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Malgré des divergences, le ton s'adoucit entre Legault et Kenney

Jason Kenney et François Legault, tous les deux souriant, se serrant la main.

Le premier ministre François Legault et son homologue albertain, Jason Kenney, étaient tout sourire avant leur rencontre.

Photo : Ivanoh Demers

Radio-Canada

En visite au Québec, le premier ministre albertain, Jason Kenney, a fait la promotion du pétrole venant de l'Alberta auprès de son homologue, François Legault, qui avait déjà critiqué cette « énergie sale ».

Avant leur entretien, qui s'est amorcé en fin d'après-midi, les deux premiers ministres, arborant un sourire devant les caméras, avaient déjà tenté d'aplanir les divergences des derniers mois et mis de l'avant les points communs, notamment leur objectif de création de prospérité.

L'heure était toujours à la conciliation quand ils sont sortis − séparément − de la rencontre d'une heure, au cours de laquelle il a notamment été question de pipelines, mais aussi d'autonomie des provinces.

Il s'agissait de la première rencontre entre M. Legault et le nouveau premier ministre de l'Alberta, élu il y a six semaines.

Le premier ministre Legault a parlé d'une « très bonne rencontre », une affirmation partagée par la suite par son homologue albertain.

M. Legault s'est montré ouvert au projet de gazoduc et de terminal de liquéfaction de gaz naturel GNL à Saguenay, censé pouvoir acheminer par bateau du gaz naturel liquéfié provenant de l'Alberta vers l'Europe et l'Asie.

Entrevue avec Karine Péloffy et Benoît Pelletier à l'émission 24/60

Kenney persuadé de convaincre Legault sur la question des pipelines

Des divergences subsistent malgré tout. « Je suis resté sur mes lignes. [...] On n’est pas ouvert sur un oléoduc de pétrole », a averti l'hôte de la rencontre.

En décembre 2018, M. Legault avait qualifié le pétrole des sables bitumineux albertains d'« énergie sale », ce qui lui avait valu une rebuffade des politiciens de l'Alberta, notamment de M. Kenney, alors chef de l'opposition.

M. Kenney a salué l'intérêt de M. Legault pour le projet GNL et a dit conserver un espoir de le convaincre de changer d'idée sur les pipelines.

« C’est un bon début pour une relation importante entre les leaders de deux provinces qui sont historiquement des alliées contre l’ingérence du fédéral, a-t-il commenté. Nous sommes d’accord sur les questions de croissance économique, des emplois. »

C’est un homme avec un esprit ouvert et on va continuer les discussions.

Jason Kenney, premier ministre de l'Alberta

M. Kenney veut des débouchés pour les hydrocarbures de sa province, mais pour ce faire, il lui faut notamment un oléoduc vers l'est, ce qu'a déjà refusé M. Legault, invoquant l'absence d'« acceptabilité sociale ».

Le premier ministre albertain a indiqué avoir invoqué l'argument de la péréquation – fréquemment mis de l'avant par l'Alberta – et des 20 milliards versés par sa province. « Le Québec reçoit 13 milliards de ces fonds. J’ai dit que les Albertains ont des difficultés à comprendre pourquoi on doit payer les frais dans la fédération. »

C'est aussi le message qu'il avait adressé un peu plus tôt devant le Forum économique international des Amériques, à Montréal.

Ce que je veux dire en demandant [aux Québécois] d’être des partenaires de prospérité, c’est de nous aider à obtenir un prix raisonnable pour l’énergie que nous produisons, qui aide à payer les services publics [offerts] par le gouvernement du Québec.

Jason Kenney, devant le Forum économique international des Amériques

« Dans le monde actuel où nous vivons, les Québécois consomment 60 000 barils de pétrole par jour. Je crois que c'est préférable que ce pétrole vienne du Canada et non pas de l'étranger », a expliqué Jason Kenney dans son allocution.

Les deux dirigeants devaient souper à l’appartement de fonction de M. Legault, situé dans le Vieux-Québec.

Opération séduction

M. Kenney est au Québec dans le cadre d’une tournée qu’il veut consacrer à l’établissement d’une alliance entre les deux provinces pour contrer « l'ingérence » d'Ottawa dans les champs de compétence de celles-ci.

Il veut que cette alliance soit le prolongement de celle, « historique », entre le Québec et l'Alberta, alors incarnée par René Lévesque et l'ancien premier ministre de l'Alberta Peter Lougheed.

Jason Kenney veut notamment faire front commun avec François Legault dans son bras de fer avec le gouvernement, notamment autour du projet de loi C-69, qui resserre les évaluations environnementales des grands projets d'exploitation de ressources énergétiques et qu'il juge « inconstitutionnel ».

François Legault s'y oppose lui aussi, mais pour des raisons administratives, puisque Québec procède déjà à une évaluation environnementale des projets.

« Nous, ce qu’on voudrait, c'est qu’il n’y ait qu’une évaluation environnementale, qu'elle soit bien faite et qu’elle soit faite par le gouvernement du Québec », a rappelé M. Legault après la rencontre, fermant toutefois la porte à une collaboration formelle avec l'Alberta, prête à contester le texte législatif devant les tribunaux.

« On n'a pas les mêmes objectifs, c’est difficile de le faire ensemble », a-t-il déclaré.

Il a par ailleurs indiqué que l’immigration avait fait partie des discussions. « On a hâte en juillet d’ensemble demander d’avoir plus de pouvoir pour les provinces en matière d’immigration, incluant le choix des immigrants, le pourcentage d’immigrants économiques », a-t-il soutenu.

L’opposition met en garde Legault

Avant même le début de la rencontre entre MM. Kenney et Legault, l’opposition à Québec a mis en garde le premier ministre Legault, lui demandant de ne pas plier devant son homologue albertain.

La co-porte-parole de Québec solidaire (QS) Manon Massé a même soupçonné le gouvernement caquiste d'être sous l'influence du lobby du pétrole. Selon elle, les versements de péréquation au Québec ne doivent pas non plus servir à acheter son consentement.

Lors de la période de questions à l’Assemblée nationale, elle a demandé à M. Legault de se tenir debout et de refuser « l'énergie sale » de l'Alberta.

La fierté, ce n'est pas de courber l'échine quand Jason Kenney tente de nous faire sentir coupables. Le Québec ne devrait pas avoir honte de vouloir autre chose que leur énergie sale. Est-ce que le premier ministre va se tenir debout ou est-ce qu'il va plier devant le chantage paternaliste de M. Kenney?

Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire

Le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, a insisté pour sa part sur le libre choix du Québec quant à un éventuel projet de pipeline sur son territoire, même si Ottawa est responsable du dossier du transport interprovincial d'hydrocarbures.

« Le Québec est libre de ses choix, et si les Québécois décident qu'il n'y aura pas de pipeline qui passera sur leur territoire, ce ne sera certainement pas l'Alberta [qui va les en empêcher] », a dit M. Bérubé en mêlée de presse.

Avec les informations d'Audrey Neveu et de La Presse canadienne

Alberta

Politique provinciale