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Trois mois après les faits, l’infirmière agressée au CHU Dumont témoigne

Natasha Poirier chez elle, en entrevue.
L'infirmière Natasha Poirier a été attaquée par le conjoint d'une patiente le 11 mars dernier au CHU Dumont, à Moncton, au Nouveau-Brunswick. Photo: Radio-Canada
Anaïs Brasier

Souffrant d’une commotion cérébrale, l’infirmière Natasha Poirier ne se reconnaissait plus. « Je n’étais plus capable de faire des tâches complexes, d’avoir une conversation, de sortir de la maison. Je n’étais pas capable de fonctionner. » Trois mois après avoir été attaquée par le conjoint d’une patiente au Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont, à Moncton, au Nouveau-Brunswick, elle peut enfin raconter sa version des faits.

C’était le 11 mars dernier. Natasha Poirier travaillait dans son bureau d’infirmière gestionnaire du service de chirurgie de l’hôpital Georges-L.-Dumont. Vers 14 h, un homme est entré dans son bureau pour lui demander de changer la chambre de sa femme, mais la discussion a rapidement dégénéré.

Il s’est penché [vers moi], m’a regardée dans les yeux et m’a dit : "Je te donne trois secondes pour décider", mais je n’ai pas eu le temps de même penser à ma réponse qu’il m’a tirée par les cheveux et a procédé à l’attaque.

Il lui aurait ensuite tordu le bras gauche, puis les doigts, avant de la frapper à la tête à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’elle perde connaissance pendant quelques secondes. Lorsqu’elle est revenue à elle, il la frappait au visage.

Puis, je me suis levée ou il m’a levée, je ne m'en souviens plus, puis il m’a lancée contre le mur et m’a donné des coups de genou dans les côtes. Je pensais que j’allais mourir.

Natasha Poirier

C’est à ce moment que des collègues de Natasha sont venus à sa rescousse. Ils ont dû s’y mettre à plusieurs pour maîtriser l’agresseur. Une collègue a même été blessée au poignet et a dû arrêter de travailler pendant deux semaines.

Le rétablissement a été extrêmement long

Au lendemain de l’agression, c’est la mère de Natasha Poirier qui a parlé aux médias pour raconter ce triste événement. On comprend maintenant pourquoi.

En plus des blessures physiques, comme une fracture au nez, des ligaments déchirés aux mains et un oeil au beurre noir, l’infirmière a subi une commotion cérébrale qui a rendu toute communication difficile pendant plus de deux mois.

Je m’étais perdue pour un bon 9 ou 10 semaines. Je ne me reconnaissais plus. Je n’étais pas capable de faire des tâches complexes, d’avoir une conversation sans oublier ce que je voulais dire, de sortir de la maison, de fonctionner en général.

Natasha Poirier
Norma Melanson en entrevue dans sa cuisine.C'est Norma Melanson, la mère de Natasha Poirier, qui a d'abord raconté l'histoire de sa fille, telle que celle-ci la lui avait racontée en mars dernier. Photo : Radio-Canada

Le rétablissement n’est toutefois pas encore complètement terminé. Par exemple, Natasha Poirier bégaie encore et ses yeux demeurent sensibles à la lumière. Si elle peut recommencer à conduire, elle doit continuer de consulter toute une gamme de professionnels de la santé : un physiothérapeute, un chiropraticien, son médecin de famille, un neurologue et un orthophoniste.

Mais surtout, elle ne sait pas encore quand elle pourra retourner au travail ni même si elle pourra un jour reprendre ses fonctions.

Tout ce que les médecins me disent, c’est que ça va être long. J’ai un papier médical jusqu’au 15 septembre. On verra où je serai rendue à ce moment-là. [...] Je ne suis pas certaine de pouvoir retourner dans mes fonctions que j’avais comme infirmière gestionnaire, parce que c’est beaucoup de multitasking et je gère 53 employés.

Le Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont, à Moncton.Le Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont, à Moncton Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

Guérir grâce à l’appui de la communauté

Natasha Poirier tient à remercier tous ceux et celles qui l’ont encouragée lors des moments les plus difficiles, ses proches comme les inconnus.

Je suis certaine que si ça n’avait pas été de ce support, je n’aurais pas progressé comme j’ai progressé. Ç’a été une partie de mon rétablissement.

Natasha Poirier

Elle souhaite maintenant que l’agression qu’elle a vécue ne tombe pas dans l’oubli et qu’elle permette à d’autres infirmiers et infirmières d’oser signaler ce genre d’événement.

Il faut montrer qu’on est à risque dans notre métier, il faut plus de sécurité, conclut-elle.

Avec les informations de Wildinette Paul

Nouveau-Brunswick

Agression