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La peur de l'extradition vers la Chine plonge Hong Kong dans les violences politiques

La police a fait usage de gaz lacrymogène, de gaz au poivre et de matraques pour repousser la foule des manifestants.

Photo : Associated Press / Vincent Yu

Agence France-Presse
Mis à jour le 

Hong Kong a été ébranlé mercredi par les pires violences politiques depuis sa rétrocession à la Chine, la police tirant des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes sur des manifestants qui bloquaient les grandes artères et tentaient de faire irruption dans le Parlement.

Plus de 70 personnes ont au total été blessées, d'après les services de santé cités par le média local RTHK.

Des dizaines de milliers de manifestants vêtus de noir, pour la plupart des jeunes gens, étaient à nouveau descendus dans la rue pour dénoncer un projet de loi gouvernemental visant à autoriser les extraditions vers la Chine continentale.

Les affrontements ont éclaté près du Conseil législatif (LegCo, Parlement) où le texte aurait dû être débattu en seconde lecture. Alors que la foule enflait, l'assemblée dominée par les députés pro-Pékin a annoncé le report des débats à une date ultérieure .

La cheffe de l'exécutif local, Carrie Lam, qui exclut de retirer le texte, a dénoncé des émeutes organisées .

Les émeutes qui touchent une société pacifique en ignorant la loi et la discipline sont inacceptables pour toute société civilisée , a-t-elle réagi dans une vidéo.

De son côté, le président américain Donald Trump a dit mercredi espérer que les manifestants soient capables de trouver une solution avec la Chine , sans se prononcer sur le bien-fondé de leurs revendications.

L'Union européenne a quant à elle appelé au respect des droits des protestataires, tout en soulignant partager plusieurs de leurs inquiétudes.

Les affrontements faisaient écho à l'immense Mouvement des parapluies , mouvement prodémocratie de l'automne 2014, quand les manifestants avaient paralysé pendant deux mois des quartiers entiers de la mégapole et combattu les policiers. Mais sans arracher de concessions à Pékin.

Violents affrontements

Mais cette fois, la police semblait déterminée à ne pas les laisser occuper le terrain.

Les forces de l'ordre ont repoussé les manifestants qui tentaient de rentrer dans le LegCo à coups de matraques et de gaz poivre, pour finir par tirer des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes. Elles ont également tiré des projectiles en sachet , soit des sacs remplis de billes en plomb.

Les manifestants n'étaient pas en reste, lançant barres de métal, bouteilles ou encore pavés.

Je vais continuer de me battre , a déclaré mercredi soir Kevin Leung, un manifestant de 20 ans.

On va continuer jusqu'à ce que notre objectif soit atteint.

Kevin Leung, 20 ans
Des policiers frappent un mur de parapluies avec des matraques.

Des policiers honkongais tentent d'enfoncer une lignes de manifestants qui se protègent à l'aide de parapluies.

Photo : AFP/Getty Images / DALE DE LA REY

Le chef de la police Stephen Lo a défendu ses troupes, déclarant qu'elles avaient fait preuve de retenue jusqu'à ce que des gangsters tentent de prendre le LegCo.

Mais, pour Amnistie internationale, la police a profité des actes violents d'une petite minorité pour en tirer prétexte et recourir à un usage excessif de la force contre la vaste majorité des manifestants pacifiques .

En termes de violences politiques, c'est la journée la plus grave depuis la rétrocession du territoire à Pékin en 1997, a commenté l'analyste politique Dixon Sing.

Le peuple de Hong Kong croit de plus en plus que le gouvernement est constitué de marionnettes servant les intérêts de Pékin. Ils voient ça comme leur dernière bataille.

Dixon Sing, analyste politique

Une centaine d'entreprises et de commerces avaient annoncé leur fermeture en signe de solidarité avec les opposants au texte. Les principaux syndicats étudiants avaient appelé au boycottage des cours.

L'ex-colonie britannique aux sept millions d'habitants avait déjà été le théâtre dimanche de la plus importante manifestation jamais organisée depuis 1997, réunissant selon les organisateurs un million de personnes.

Inquiétudes en Occident

Foule de manifestants brandissant de petites pancartes.

Manifestation à Hong Kong contre un projet de loi facilitant les extraditions vers la Chine.

Photo : Reuters / Tyrone Siu

Le projet de loi a suscité les critiques de pays occidentaux.

Mercredi, le ministre britannique des Affaires étrangères Jeremy Hunt a appelé Hong Kong à écouter les inquiétudes de ses citoyens.

Nombre de Hongkongais redoutent une justice chinoise opaque et politisée, et pensent que cette réforme nuira à l'image internationale et à l'attractivité du territoire.

Au terme de l'accord de rétrocession, Hong Kong jouit d'une semi-autonomie et de libertés n'existant pas en Chine continentale, et ce, en théorie, jusqu'en 2047.

La ville est cependant depuis une dizaine d'années le théâtre de soubresauts en raison de l'inquiétude générée par l'ingérence grandissante de Pékin.

Le projet doit permettre les extraditions vers toutes les juridictions avec lesquelles aucun accord bilatéral n'existe, y compris la Chine continentale.

Un vote final sur le texte était attendu le 20 juin, mais les autorités n'ont pas annoncé de date pour la reprise des débats. La Bourse de Hong Kong a reculé mercredi de près de 1,8 %.

Le projet, selon les autorités, doit combler un vide juridique et faire que la ville ne soit plus un asile pour certains criminels.

Elles assurent que des garde-fous existent en matière de droits humains et qu'il ne visera pas les opposants politiques.

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