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Pékin a ignoré un appel téléphonique de Justin Trudeau

Le premier ministre chinois Li Keqiang s'entretient avec Justin Trudeau le 4 décembre 2017 à Pékin.

Le premier ministre chinois Li Keqiang s'entretient avec Justin Trudeau le 4 décembre 2017 à Pékin.

Photo : Reuters / POOL New

Radio-Canada

Le gouvernement chinois a opposé une fin de non-recevoir à une tentative personnelle du premier ministre Justin Trudeau, plus tôt cette année, d'organiser un entretien téléphonique avec le premier ministre chinois pour intervenir dans le dossier des Canadiens détenus en Chine, a appris CBC News.

Un texte de Philip Ling et Katie Simpson de CBC News

« Vous tendez la main au premier ministre Li Keqiang. » C’est ainsi que commence une note d'information du 11 janvier préparée pour M. Trudeau et rédigée en prévision de cet appel.

Li est le chef du gouvernement chinois et son administrateur en chef, supervisant les opérations quotidiennes de la nation. Il est aussi appelé premier ministre.

Une source gouvernementale confirme que le premier ministre a demandé la conversation, mais que la Chine a ignoré sa demande et l'a finalement rejetée.

Un porte-parole du cabinet du premier ministre a déclaré que M. Trudeau avait demandé à être appelé avant l'audience de détermination de la peine de Robert Schellenberg, un Canadien accusé de trafic de drogue en Chine.

« Avant l'audience de détermination de la peine du 14 janvier pour Robert Schellenberg, le premier ministre a demandé un appel téléphonique au premier ministre Li Keqiang afin qu'il puisse plaider personnellement la clémence dans cette affaire et réitérer notre appel à la libération immédiate de Michael Kovrig et Michael Spavor », a déclaré la porte-parole Chantal Gagnon.

L'homme d'affaires Michael Spavor et l'ancien diplomate Michael Kovrig ont été détenus séparément en décembre dernier, peu après que le Canada eut arrêté, à Vancouver, Meng Wanzhou, directrice financière du groupe chinois Huawei, en vertu d'un mandat d'extradition américain.

Trudeau a condamné la détention des Canadiens, la qualifiant d’« arbitraire ».

Le Canadien Robert Lloyd Schellenberg est assis dans le box des accusés flanqué de deux policiers chinois.

Le Canadien Robert Lloyd Schellenberg dans le box des accusés devant la cour chinoise

Photo : Weibo / Gouvernement chinois

Après le rejet apparent de l'appel téléphonique de M. Trudeau à m. Li, un tribunal chinois a condamné à mort M. Schellenberg dans un nouveau procès, exacerbant ainsi une situation déjà tendue.

La note d'information de 10 pages, intitulée « Sensibilisation du premier ministre chinois Li Keqiang », a été fortement expurgée et préparée avant l'appel. Elle donne un premier aperçu des efforts déployés en coulisses par Justin Trudeau pour s’adresser directement au gouvernement chinois. La démarche a mobilisé la plus haute fonction publique et a été menée par Greta Bossenmaier, la conseillère du premier ministre en matière de sécurité nationale et de renseignement.

La note, portant la mention « secret », a été obtenue par CBC News en vertu de la Loi sur l'accès à l'information fédérale.

Elle décrit les préparatifs qui ont eu lieu au fur et à mesure que le fossé diplomatique se creusait entre les deux pays.

MM. Trudeau et Li s'étaient rencontrés pour la dernière fois trois mois plus tôt lors d'un sommet à Singapour, ce que le conseiller du premier ministre estimait être une ouverture à la discussion.

« Ce fut un plaisir de vous voir à Singapour en novembre. C'était une bonne occasion de passer en revue les nombreux domaines de coopération mutuellement bénéfiques », peut-on lire dans les éléments d’introduction de la note d'information.

L'ambassade de Chine à Ottawa et le ministère chinois des Affaires étrangères n'ont pas répondu immédiatement à la demande d’entrevue de CBC News concernant cette demande d’entretien téléphonique.

Michael Kovrig (à gauche) et Michael Spavor (à droite) ont été arrêtés par les autorités chinoises.

Michael Kovrig (à gauche) et Michael Spavor (à droite) ont été arrêtés par les autorités chinoises.

Photo : La Presse canadienne/Twitter

Situation difficile

Pour Roland Paris, ancien conseiller en politique étrangère du premier ministre, les documents suggèrent que ce rejet fait partie de la stratégie de la Chine.

Selon lui, le refus de Pékin d’organiser cet entretien téléphonique laisse croire que « la Chine a gelé les communications entre les deux pays, y compris à des niveaux très élevés ».

« Le Canada est pris dans une situation extrêmement difficile avec très peu d'influence, et nos relations avec la Chine resteront probablement gelées, du moins jusqu'à ce que l'audience d'extradition de Mme Meng soit réglée », a expliqué M. Paris, qui est maintenant professeur agrégé d'affaires publiques et internationales à l'Université d'Ottawa.

Dans les semaines qui ont suivi l'appel rejeté, Justin Trudeau et la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, ont tenu des douzaines de discussions de haut niveau avec des chefs de gouvernement, des ministres et des diplomates étrangers dans le but de parvenir à une coalition internationale de soutien aux Canadiens détenus.

Trudeau « n'est pas pris au sérieux »

Au Canada, Trudeau subit des pressions de plus en plus fortes, particulièrement de la part des conservateurs, pour tendre la main aux dirigeants chinois.

« En fait, je pense qu'en décrochant le téléphone et en ayant ce genre de conversation, nous pourrons peut-être désamorcer la crise », a déclaré le chef conservateur Andrew Scheer.

Aujourd'hui, la chef adjointe conservatrice Lisa Raitt a déclaré que le snobisme de Pékin prouve seulement que Trudeau n'est pas « pris au sérieux sur la scène mondiale ».

« S'il n'arrive pas à avoir un coup de fil avec le premier ministre chinois, ça leur montrera à quel point il est inefficace », a-t-elle dit.

C'est assez grave quand votre premier ministre n'arrive pas à obtenir un appel téléphonique avec un autre dirigeant mondial.

La chef adjointe conservatrice Lisa Raitt

La semaine dernière, le premier ministre a fait savoir qu’il envisageait de demander un tête-à-tête avec le président chinois Xi Jinping, lors du Sommet du G20 qui se tiendra au Japon à la fin du mois, et ce, au moment où les relations entre les deux pays demeurent tendues.

« J'ai hâte d'être au G20 dans quelques semaines, car c'est l'occasion de discuter avec un certain nombre de dirigeants mondiaux avec qui nous avons de bonnes relations de travail ou des défis à relever », a déclaré M. Trudeau le 6 juin.

Pour sa part, Mme Freeland a déclaré qu'elle avait essayé à plusieurs reprises de rencontrer son homologue, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, mais qu'elle n'avait pas réussi à le faire.

« Il est très clair qu'il s'agit d'un moment très difficile dans les relations entre le Canada et la Chine », a-t-elle déclaré à CBC Radio le mois dernier.

J'ai cherché à plusieurs reprises à rencontrer Wang Yi, le ministre [chinois] des Affaires étrangères, mon homologue. Jusqu'à présent, cette rencontre n'a pas eu lieu. Mais si les responsables chinois nous écoutent aujourd'hui, permettez-moi de répéter que je serais très, très désireuse de rencontrer le ministre Wang Yi ou de lui parler au téléphone, dès que possible.

Chrystia Freeland sur les ondes de CBC RADIO

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