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Le Parti vert au pas de course

Greg De Luca candidat du Parti vert dans Brossard St-Lambert aux prochaines élections fédérales Photo: Radio-Canada / Benoît Roussel
Fannie Olivier

Est-ce le signe d'un engouement de plus en plus marqué pour les verts au Québec? La formation d'Elizabeth May a tenu le mois dernier la toute première course à l'investiture de son histoire dans la province. La route vers les prochaines élections ne sera toutefois pas de tout repos.

Dans une salle étroite à l’arrière d’un restaurant de déjeuners de Brossard, le 26 mai dernier, s’entasse une trentaine de militants du Parti vert du Canada. Bulletin de vote et crayon en main, ils doivent décider qui deviendra candidat officiel de la formation politique dans Brossard−Saint-Lambert au prochain scrutin fédéral.

Je me sens excité et en même temps un peu nerveux. J’ai chaud! , laisse tomber Greg De Luca, l’un des deux militants qui briguent l’investiture.

Son adversaire, Joanne Tomas, était candidate pour le Parti vert du Canada en 2015. Elle ne s’attendait pas à devoir défendre sa place quatre ans plus tard. D’autant que les verts ont obtenu moins de 2 % des voix dans Brossard−Saint-Lambert au dernier scrutin fédéral.

Il y a beaucoup de mouvement. C’est bon, c’est très bon! , lance-t-elle. Elle estime que les Canadiens se rendent de plus en plus compte de l’ampleur de la crise climatique, ce qui devrait se refléter dans l’urne le 21 octobre prochain.

De son côté, Greg De Luca croit que les électeurs écologistes sont mécontents de Justin Trudeau et particulièrement de sa décision d’acheter le pipeline Trans Mountain.

On voulait voir ce que Justin Trudeau pouvait faire en 2015. Même moi, j'ai voté libéral! On était derrière lui. J'ai été très déçu , affirme-t-il.

Et le gagnant est…

Avant d'annoncer le gagnant, l’organisateur du parti pour le Québec, Robin Marty, n’hésite pas à qualifier le moment d’historique. Il estime que cette première course illustre un nouvel engouement pour la formation politique.

Au cours des deux à trois dernières années, notre base de membres a augmenté de plus de 30 %. Le nombre de demandes de bénévoles a actuellement triplé. On a beaucoup plus de support qu’avant.

Robin Marty, organisateur du Parti vert du Canada au Québec

Chez les militants présents, certains s’emballent et n’hésitent pas à évoquer une future « vague verte », semblable à la vague orange menée par l’ancien chef néo-démocrate Jack Layton, qui avait déferlé sur la province en 2011.

Robin Marty s’avance au micro : Le vainqueur de la course à l’investiture est... Greg De Luca!

Le conseiller pédagogique au collège Champlain remercie les militants et, surtout, il les convie à une course à pied amicale dans un parc de Brossard. Un événement où il n’entend absolument pas passer inaperçu.

L'homme vert

Deux semaines plus tard, sous un soleil radieux, le voilà au pas de course avec quelques amis et membres de sa famille.

À sa vue, les passants se retournent. C’est que Greg De Luca est vêtu de vert de la tête au pied : léotard, bandeau et chaussettes. Sur ses épaules flotte une cape au logo du parti.

Je me transforme en superhéros pour démontrer aux gens qu'on peut faire une transformation du pays , lance le candidat.

Greg De Luca en costume de superhéros.Greg De Luca dit s'habiller en superhéros pour convaincre les Canadiens que son parti peut changer le pays. Photo : Radio-Canada / Benoît Roussel

Il cherche avant tout à attirer l’attention. Si je cours en short régulier, les gens vont penser que je suis [juste] un coureur. Si j'ai ma cape, avec le logo, il y a une visibilité qui se fait pour le Parti vert.

Il promet de répéter l’expérience une dizaine de fois avant le scrutin général, mais il envisage également de courtiser l’électorat de façon plus traditionnelle, avec du porte-à-porte, par exemple.

Un long chemin sinueux

Les ambitions des verts au Québec sont grandes, mais les moyens demeurent pour l’instant très modestes.

Le chef adjoint Daniel Green compte sur une équipe de trois personnes, lui y compris, pour le recrutement, la planification et la coordination au Québec. Mais il ne se laisse pas décourager par le peu de ressources dont il dispose.

C'est comme David et Goliath.

Daniel Green, chef adjoint du Parti vert du Canada

Vu que le vote fédéral est très volatil au Québec, on ne sait pas ce qui va arriver. On sait que le quotient écologique des Québécois est très élevé , relève-t-il.

Pour les élections, il se fixe un objectif particulièrement audacieux : 15 % du vote populaire au Québec et entre 5 et 8 députés. Ce serait une révolution , ajoute-t-il.

Un scénario que l’analyste de sondages Éric Grenier trouve toutefois peu probable. Pour les verts, la meilleure chance de gagner un siège, ce serait avec une course à quatre ou à cinq, où le gagnant pourrait avoir seulement 25 % des voix , calcule-t-il.

Selon lui, le Parti vert pourrait remporter cinq ou six circonscriptions à travers le Canada… mais un gain au Québec serait surprenant. Elizabeth May parle français, mais ce n'est pas sa langue maternelle. Il va avoir beaucoup d'autres options environnementalistes au Québec. Il va y avoir les néo-démocrates, le Parti libéral, le Bloc québécois. Ce n'est pas le cas ailleurs au pays.

Greg De Luca, lui, souhaite inspirer les citoyens et créer un mouvement : J'espère que les gens à travers le Canada vont aller chercher une cape verte pour faire de la visibilité pour le parti.

Il aura fallu des années aux verts pour qu’une première assemblée d’investiture soit nécessaire au Québec, mais ils se préparent déjà pour la deuxième. Elle devrait avoir lieu dans les prochaines semaines dans Lac-Saint-Louis, sur l'île de Montréal.

Politique fédérale

Environnement