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La religion catholique en plein essor en banlieue de Toronto

Une église en construction.

L’archidiocèse de Toronto a fait l’acquisition d’un terrain de 4000 mètres carrés à Brampton pour y ériger sa nouvelle église. La construction devrait être terminée à l’automne.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Mathieu Simard

Ce ne sont pas les cantiques, mais bien le son du malaxeur à mortier et celui de la nacelle électrique qui résonnent dans la nef. Sur les murs, le gypse brut attend d’être recouvert. L’endroit n’a pas encore été béni, pourtant, une ambiance propice au recueillement émane déjà du chantier. L’église Guardian Angels, à Brampton, est le plus récent projet immobilier de l’archidiocèse de Toronto, qui peut se vanter d’avoir construit 6 églises dans les 10 dernières années. L'avenir de la religion catholique à Toronto se joue en banlieue.

Les bancs d’église ont été commandés. Il y en aura suffisamment pour que 1100 personnes s’agenouillent. Des bancs confortables, mais pas trop, lance le prêtre Jan Gogolewski à la blague; il faut garder les fidèles bien éveillés pendant la messe. À l’extérieur, sur le clocher ceinturé d'échafaudages, des travailleurs s’occupent de la finition. D’ici quelques mois, les paroissiens de Brampton auront leur église, construite au coût de 17,5 millions de dollars.

Le prêtre Jan Gogolewski

Le prêtre Jan Gogolewski participe au projet de nouvelle église depuis ses balbutiements, en 2007.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Les projections démographiques de Statistique Canada ont motivé la décision d’installer une nouvelle paroisse à Brampton. Si l’archidiocèse fait face à des problèmes d’assiduité dans certaines de ses églises du centre-ville, la situation est tout autre en banlieue, comme à Brampton, à Vaughan et à Markham.   

La majorité de nos chantiers se situent dans le 905, le long du corridor de l’autoroute 407 et dans la région de Barrie, explique David Finnegan, qui supervise les projets immobiliers de l'archidiocèse. En plus du chantier de Guardian Angels, il travaille à la planification de trois nouvelles églises dans la grande région de Toronto.

Nous construisons approximativement une nouvelle église par année.

David Finnegan, archidiocèse de Toronto

Le catholicisme est mort, vive le catholicisme!

L’archidiocèse de Toronto se targue d’ajouter des églises à son réseau. Son chantier de Brampton est une preuve de sa vitalité, nous dit-on. Or, le nombre de baptêmes et de mariages célébrés dans la grande région de Toronto est en baisse. L’engouement pour la religion catholique en banlieue contraste avec la perte de vitesse de la religion au centre-ville.

En banlieue, où les Canadiens de première génération sont très nombreux, les églises sont loin d’être désertes. À Brampton par exemple, 54 % de la population est née à l’extérieur du pays. Une mosaïque culturelle, qui se retrouve dans la religion catholique, explique Jan Gogolewski. Des gens très religieux, qui sont à la recherche de spiritualité. Ici, la communauté catholique vient de l’Inde, des Philippines, du Vietnam et de partout dans le monde.

Le milieu universitaire confirme que le cas de Toronto est unique, à l'opposé de ce qu'on observe dans le reste du pays. « C’est à cause de l’immigration, c’est une église très diversifiée », explique le professeur associé à l’École de théologie de l’Université de Toronto, Darren Dias. En périphérie de Toronto, les catholiques pratiquants sont à l’étroit dans leurs églises. Tellement que les prêtres peinent parfois à entretenir des liens avec la communauté.

Toronto, c’est un peu bizarre, c’est un peu unique, c’est à cause de l’immigration, mais dans une ou deux générations, ce sera peut-être la même chose [qu’ailleurs] : des fermetures.

Darren Dias, École de théologie de l'Université de Toronto

Un défi de taille attend cependant l’archidiocèse dans les prochaines années : la rétention des futures générations de catholiques. Les enfants, les petits-enfants des immigrants, est-ce qu’ils vont continuer la pratique? Est-ce qu’ils vont continuer de s’associer avec la communauté chrétienne comme maintenant? se demande Darren Dias. Ça, c’est un grand défi pour la pastorale dans l’archidiocèse.

L'intérieur d'une église en construction.

Le coût de la construction de l'église est évalué à 12,5 millions de dollars. L'archidiocèse de Toronto a aussi dépensé 5 millions supplémentaires pour l'achat du terrain.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Certes, c'est par manque d'espace que l'on construit de nouveaux lieux de culte, mais c'est aussi un moyen de cultiver la foi chez les plus jeunes. Construire une nouvelle église avec l’espoir que de nouvelles générations se l’approprient. Construire une église, pour faciliter la rencontre entre Dieu et les humains, raconte Jan Gogolewski.

C'est l'idée que l'ajout de nouveaux lieux de culte contribue à l'évangélisation : une fois un chantier terminé, de nouveaux paroissiens se manifestent.

Une église version 2019

Trouver l’équilibre entre le neuf et le vieux. Voilà le défi esthétique que pose l’édification d’une église moderne, selon John-Mark Missio. Le prêtre est à la tête du comité responsable du design et de l’aménagement des nouvelles églises torontoises. Il est le gardien de l’harmonie du projet et doit s’assurer par exemple que l’Ancien et le Nouveau Testament sont également représentés dans les ornementations intérieures. John-Mark Missio admet que certaines normes doivent être respectées au cours du processus créatif, mais assure que les paroissiens ont leur mot à dire.

Un travailleur de la construction.

Une dizaine de travailleurs de la construction s'activent pour finir les murs intérieurs de l'église. L'endroit devra être béni une fois les travaux complétés.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Lorsqu'on lui demande ce qu’il préfère du nouveau bâtiment, M. Missio se tourne vers le clocher et s’extasie devant son aspect grandiose. Pour moi, c'est la verticalité de cette église. Une église doit être une partie du monde, mais aussi du ciel. Et cette église nous permet de nous élever vers le ciel, mais c'est vraiment aussi une partie de la terre.

Pour Guardian Angels, le comité a choisi le modernisme, avec des références au style gothique. Le prêtre de la paroisse tenait particulièrement à ses fenêtres en arcade. L’architecte voulait un modèle plus rectangulaire, mais je lui ai dit : non non non, tu dois dessiner des fenêtres gothiques, se rappelle-t-il.

L'intérieur de l'église en construction.

Le prêtre Jan Gogolewski tenait mordicus à ce que les fenêtres de la nef soient d'inspiration gothique.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

La paroisse Guardian Angels devrait déménager dans sa nouvelle maison à l’automne, mais ailleurs au pays, des communautés luttent pour préserver leur église.

L’archidiocèse de Toronto ne s’oppose pas à la transformation d’église, pour préserver le patrimoine religieux, mais on ne peut s’empêcher d’avoir un pincement au coeur lorsque des croyants perdent leur lieu de culte. C’est très très triste, car une église représente l’héritage de la foi de ceux qui l’ont construite. Un héritage de verre et de pierres, croit John-Mark Missio. Il prône le sauvetage et le transfert d’éléments, comme des vitraux, des statues ou un orgue, vers d’autres églises encore fréquentées.

Une prière pour l’avenir

L’archidiocèse travaille depuis 2007 à la réalisation de ce chantier d’envergure. La comparaison avec le travail des bâtisseurs des cathédrales européennes serait probablement maladroite. Reste que le prêtre Gogolewski s’est consacré corps et âme au projet, comme il se dévoue à Dieu. Son visage s’illumine aussitôt qu'on évoque sa première messe dans la nouvelle église : C’est mon projet, et je suis impatient que ça soit fini.

Un homme en complet devant une église en construction.

David Finnegan supervise les projets immobiliers pour l'archidiocèse de Toronto. Il dit que l'église Guardian Angels sera une des plus imposantes de la région.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

L’archidiocèse a de grandes ambitions pour cette nouvelle église. David Finnegan est certain qu’elle saura rapidement trouver son public et n’a qu’une prière en tête : que les paroissiens y soient à l’étroit d’ici quelques années.

Toronto

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