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  • Envoyée spéciale
  • Le mouvement de contestation à Hong Kong en six questions

    Une foule de manifestants baignés de fumée est vue entre les têtes de policiers en tenue anti-émeute.

    Les forces de l'ordre ont notamment fait usage de gaz lacrymogènes lors d'affrontements avec les manifestants.

    Photo : Getty Images / AFP / Anthony Wallace

    Radio-Canada

    Une véritable partie de bras de fer s'est installée dans les rues de Hong Kong entre les forces de sécurité et des centaines de milliers de manifestants qui tentent d'empêcher le gouvernement pro-Pékin d'adopter un projet de loi qui permettrait au gouvernement d'extrader ses citoyens en Chine continentale pour y être jugés. Les explications de notre correspondante en Asie, Anyck Béraud.

    - Comment en est-on arrivé à un mouvement de contestation d'une telle ampleur à Hong Kong?

    Ça couvait depuis un certain temps. Déjà, au printemps, une manifestation d'environ 150 000 personnes avait été tenue pour dénoncer le projet de loi. Jeudi dernier, j’ai aussi couvert une manifestation d’avocats, ce qui est assez rare ici. Les avocats craignent pour l’État de droit, pour l’indépendance judiciaire, sans compter ce qui peut arriver aux gens qui seront envoyés en Chine continentale pour y être jugés.

    Le cas qui a été cité par le gouvernement pour justifier la nécessité d’avoir un traité d’extradition avec plusieurs pays, dont la Chine continentale, est celui d’un Hongkongais qui aurait tué sa petite amie à Taïwan.

    Il n’y a pas de traité d’extradition entre Hong Kong et Taïwan, donc le gouvernement local a entrepris de signer des traités avec d’autres pays, dont Taïwan, mais aussi avec la Chine continentale. Alors les gens se sont demandé : mais pourquoi la Chine continentale?

    Ça, c’était le point de départ, mais déjà, lorsqu’on en avait discuté au conseil législatif du pays, on en était venu aux mains entre les législateurs. [L’histoire du meurtre à Taïwan] c’est vu un peu comme un prétexte utilisé par le gouvernement local pro-Pékin pour permettre l’extradition des gens vers la Chine continentale.

    Un policier en armure tire une grenade lacrymogène.

    Des policiers tirent des gaz lacrymogènes sur la foule dans les rues de Hong Kong où des milliers de manifestants assiègent le Conseil législatif pour empêcher l'adoption d'un projet de loi sur l'extradition des suspects hongkongais vers la Chine continentale.

    Photo : Reuters / Athit Perawongmetha

    - Qui est à l’origine de cette mobilisation populaire ?

    C’est venu de la part de députés opposés au projet de loi, de militants prodémocratie, d’opposants politiques bien sûr, il y a beaucoup de jeunes, mais aussi des gens issus de tous les horizons.

    Ce qui est particulier dans ce mouvement, c’est que ça vient chercher des gens qui n’ont pas l’habitude de manifester. Je parlais des avocats un peu plus tôt… J’ai aussi rencontré plein de gens dans la rue qui m’ont dit : « Nous on n’était pas descendus dans la rue en 2014, mais là c’est trop. »

    Depuis 2014, il y a eu plusieurs autres incidents, dont la disparition de libraires dont les livres qui sont critiques du pouvoir déplaisent à Pékin, et bien sûr le mouvement prodémocratie qui n’a pas donné l’effet escompté. C’est-à-dire qu’on réclamait une vraie réforme politique avec un suffrage universel véritable pour nommer le chef de l’exécutif qui est nommé actuellement par un comité pro-Pékin.

    Je parlais à des collègues hongkongais qui étaient là en 2014, et ce qu’ils me disent c’est que la foule est plus inquiète et les manifestants sont plus en colère [qu’à l’époque] en raison de l’ingérence de Pékin et de ce qu’ils perçoivent comme une érosion des droits et libertés. C’est comme si c’était la goutte qui fait déborder le vase.

    Pour preuve, beaucoup de manifestants tiennent à être masqués pour se protéger des gaz lacrymogènes, mais surtout pour ne pas être retracés par la police. Ils n’ont maintenant aucune confiance dans la police hongkongaise.

    - Les manifestants semblent être disciplinés et très bien organisés pour un mouvement spontané.

    Oui en effet. Je crois que ça vient de l’expérience du Mouvement des parapluies en 2014. C’est assez prenant. Les manifestants ont une série de signes pour dire : « Il faut avancer... maintenant il faut reculer, maintenant envoyez-nous des casques, envoyez-nous de l’eau, envoyez-nous des parapluies ou des cisailles pour couper les liens qui retiennent les barricades policières ».

    En plus de cette série de signes, il y a des chaînes humaines pour transporter rapidement le matériel. Je n’ai pas vu la source, mais parfois on voit des parapluies achetés en vrac, parfois ce sont des parapluies qui sont lancés des passerelles, car à Hong Kong il y a beaucoup de passerelles entre les immeubles. J’ai vu des parapluies ouverts, pour amortir le choc, tomber du ciel comme des gouttes de pluie.

    On observe aussi un grand respect des manifestants pour les services publics. À un moment il y avait les pompiers qui devaient passer et tout de suite les manifestants ont ouvert leurs barricades improvisées pour laisser passer les pompiers qui ont été applaudis par la foule.

    Donc ce n’est pas contre le pouvoir en général, c’est contre la police et contre le gouvernement, qui est vu comme étant à la botte de Pékin.

    Des policiers frappent un mur de parapluies avec des matraques.

    Des policiers hongkongais tentent d'enfoncer une ligne de manifestants qui se protègent à l'aide de parapluies.

    Photo : AFP/Getty Images / DALE DE LA REY

    - Comment réagit le gouvernement chinois devant cette vague de contestation?

    Pour Pékin, ce mouvement est encouragé par des éléments externes. Pékin minimise beaucoup cette mobilisation contre le projet de loi en disant que ce sont des gens manipulés par l’étranger.

    Le gouvernement chinois n’aime pas non plus les remontrances ou les inquiétudes exprimées par des pays comme les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, qui font selon lui de l’ingérence dans les affaires hongkongaises.

    Pékin rappelle aussi que des centaines de milliers de Hongkongais ont signé une pétition en ligne en faveur du projet de loi.

    Pékin essaie de faire comme si de rien n’était, mais en même temps répond aux critiques un peu comme il l’avait fait pendant le 30e anniversaire des événements de la place Tiananmen.

    C’est-à-dire que Pékin essaie de remettre à leur place ceux qui critiquent la démarche tout en minimisant l’ampleur de la mobilisation.

    - Avez-vous pu observer justement la présence d’éléments étrangers parmi les manifestants?

    Non, mais ça ne veut rien dire, car même moi à un moment je me promenais sans mon micro, je ne faisais que prendre des photos, et des manifestants m’ont demandé de m’identifier au cas où je serais quelqu’un de payé par le gouvernement pour servir de casseur. Il y a une grande méfiance dans la foule.

    On m’a demandé de montrer ma carte de presse et on m’a conseillé de la porter autour du cou pour ne pas être prise à partie par d’autres manifestants, car il y a une très grande méfiance envers la présence dans la foule d’infiltrateurs et d’agitateurs du gouvernement pour discréditer le mouvement.

    Des adolescents masqués tiennent des affiches.

    De jeunes manifestants hongkongais sont descendus dans les rues pour protester contre le projet de loi du gouvernement pro-Pékin sur l'extradition de suspects en Chine.

    Photo : Getty Images / Keith Tsuji

    - Y a-t-il des signes annonciateurs d’un éventuel recul du gouvernement sur l’adoption de ce projet de loi controversé?

    Pour l’instant il n’y a aucune indication que Carrie Lam [la chef du gouvernement local ] va reculer. Des rumeurs circulent indiquant qu’on essaierait de faire venir [au Conseil législatif assiégé par les manifestants] sous une forte escorte policière les députés pro-Pékin qui n’ont pas pu participer au vote au cours de la journée pour qu’on puisse passer à l’examen du projet de loi en deuxième et troisième lecture.

    Ce ne sont que des rumeurs, mais si cela se confirme, ce sera une indication de plus qu’elle n’a pas l’intention de reculer. Des observateurs m’ont dit qu’il serait de toute façon difficile pour Carrie Lam de reculer, même si elle le voulait, car elle est vraiment la femme de Pékin. Elle pourrait jouer son poste.

    Politique internationale

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