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Comment un pan de l'histoire de la musique est parti en fumée

Ella Fitzgerald au micro.
La légendaire chanteuse de jazz Ella Fitzgerald. Photo: Getty Images / Keystone
Radio-Canada

Il y a 11 ans, un entrepôt des studios Universal prenait feu à Hollywood. À l’époque, des dégâts modérés avaient été rapportés. Une longue enquête du New York Times, publiée mardi, révèle que les ravages ont été, en réalité, bien plus grands que ce qui avait été annoncé. Environ 500 000 enregistrements originaux de chansons d’artistes comme Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Judy Garland, R.E.M ou encore Eminem et Nirvana ont brûlé, selon le journal.

Le 11 juin 2008, un brasier, qui mettra près de 24 heures à être maîtrisé, a détruit une partie des studios Universal. L’entreprise a indiqué alors que seuls des exemplaires de vieux films et une attraction du parc à thèmes Universal Studios Hollywood avaient été dévorés par les flammes.

Cependant, des documents découverts par le New York Times montrent que l’ampleur des dégâts a été minimisée. Au point que le journal n’hésite pas à qualifier cet événement de plus gros désastre de l’histoire de l'industrie de la musique .

Environ un demi-million de titres envolés

L’entrepôt appartenait aux studios Universal, mais il était en partie loué par Universal Music Group (UMG), qui ne fait plus partie de la même entité que les studios Universal depuis 1998. C’est dans ce bâtiment que la plus grande maison de disques au monde avait décidé d’entreposer une partie de ces archives musicales.

En juin 2008, UMG avait assuré n’avoir enregistré aucune perte lors de l’incendie. Mais le New York Times s’est procuré des documents confidentiels d’UMG, estimant à 500 000 le nombre de titres dont les traces sonores ont été réduites en cendres le 11 juin 2008.

D’après un témoin cité par le New York Times, le préjudice est évalué à 200 millions de dollars canadiens.

Des voix légendaires touchées

Il est difficile de savoir avec précision lesquelles des 500 000 bandes sonores réduites en cendre étaient des enregistrements originaux. Parmi elles se trouveraient toutefois des titres issus du catalogue de l’étiquette Decca, récupéré par UMG. Un répertoire qui compte d'illustres voix de la musique américaine : Louis Armstrong, Duke Ellington, Bing Crosby, Ella Fitzgerald, Judy Garland.

Par exemple, il est probable que l’original de la toute première chanson d’Aretha Franklin à avoir été commercialisée ait brûlé dans l’incendie.

Elton John, Ray Charles, Joan Baez, Sonny and Cher, The Eagles, Barry White, Patti LaBelle, The Police, Sting, Mary J. Blige, No Doubt, Sheryl Crow, Tupac, Eminem, 50 Cent… La liste des artistes dont certains enregistrements originaux auraient disparu dans l’incendie est longue.

L'importance de conserver les bandes originales

Certes, des copies de la plupart des chansons de ces grands noms de la musique existent. Cependant, au fur et à mesure que la musique est recopiée, la qualité sonore se détériore, de la même façon qu’une photocopie est rarement de qualité égale à son original.

Le grain d’une voix, le timbre d’un instrument, l’ambiance du studio d’enregistrement... La différence n’est pas forcément perceptible de manière évidente par des oreilles non averties, mais elle existe.

Vous n’avez pas besoin d’être [une personne experte] pour comprendre qu’il y a une différence entre un tableau et la photographie de ce tableau. C’est exactement pareil pour l’enregistrement sonore.

Andy Zax, producteur de musique

La perte résultant de l’incendie de 2008 est d’autant plus grande que l’entrepôt abritait aussi les enregistrements de voix moins emblématiques, mais qui faisaient tout de même partie du patrimoine musical. Des morceaux moins connus qu’il ne sera jamais plus possible d’écouter.

Des artistes concernés réagissent

Le groupe R.E.M a indiqué sur Twitter qu’il était en train de s’informer pour comprendre ce qu'il est advenu de certaines de ses bandes sonores.

Questlove, le batteur du groupe The Roots, a partagé l’article du New York Times en l’accompagnant de ce message : « À tous ceux qui se demandent pourquoi Do You Want Me More et Illdelph Halflife [des albums du groupe sortis dans les années 1990] ne bénéficieront pas d’une réédition. »

Depuis longtemps, nous étions au courant de la disparition de bandes originales [du groupe], a déclaré par communiqué le gérant du groupe de jazz Steely Dan. On ne nous a jamais donné d’explication plausible. Peut-être qu’elles ont brûlé dans ce grand incendie. Dans tous les cas, c’est indéniablement un trésor qui est perdu.

La réplique d'Universal Music

UMG a également réagi à la parution de l’article du New York Times. L’entreprise, qui n'est plus aujourd’hui gérée par les mêmes dirigeants qu’en 2008, juge qu’il contient des inexactitudes et des informations erronées.

La préservation de la musique est notre plus grande priorité, s’est-elle défendu dans un communiqué, qui ne conteste pas l’ampleur des dommages rapportés par le New York Times.

Avec les informations de The New York Times, et Variety

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