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L'Ontario et le Canada unis contre le plastique

Un amoncellement de bouteilles de plastique de plusieurs couleurs.
Chaque Ontarien génère près d'une tonne de déchets par année Photo: Reuters / Ognen Teofilovski
Fanny Geoffrion

Alors que le Canada souhaite interdire les plastiques à usage unique dès 2021, le premier ministre Justin Trudeau emboîte le pas à l'Ontario, annonçant que les entreprises seront tenues responsables de la gestion de leurs déchets de plastique. La province en avait fait l'annonce le 7 juin dernier.

En raison du consensus pour la réduction des déchets plastiques, Stephanie Cairns, experte en économie circulaire à l’Institut Smart Prosperity de l’Université d’Ottawa, doute que l'annonce du gouvernement fédéral mène à une contestation des provinces comme dans le cas de la taxe carbone.

Il y a un mouvement mondial incluant l’industrie, les consommateurs et les différents paliers de gouvernements.

Stephanie Cairns, experte en économie circulaire

Selon l'experte, cette interdiction est nécessaire pour doter le Canada d’une stratégie globale, car la myriade de règlements appliqués à la fois par les municipalités et les provinces rendent la gestion des déchets complexe.

La tendance est déjà à l’uniformisation, comme le démontre la volonté de l’Ontario de standardiser à l'échelle de la province la liste des produits qui peuvent être recyclés et d’en imposer la responsabilité aux entreprises.

Selon Emily Alfred, de l’organisme Toronto Environmental Alliance, la province répond à la demande de la population. Le ministère de l'Environnement de l’Ontario affirme que plus de 18 000 Ontariens ont participé au document de travail qui vise à améliorer la gestion des déchets solides.

Un défi important pour l'Ontario

Malgré la volonté des gouvernements, ce volte-face pourrait être un défi de taille pour la province qui peine déjà à atteindre des cibles ambitieuses.

Chaque Ontarien génère près d'une tonne de déchets par année. À l'heure actuelle, la province récupère environ 30 % de ces déchets solides. L'activiste Emily Alfred soutient qu’il faudrait plutôt viser une récupération de 75 % des déchets dès maintenant.

Cibles de recyclage en Ontario

  • 30 % en 2020
  • 50 % en 2030
  • 80 % en 2050

Mme Alfred accueille somme toute la récente annonce du gouvernement Ford, qui souhaite refiler la totalité du coût du programme des bacs bleus aux entreprises qui produisent du plastique et des emballages de plastique.

Des morceaux de plastique flottent dans un cours d'eau.Le plastique dans les cours d'eau est un véritable problème environnemental. Photo : iStock

Selon elle, cela aiderait à diminuer la proportion importante de matières plastiques qui se retrouvent dans les sites d'enfouissement.

Seulement 28 % du plastique produit en Ontario se retrouve dans les bacs bleus de recyclage.

Emily Alfred, Toronto Environmental Alliance

Elle explique ce manquement par les différentes capacités des infrastructures d’une municipalité à l’autre. À titre d’exemple, Emily Alfred mentionne que seule la Ville de Toronto est présentement capable de recycler les sacs de plastique.

La Ville de Toronto s’inscrit également dans ce mouvement mondial contre le plastique. Quelque 20 512 Torontois ont participé aux consultations publiques organisées en 2018 sur la gestion des déchets plastiques. Parmi eux, 75 % se sont dit en faveur d’une approche contraignante dont l'interdiction des sacs de plastique et des emballages en mousse de polystyrène.

Une corbeille qui montre plusieurs déchets, notamment des gobelets de plastique et des sacs.Des déchets en plastique récupérés dans le lac Ontario par une équipe de l'Université de Toronto en octobre 2018. Photo : Radio-Canada / Université de Toronto

Le professeur en politiques publiques de l’Université Queen's, Don Drummond, est pour sa part critique de ce type d’approche. Selon lui, le meilleur incitatif pour réduire le plastique serait d’attribuer un coût supplémentaire au manufacturier ou au consommateur. Il cite l’importante réduction de l'utilisation des sacs de plastique lorsque les consommateurs doivent les payer sur leur facture.

Emily Alfred juge qu'il serait possible pour les entreprises de développer une alternative plus durable pour plusieurs produits plastiques à usage unique. Par exemple, présentement les couvercles de contenant à café bruns sont recyclables alors que les noirs ne le sont pas. Elle explique que ce n'est pas compliqué à modifier, mais qu’une telle loi vient forcer l’industrie à passer à l’action, moyennant quelques frais pour changer leur production.

Au Canada, moins de 10 % du plastique utilisé est recyclé, a rappelé le cabinet du premier ministre, lundi, estimant que, sans changement dans leurs habitudes, les Canadiens jetteront pour 11 milliards de dollars de produits en plastique d'ici 2030.

Toronto

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