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Crise des surdoses : la communauté africaine de la région de Vancouver crie à l’aide

Deux hommes noirs dans un parc.
Le révérend Jean deDieu et Emmanuel Ndikumagenge dont la soeur, Florence, est morte d'une surdose Photo: Radio-Canada / Noémie Moukanda
Noémie Moukanda

Florence Mbarushimana a succombé à une surdose le 25 avril 2019, comme près d'une centaine de Britanno-Colombiens ce mois-là. Originaire du Rwanda, la femme de 35 ans était très impliquée dans la communauté africaine, qui aujourd’hui tire la sonnette d’alarme au sujet des surdoses mortelles, de plus en fréquentes en son sein.

Après la mort de leurs parents durant le génocide au Rwanda, Florence Mbarushimana, ses deux frères et sa soeur ont connu la vie dans un camp de réfugiés.

Noémie Moukanda a rencontré la communauté et la famille de Florence Mbarushimana

En 2002, les quatre orphelins sont arrivés au Canada et ont été placés dans différentes maisons d’accueil.

Depuis que nous sommes arrivés au Canada, nous vivons une vie de lutte parce que nous étions ensemble et que le gouvernement nous a séparés. Cela nous a durement touchés.

Emmanuel Ndikumagenge, frère de Florence Mbarushimana

D’une manière ou d’une autre, chacun de son côté, les membres de la famille sont tombés dans les dépendances. Alcool pour Emmanuel Ndikumagenge et cocaïne en plus pour Florence.

S’ils nous avaient laissés unis, peut-être que nous aurions eu une meilleure vie et que ceci ne se serait pas passé.

Emmanuel Ndikumagenge
Une photo d'une femme africaine avec des fleurs et une BibleLes funérailles de Florence Mbarushimana Photo : Radio-Canada / Maël Thébault

Plus de trois semaines après sa mort, Florence Mbarushimana a enfin droit à des funérailles. La communauté rwandaise, et africaine en général, s’est réunie dans l’église Olivet Baptist, à New Westminster, pour lui faire ses adieux.

La jeune femme, mère d’un garçon de 9 ans, était aimée de tous. Elle travaillait même dans le coeur de la crise des opioïdes : le quartier Downtown Eastside, de Vancouver.

Ce n’est pas seulement Florence, il y a beaucoup de gens et il y en aura encore si la province ou le gouvernement fédéral n’aide pas.

Paul Mulangu, directeur du centre d’intégration pour immigrants africains

Paul Mulangu, le directeur du centre d’intégration des immigrants africains qualifie de calamité ce que traverse sa communauté.

J’ai déjà enterré presque 10 Africains, à cause des [surdoses].

Révérend Jean deDieu

Le révérend Jean deDieu affectionnait particulièrement Florence. C’est lui qui a fait l’interprétation de la messe en kinyarwanda (l’une des langues officielles du Rwanda). Il la décrit comme une femme remplie de compassion, mais que les traumatismes et le parcours d'intégration tumultueux ont poussée dans la dépendance.

Florence était unique, connectée avec la communauté. Mais les gens ne savaient pas qu’elle prenait des choses comme ça.

Révérend Jean deDieu

Le gouvernement doit mieux faire.

Aujourd’hui, c’est à l’unisson que les Africains interpellent les différents gouvernements.

Je demande au ministère de la Santé, M. Dix, aux autorités de Coastal Health et Fraser Health de prendre cette question au sérieux, dit le révérend Jean deDieu.

Il souhaite que la province organise des campagnes, sensibilise la famille africaine pour qu'elle comprenne cette épidémie.

Une église où le cerceuil de la défunte est ouvert devant une assemblée.Les funérailles de Florence Mbarushimana, morte d'une surdose le 25 avril 2019. Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Le révérend, qui travaille aussi dans le Downtown Eastside, souligne que la communauté noire africaine fait souvent face à la discrimination, à un manque d’éducation, aux barrières linguistiques et à la pauvreté.

Plus de 60 % de ses membres sont bénéficiaires de l’aide sociale, dit-il.

Il voudrait alors que les gens de sa communauté participent aux services offerts pour lutter contre la crise qui sévit en Colombie-Britannique, particulièrement à Vancouver et à Surrey, où il y a une plus grande concentration de population noire africaine. C’est une question de confiance aussi, croit-il.

Il faut donner aussi la chance aux membres de la communauté d’être formés pour qu’ils puissent assister les leurs, dans leur langue et dans la compréhension de leur culture, ajoute-t-il.

Un homme noir qui regarde la photo d'une femme sur son téléphone.Emmanuel Ndikumagenge regarde la photo de sa soeur Florence, morte des suites d'une surdose. Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Le frère de la défunte estime que le gouvernement doit mieux faire, surtout avec les réfugiés qu’il accueille. Le Canada doit continuer à veiller sur eux et s’assurer qu’ils n’empruntent pas le mauvais chemin, ajoute-t-il.

Un centre pour les Africains

La toxicomanie demeure encore tabou auprès des Noirs africains, alors qu’elle touche de plus en plus de jeunes qui meurent subitement seuls à la maison, raconte Paul Mulangu.

C’est vraiment très grave. C’est quelque chose dont les gens ne parlent pas.

Paul Mulangu, directeur du centre d’intégration pour immigrants africains

Et pour lever le voile sur ce fléau, le révérend Jean deDieu et Emmanuel Ndikumagenge ont la conviction qu’un centre pour les Africains aiderait à sensibiliser leur communauté à cette crise qui n’épargne personne.

Quand Florence est morte, je ne savais pas où aller. Je ne savais pas par où commencer pour enterrer ma soeur.

Emmanuel Ndikumagenge, frère de Florence Mbarushimana

Ils espèrent que la province écoutera leurs doléances et comprendra les besoins spécifiques d’une communauté qui a, plus que jamais, besoin de son aide.

Colombie-Britannique et Yukon

Santé