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65 000 milliards de dollars de dettes!

Georges Ugeux, PDG de Galileo Global Advisors, vient de publier « La descente aux enfers de la finance ».

Georges Ugeux, PDG de Galileo Global Advisors, vient de publier « La descente aux enfers de la finance ».

Photo : Radio-Canada

Gérald Fillion

« Nous venons de vivre dix années anormales », écrit Georges Ugeux dans son plus récent ouvrage, La descente aux enfers de la finance, lancé au Canada ces jours-ci. Ayant acheté massivement des obligations d’État, les banques centrales ont maintenu des taux à de très faibles niveaux depuis une décennie au profit des gouvernements, mais contre l’intérêt des retraités et des compagnies d’assurance vie. Le pire est à craindre, selon lui.

« Le problème, a dit Georges Ugeux à RDI économie lundi soir, c’est qu’en faisant cela, les banques centrales ont fait, même si elles n’en avaient pas l’intention, un choix de tâcher de réduire le coût des emprunts pour soutenir l’économie, et ça n’a pas eu d’effet énorme, au détriment des investisseurs. Elles sont sorties, je dirais, de leur rôle essentiel qui est de maintenir un équilibre entre les investisseurs et les emprunteurs. »

Aujourd’hui, « il faut rétablir l’équilibre », dit l’investisseur belgo-américain Georges Ugeux. Les États sont endettés, ils possèdent pour près de 65 000 milliards de dollars de dettes, et les banques centrales se sont alourdies d’une quantité astronomique d’obligations gouvernementales.

« Elles ont 15 000 milliards de dollars d’actifs, qui sont des emprunts d’État. [...] On se trouve devant des banques centrales qui n’ont plus le niveau de liberté qu’elles avaient en 2008, où il fallait intervenir pour sauver Lehman et quelques autres. »

Georges Ugeux évoque un conflit d’intérêts massif entre les banques centrales et les gouvernements. « Ce traitement de faveur des emprunts d’État, écrit-il dans son livre, sans considération pour les risques, constitue probablement le danger systémique et bilantaire le plus important du secteur bancaire. »

Les banques avaient-elles le choix?

Jean-Claude Trichet, qui a été président de la Banque centrale d’Europe et qui a écrit la préface du livre du financier, affirme ne pas être d’accord avec tous les constats de Georges Ugeux. « Ce qui est dit des politiques non conventionnelles des banques centrales, écrit-il, ne me paraît pas conforme avec ce que moi-même, mes collègues européens et étrangers et mon successeur avons vu, vécu, expérimenté et décidé. »

Il partage toutefois les craintes de l’auteur, affirmant que « nous affronterons inéluctablement une nouvelle crise financière mondiale » et qu’il faut, de toute urgence, « redresser la situation ».

« Moi, je suis dans une position différente, répond George Ugeux. [...] Nous savons que des centaines de milliards de revenus ont été enlevés aux pensionnés et aux gens qui épargnent. » Dans son livre, Georges Ugeux évalue que « c’est à la fois immoral et illégal ».

Dans les circonstances, « une solution consistant en un éclatement des banques centrales résoudrait le problème », écrit-il dans son ouvrage. Une telle solution est difficile à mettre en oeuvre toutefois, alors que « personne n’ose se prononcer pour cette hypothèse ». L’auteur propose la création d’un fonds d’investissement détenteur d’emprunts d’État apolitique.

Dans le déni

De l’avis de Georges Ugeux, les acteurs financiers et politiques sont enfoncés dans une forme de déni face à l’endettement des gouvernements et la charge des banques centrales. Et il pose la question : « Ne retrouvons-nous pas exactement les mêmes ingrédients que lors de la crise financière de 2008? »

L’auteur évoque un « tsunami financier » pour 2020 possiblement et en veut aux gouvernements, qui ont profité de faibles taux d’intérêt sans pour autant faire preuve de prudence sur le plan budgétaire. Selon lui, ces gouvernements n’ont pas eu le « courage d’imposer des mesures d’austérité pour éviter le pire ».

Pour George Ugeux, les gouvernements sont en train de mettre un nombre important de pays en faillite, dans un contexte où les inégalités ne font que grandir et où les entreprises paient de moins en moins d’impôts. Il se demande : pourrons-nous « éviter que la révolte qui s'ensuivra devienne violente? Partout, la clameur des citoyens se fait entendre face à cette perception que les États ont cessé de s'intéresser aux problèmes des pensionnés, des chômeurs, des malades, des personnes handicapées et d'autres défavorisés ».

La banque centrale du Japon a dans ses coffres pour plus de 5000 milliards de dollars d’obligations du pays, l’équivalent du PIB du pays.

La dette américaine atteint 22 000 milliards de dollars, et le déficit est en hausse en 2019 de 38 % depuis le début de l’exercice, il y a 7 mois, alors que le président Trump a réduit les impôts et multiplie les dépenses. On pourrait avoir un déficit de 1500 milliards, tandis que celui de l’année précédente était de 800 milliards.

Cet enfoncement dans l’endettement devrait se poursuivre parallèlement au ralentissement de l’économie américaine. De plus, selon un sondage effectué dans les milieux financiers par RBC Marchés des Capitaux, 70 % des firmes d’investissement interrogées sur Wall Street s’attendent à ce que Donald Trump soit réélu en 2020.

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