d'atteinte à leur réputation. »

Intelligence artificielle

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