•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le gouvernement Trudeau laissera-t-il les clubs de petits déjeuners sur leur faim?

Des organismes qui financent de petits déjeuners dans les écoles attendent les détails d'un programme national d'alimentation dans les écoles.

Photo : Radio-Canada / Virginie Gagnon-Leduc

Louis Blouin

Dans son dernier budget, Ottawa a annoncé son intention de créer un programme national d’alimentation dans les écoles. Or, l’élection approche à grands pas et les détails se font toujours attendre. Des organismes demandent aux libéraux de passer de la parole aux actes.

Dans une école de la municipalité rurale de Pontiac, en Outaouais, la bénévole Hélène Bélisle se prépare à recevoir près d’une centaine d’enfants pour le déjeuner, plusieurs provenant d’un milieu défavorisé.

Plus qu’un simple repas, c’est « l’esprit de famille qui s’installe avec les enfants, puis ça favorise l’apprentissage », explique-t-elle.

Chaque jour, au moins 760 000 enfants au pays ont accès à un petit déjeuner à l’école grâce aux services offerts par un réseau d’organisations à l’œuvre sur le terrain.

Des bénévoles distribuent de la nourriture dans une école de l'Outaouais.

Des bénévoles servent le petit déjeuner dans une école de Pontiac, en Outaouais.

Photo : Radio-Canada / Virginie Gagnon-Leduc

Toutefois, pour répondre aux besoins réels, ce chiffre pourrait facilement doubler, selon Daniel Germain, président fondateur du Club des petits déjeuners.

« On pourrait toucher 1,5 million d'enfants tous les matins et briser le cercle de la pauvreté », fait-il valoir.

Le Club des petits déjeuners, comme d’autres organismes, attend impatiemment les détails d'un engagement contenu dans le budget fédéral. Ottawa annonçait son intention « de collaborer avec les provinces et les territoires en vue de la création d'un programme national d’alimentation dans les écoles ».

L’absence de données chiffrées inquiète l’organisation.

Nous, ce qu'on dit au gouvernement, c'est merci pour la ligne dans le budget. Là, c'est le temps de mettre des chiffres.

Daniel Germain, président fondateur du Club des petits déjeuners.

Daniel Germain demande à Ottawa une contribution de 250 millions de dollars par année pendant 5 ans pour aider les organismes comme le Club des petits déjeuners à élargir l’offre de repas au pays.

Pour son organisation, une contribution fédérale viendrait s’ajouter au financement provincial et privé qu’il reçoit déjà.

« Ces enfants n’ont pas le droit de vote, alors le gouvernement doit avoir des convictions assez solides pour s’assurer d’annoncer quelque chose », affirme M. Germain, qui appelle le gouvernement fédéral à l’action.

Le Canada est le seul pays du G7 qui n’a pas de stratégie nationale d’alimentation dans les écoles.

De nombreuses organisations issues des milieux scolaire, caritatif et autochtone mènent une campagne auprès d’Ottawa depuis des mois. C’est le cas de l’Assemblée des Premières Nations (APN), notamment.

L’insécurité alimentaire est particulièrement prononcée chez les enfants des communautés autochtones du pays.

Enfants et pauvreté au Canada

  • En 2016, 1 enfant sur 5 vivait dans la pauvreté au Canada
  • En 2013, 1 enfant sur 2 des Premières Nations vivait dans la pauvreté au Canada
     

Source : Statistique Canada, Centre canadien de politiques alternatives

Le Canada « un peu en retard »

Le ministre fédéral de la Famille promet que le programme national va se matérialiser, mais refuse de se prononcer sur un échéancier ou un montant pour l’instant. « On a de très bonnes discussions avec nos partenaires et les provinces, et on a bien hâte d’aller de l’avant », se contente de dire Jean-Yves Duclos.

C’est sûr qu’on veut le faire le plus rapidement possible. L’important, c’est de le faire le mieux possible.

Jean-Yves Duclos, ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social

Une rencontre est prévue cette semaine entre le ministre et des intervenants du milieu.

M. Duclos reconnaît que « le Canada est un peu en retard » par rapport à d’autres pays, mais assure qu'il est en train de se rattraper.

Selon le ministre, l’Allocation canadienne pour enfants, instaurée par les libéraux, a permis de sortir 300 000 enfants de la pauvreté.

Une bouchée à la fois

Aux yeux de la bénévole Hélène Bélisle, l’aide fédérale est essentielle.

En 20 ans de bénévolat pour un club de petits déjeuners, elle a vu comment un ventre plein aide à commencer la journée. L’école peut devenir « une deuxième maison ».

Quand on les voit manger à leur faim, on sait qu’on est à la bonne place et qu’on a fait la bonne chose.

Hélène Bélisle, chef bénévole à l’École de la Vallée-des-Voyageurs (pavillon Notre-Dame-de-la-Joie)
Une bénévole devant un plateau de yogourts.

Hélène Bélisle, chef bénévole à l’École de la Vallée-des-Voyageurs (pavillon Notre-Dame-de-la-Joie) en Outaouais

Photo : Radio-Canada / Virginie Gagnon-Leduc

Ce n’est pas dans tous les foyers qu'existe une routine matinale bien organisée, qui se déroule dans « l’harmonie et la bonne humeur », rappelle Mme Bélisle.

Selon elle, l’absence d’un club de petits déjeuners dans son école serait « lourde à porter pour les gens qui sont dans le besoin ».

Dans son établissement, le programme est ouvert à tous les élèves, ce qui évite que les enfants provenant de milieux défavorisés soient facilement repérables et stigmatisés.

Elle aimerait que davantage d’écoles puissent en profiter au pays.

Sa satisfaction, Hélène Bélisle la tire de la reconnaissance des tout-petits. « Ils nous le disent : ''C’est bon, Hélène! Merci!'' »

« Les enfants, c’est une énergie. C’est la vie. C’est le soleil dans la vie d’un adulte », conclut-elle.

Politique fédérale

Politique