•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

De Place Royale à ExpoCité : l'histoire mouvementée des marchés de Québec

Quels ont été les emplacements de marchés publics de Québec à travers le temps?

Photo : Radio-Canada

Catherine Lachaussée

À Québec, plusieurs places publiques d’aujourd’hui sont en fait d’anciens marchés publics. C’est le cas de la place D'Youville, de la place de l’Hôtel-de-Ville ou de la place de Paris. Alors que le Grand Marché de Québec voit le jour, trois historiens posent un regard sur le circuit de ces marchés, d'hier à aujourd'hui.

Le premier marché de l’histoire de Québec - et de toute la province - naît à Place Royale. Il est le premier à être réglementé par la Ville en 1673, mais il existait sans doute déjà avant 1650. À l’époque, c'est notamment sa proximité avec le fleuve Saint-Laurent qui en fait un emplacement idéal pour les marchands.

Le lien entre l'eau et les marchés publics est longtemps resté naturel. Les cultivateurs de Portneuf, de Saint-Nicolas et de l’île d'Orléans préféraient faire le chemin en bateau. C’était plus simple, rappelle l’historien Jean-Marie Lebel.

Une image d'antan d'un marché avec des chariots et des chevaux.

Le marché Montcalm a marqué son époque de 1878 à 1929. Ses halles auront aussi une vocation sociale : on tenait des rencontres communautaires à l’étage. Le Palais Montcalm sera construit sur l’emplacement qu’elles occupaient.

Photo : Archives de la Ville de Québec

C’est au bord du fleuve, dans le secteur de la gare du traversier, qu’ont été installées les plus grandes halles de Québec, celles du marché Champlain. Ce dernier reste en activité un bon demi-siècle à partir de 1858. Il fermera pour de drôle de raisons, selon Jean-Marie Lebel. En 1908, la ville a vendu le site à bas prix à la Commission du Chemin de fer national transcontinental pour y construire une gare centrale, précise l’historien. On pensait que c’était une bonne idée de la construire près du fleuve. Mais il aurait fallu démolir beaucoup de maisons, dans le secteur de la place Royale. Il y a eu un tel tollé qu’on a jugé plus simple de choisir l’emplacement de la gare du Palais.

En  1910, la Ville ordonnera la fermeture du marché et la démolition des halles.

Des marchés pour les faubourgs

Les marchés suivent la progression de la population dans la ville. Tout le monde veut son marché. Les gens des faubourgs Saint-Jean-Baptiste et Saint-Louis auront le marché Berthelot, dont la rue du Marché-Berthelot rappelle l’emplacement. Le quartier Saint-Sauveur aura le marché Saint-Pierre, sur le site du Centre Durocher.

une photo d'archives en noir et blanc d'un marché à Québec

Créé en 1910, le marché Saint-Roch n’aura jamais de halle permanente comme d’autres marchés du passé. La création du Syndicat des horticulteurs en 1938 va marquer son histoire. Il déménagera plusieurs fois avant de devenir le marché du Vieux-Port en 1987.

Photo : BAnQ

Au coeur de Saint-Roch, le marché Jacques-Cartier est créé en 1857. Ce sont les premières halles à vocation socioculturelles. Au deuxième étage, il était possible d'assister à des pièces de théâtre, des débats publics ou des rencontres communautaires. Le lieu a en partie conservé sa vocation en accueillant plus tard la bibliothèque Gabrielle-Roy.

Les épiciers marquent des points

Contrairement à Montréal où la tradition est toujours restée vivante, Québec a connu un long déclin de ses marchés publics à partir de 1910. Selon l’historien Jean-Marie Lebel, ils ont commencé à disparaître quand la ville a autorisé la vente de la viande dans les épiceries. Avec l’arrivée de l’électricité, les épiciers ont pu s’équiper de chambres froides et conserver la viande de façon sécuritaire. À partir du moment où les gens pouvaient se procurer leur viande en épicerie, ils y achetaient aussi leurs fruits et légumes.

L’historien Luc Nicole-Labrie rappelle qu’un autre règlement de la ville a pu accélérer le déclin des marchés à Québec. À partir de 1955, on a interdit l’accès des marchés publics aux grossistes. Seuls les producteurs pouvaient y écouler leur marchandise, souligne-t-il. Ça devenait à peu près impossible de maintenir l’offre sur quatre saisons et de faire concurrence aux épiciers.

Ce contexte aurait aussi contribué au fait que Limoilou n’a jamais eu son marché public. Ça s’explique parce que le secteur s’est développé après 1910, au moment où les épiciers prenaient toute la place. Et Dieu sait qu’il y en a eu, des épiceries, dans Limoilou, de s'exclamer Jean-Marie Lebel.

De l'accès au fleuve jusqu'à l'accès au... stationnement

Et le Grand Marché, dernier-né d’une longue tradition de marchés municipaux, comment s’insère-t-il dans la trame historique de Québec? Ça pourrait être comme une renaissance après une absence de presque un siècle, pense Jean-Marie Lebel. Les gens aiment aller au marché et nous n’avons pas vraiment eu de grand marché depuis 1910.

Et que dire du fait qu’il soit situé au-delà du périmètre habituel des marchés de Québec? L'historien y voit une suite logique, dans la mesure où l’on continue de suivre la progression de la population et des voies d’accès dans une ville qui a pris de l’ampleur. C’est l’automobile qui guide l’installation du Grand Marché. Le site [d'ExpoCité], c’est un carrefour d’autoroutes, dit-il. Ce sera facile d’y stationner, et les gens n’iront probablement pas à pied, comme c’était le cas dans les marchés du passé.

Une image d'archives d'une marché à Québec

Le marché Champlain s’élevait dans le secteur de la gare du traversier. Les halles étaient destinées aux bouchers et à certaines activités publiques, alors que les autres marchands vendaient leur marchandise en plein air.

Photo : Archives de la Ville de Québec

Pour l’historien Réjean Lemoine, la Ville prend un risque calculé avec ce nouveau site. La tradition des marchés publics, en Europe comme en Amérique du Nord, est plutôt de s’établir dans les centres-villes, dans des lieux faciles d’accès et déjà très fréquentés, comme à Toronto ou à Boston. Certains n’ont même pas de stationnement à proprement parler, rappelle-t-il. Si la grogne envers la fermeture de certains marchés au profit de nouveaux n’est pas nouvelle - celle du marché Champlain en 1910 n’était pas passée comme une lettre à la poste - l’avenir dira si le déplacement du marché du Vieux-Port vers ExpoCité portera ses fruits.


*Pour visualiser la carte interactive dans un navigateur, cliquez ici (Nouvelle fenêtre). Source de la carte : fournie par Jean-François Caron

Québec

Histoire