•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Finies les caricatures au New York Times : rectitude ou preuve de sensibilité?

Le président Trump et le premier ministre Nétanyahou entretiennent une relation cordiale. Photo: Getty Images / Drew Angerer
Radio-Canada

La décision du New York Times, lundi, de cesser la publication de caricatures dans son édition internationale fait réagir et remet une fois de plus toute la notion de censure à l'avant-scène. Pour plusieurs observateurs, tout est une question de climat social.

Le dessin avait fait sensation : on y voit le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, représenté sous la forme d'un chien, étoile de David au cou. Derrière lui, un Donald Trump aveugle tient le « chien » en laisse, une kippa vissée sur la tête.

Devant le tollé provoqué par cette caricature, le NYT a annoncé que c'était la fin des caricatures dans son édition internationale, en plus de mettre fin à ses relations d'affaires avec deux caricaturistes.

Cette décision survient après celle, prise deux mois plus tôt, de ne plus se tourner vers des services de publication de ces dessins humoristiques, justement après la publication de la caricature de MM. Nétanyahou et Trump.

« Nous sommes reconnaissants et fiers » du travail accompli par les deux dessinateurs, Patrick Chappatte et Heng Kim-song, au fil des ans, a dit James Bennet, responsable de la page éditoriale du journal.

« Cependant, voilà plus d'un an que nous envisagions de calquer davantage cette édition sur celle publiée aux États-Unis en mettant fin aux caricatures quotidiennes, et c'est ce que nous ferons à partir du 1er juillet », a-t-il ajouté.

Après la parution de la caricature, le New York Times s'était publiquement excusé, en affirmant que le dessin était « clairement antisémite et indéfendable ».

« Le monde de l'Internet »

Pourtant, tout est une affaire de contexte, croit Serge Chapleau, caricaturiste à La Presse.

« La caricature est excellente », a-t-il dit en parlant du dessin controversé. « C'est très bien, c'est très drôle », a-t-il poursuivi.

J'ai essayé de trouver [ce qui porte à controverse] : l'étoile de David, c'est pour bien représenter Nétanyahou, qui est un juif... Je ne comprends pas du tout la crise avec un dessin comme cela.

Serge Chapleau, caricaturiste à La Presse

M. Chapleau constate que le métier de caricaturiste se porte bien mal, « Il y a 20 ans, nous étions environ 350. Aujourd'hui? Une quarantaine... »

À cette disette, entre autres liée à la crise que traversent les médias, se conjugue une frilosité des responsables, estime-t-il. « C'est beaucoup plus facile, pour un éditeur ou un rédacteur en chef, de se dire : "Ouh, on va avoir des problèmes avec ce dessin-là, on ne le passe pas." »

« La censure, elle vient de l'extérieur. On est rendus avec le monde de l'Internet », ajoute le caricaturiste, qui précise qu'en arrivant au travail, le matin, il a reçu « facilement une dizaine de messages haineux ».

Pour Alain Saulnier, ex-directeur de l'information à Radio-Canada et aujourd'hui professeur invité en journalisme à l'Université de Montréal, il existe « toujours » un risque de censure.

« C'est un phénomène qui date de l'arrivée d'Internet. Avant, quand vous étiez un média, vous vous adressiez à votre public cible [...] Aujourd'hui, votre caricature peut faire le tour du monde. Les pressions peuvent être encore plus fortes », mentionne-t-il.

M. Saulnier dénonce également la croissance de l'influence de divers lobbys, qu'il s'agisse des pro-Israël – qui avaient accusé la démocrate du Minnesota, Ilhan Omar, d’avoir véhiculé des clichés antisémites sur les réseaux sociaux – ou encore des partisans du pétrole ou leurs opposants, par exemple.

La caricature [de MM. Nétanyahou et Trump] est-elle de mauvais goût ou antisémite? S'il y a lieu de faire des interventions devant les tribunaux, eh bien, on les fera! Mais laissons au moins les tribunaux juger de la chose.

Alain Saulnier, professeur associé à l'Université de Montréal

« Le bon goût, c'est probablement ce qu'il y a de plus difficile à définir », ajoute encore M. Saulnier.

D'après les informations de Catherine Kovacs

Médias

Société