•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

264 ans plus tard, la reconnaissance de la déportation des Acadiens divise toujours

Une reconnaissance éventuelle de la Déportation de 1755 comme génocide ne fait pas l'unanimité en Acadie.
Une image tirée de la série Le Canada: Une histoire populaire pour illustrer la Déportation des Acadiens en 1755. Photo: Radio-Canada
Michel Nogue

Un débat fait rage en Acadie : la déportation de 1755 était-elle, oui on non, un génocide?

D'un côté, il y a des nationalistes acadiens et des penseurs qui réclament une reconnaissance officielle.

De l'autre, il y a plusieurs universitaires qui répondent que le Grand Dérangement ne répond pas aux critères de la convention sur le génocide.

D'ailleurs, il s'agit d'une polémique qui refait surface à intervalles réguliers au fil des décennies.

Un débat lancé à Kedgwick

Cette fois-ci, la discussion est relancée par la Coopérative des Arcadiens de Kedgwick, dans le nord du Nouveau-Brunswick.

Lors d'une conférence de presse en mai, le groupe a lancé une campagne pour que la Déportation soit reconnue comme un génocide.

Le groupe prévoit d'ailleurs soulever la question samedi à Fredericton lors de l'assemblée générale de la Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick.

L'ancien ministre libéral Jean-Paul Savoie, qui a aussi été maire de Kedgwick, croit qu'une telle reconnaissance permettrait de guérir les traumatismes du Grand Dérangement.

Quand tu divises les familles, tu as l'intention de les disperser pour faire perdre conscience que t'es un peuple. De les envoyer, disons, dans les États-Unis, pour qu'ils oublient, qu'ils rentrent dans le melting pot puis qu'ils oublient qu'ils sont Acadiens. Ç'a certainement créé un traumatisme profond.

Jean-Paul Savoie, vice-président, Coopérative des Arcadiens
Le vice-président de la Coopérative des Arcadiens, Jean-Paul Savoie, lors d'une conférence de presse le 14 mai à Kedgwick, N.-B.L'ancien ministre libéral et ancien maire de Kedgwick, N.-B., Jean-Paul Savoie, est le porte-parole d'un groupe qui demande que la déportation des Acadiens soit reconnue comme génocide. Photo : Radio-Canada

Les membres de la Coopérative des Arcadiens citent souvent les écrits d'un avocat de Québec, Christian Néron, qui est aussi un passionné de l'histoire acadienne.

M. Néron croit fermement que la Déportation constituait véritablement un génocide.

Il conclut que dès l'automne 1748, donc sept ans avant le début de la Déportation, la Grande-Bretagne a systématiquement planifié l'éradication du peuple acadien.

Ça ne consiste pas à compter le nombre de morts ou à compter les façons de mettre les gens à mort. C'est tout simplement l'intention de détruire un groupe national ou racial ou religieux. Et donc tous ces faits-là mis ensemble nous montrent l'intention et la préparation.

Christian Néron, avocat
L'avocat Christian Néron croit que la Grand-Bretagne avait l'intention d'éliminer le peuple acadien lors du Grand Dérangement, en 1755.L'avocat de Québec Christian Néron conclut que la déportation des Acadiens était un génocide. Photo : Radio-Canada

Cette interprétation de l'histoire est vivement contestée par de nombreux universitaires, dont l'historien Maurice Basque, de l'Université de Moncton. M. Basque ne voit pas de réelle intention de la part de la Grande-Bretagne de faire disparaître les Acadiens.

Le Grand Dérangement n'a rien à voir avec ce qui s'est passé au Cambodge, ce qui s'est passé en Arménie, ce qui s'est passé dans les camps en Allemagne, en Pologne.

Maurice Basque historien, Université de Moncton
Des monuments de l'Odyssée acadienne comme celui-ci, à Dieppe, N.-B., sont érigés à travers le monde pour commémorer le Grand Dérangement, en 1755.Le monument de l'Odyssée acadienne à Dieppe, N.-B., est érigé près de l'endroit où se trouvait la communauté du Coude avant la Déportation, en 1755. Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

Une commission d'enquête pour régler le débat

Le président de la Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick, Robert Melanson, lance l'idée d'une commission d'enquête pour déterminer si la Déportation était un génocide.

M. Melanson précise d'emblée que la question ne relève pas de son groupe. Selon lui, une telle commission devrait plutôt être formée par la Société nationale de l'Acadie, qui regroupe des personnes de partout en Atlantique et de la diaspora.

Si la question revient continuellement, [ça veut] dire que les gens se sentent insatisfaits. C'est qu'ils savent qu'il n'y a jamais eu en fait de réparation de tort d'aucune façon pour un drame en fait qui a pratiquement détruit un peuple.

Robert Melanson président, Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick
Le président de la S.A.N.B., Robert Melanson, pose devant le monument de l'Odyssée acadienne à l'endroit précis où se trouvait la communauté du Coude, sur les rives de la Petitcodiac.Le président de la Société de l'Acadie du N.-B., Robert Melanson, demande la création d'un comité d'experts qui se prononcera sur la possibilité que la Déportation équivaille à un génocide. Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

Peu importe le résultat du vote de samedi, cette question continuera de diviser les Acadiens.

La déportation des Acadiens en bref

  • L'Acadie compte environ 13 000 personnes lorsque commence la Déportation, en septembre 1755. Sur une période de 8 ans, plus de 10 000 Acadiens sont expulsés de leurs terres.
  • Plusieurs personnes se retrouvent dans les colonies anglaises, en France, en Haïti et, plus tard, en Louisiane.
  • Le nombre exact de victimes n'est pas connu, mais des milliers d'Acadiens sont morts de maladie, de faim ou lors de naufrages en mer.

Nouveau-Brunswick

Francophonie