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Élargir l'aide médicale à mourir aux patients devenus inaptes, un « pas dans la bonne direction »

Un professionnel de la santé tient la main d'un malade.

La loi fédérale prévoit que seuls les demandeurs dont la mort est « raisonnablement prévisible » peuvent obtenir l’aide médicale à mourir. La loi québécoise la réserve aux personnes « en fin de vie ».

Photo : iStock

Radio-Canada

L'élargissement de l'accès à l'aide médicale à mourir (AMM) à certaines personnes devenues inaptes à donner leur consentement serait le bienvenu, estime le Dr Alain Naud, qui pratique les soins palliatifs depuis une trentaine d'années.

Selon La Presse+, le comité d'experts qui s'est penché sur ce dossier recommande au gouvernement du Québec, sous certaines conditions, d'abréger les souffrances des malades qui ont préalablement exprimé leur volonté de recevoir l'aide médicale à mourir, mais qui deviennent par la suite inaptes à exprimer leur consentement, notamment celles atteintes d'alzheimer.

« Ce sont des recommandations extrêmement intéressantes qui vont dans le sens, je pense, des attentes de la population qui souhaite un certain élargissement sur l’admissibilité de l’aide médicale à mourir », juge le Dr Alain Naud, médecin de famille et en soins palliatifs au CHU de Québec-Université Laval, en entrevue à Midi info.

Le médecin accueille cependant ces conclusions avec « prudence » , car il ne s'agit que de documents préliminaires et non du rapport final, qui n'a pas encore été publié.

Un changement en ce sens serait majeur.

La loi québécoise actuelle, en vigueur depuis 2015, n'autorise l'AMM qu'aux malades incurables adultes en fin de vie, qui éprouvent de grandes souffrances et qui sont aptes à donner leur consentement jusqu'à la dernière minute.

Cela exclut d'emblée toutes les personnes atteintes de diverses formes de démence et de pertes cognitives, comme l'alzheimer.

Le mois dernier, la ministre québécoise de la Santé, Danielle McCann, s'était dite prête à envisager de permettre à une personne atteinte d'alzheimer d'indiquer dans les premiers stades de la maladie qu'elle souhaite recevoir l'aide médicale à mourir lorsqu'elle ne serait plus apte à donner son consentement éclairé.

Le Dr Naud se réjouit de la recommandation prévoyant le retrait de l’obligation pour un malade admissible d’être apte jusqu’à la procédure de l’aide médicale à mourir.

Ça amène chez les malades– nous, on le voit quotidiennement – un stress et une angoisse dont ils n’ont certainement pas besoin dans leurs derniers jours de vie.

Dr Alain Naud

« On a vu et on voit depuis le tout début, encore maintenant, des situations dramatiques de malades qui, dans leurs derniers jours de vie, alors qu’ils attendent l’aide médicale à mourir, vont refuser de prendre leurs médicaments contre la douleur, vont refuser les médicaments pour dormir, parce qu’ils ne veulent pas perdre leur aptitude, ils veulent être certains qu’au moment venu, ils puissent recevoir l’aide médicale à mourir », explique-t-il.

Un fort appui populaire

Un sondage Léger réalisé en avril démontrait un appui important à l'élargissement de l'AMM aux personnes atteintes d'alzheimer : trois Québécois sur quatre s'y disaient favorables.

Le Dr Naud n'entrevoit pas de réticences de la part des médecins, chez qui, rappelle-t-il, il y a très peu d'objections de conscience par rapport à l'aide médicale à mourir.

Je pense que si jamais on va vers cette ouverture, les médecins seront là pour répondre aux besoins de la population.

Dr Alain Naud

Il ne croit pas davantage que de telles modifications entraîneraient une responsabilité trop lourde pour les proches.

« Dans mon esprit, il ne s’agira pas d’un conseil de famille qui va prendre cette décision », postule-t-il, étant donné que le patient désignera probablement par mandat « quelqu’un qui va être en mesure de comprendre sa souffrance, de comprendre sa volonté et de la respecter ».

Le Dr Alain Naud donne l'exemple d'un malade atteint d'alzheimer qui exprimerait sa volonté de recevoir l'AMM quand sa maladie atteindrait le stade 7.

« Ça ne reposera pas que sur les épaules du mandataire. « Il y aura des médecins qui devront se prononcer aussi à savoir si effectivement ce stade est atteint, explique-t-il. C’est dans l’organisation, dans les détails qu’il va falloir s'assurer que ce soit bien géré. »

Un juste milieu

Selon les documents obtenus par La Presse+, le comité d'experts ne préconiserait pas l'élargissement de l'AMM aux personnes présentant un état imprévisible pour lequel elles n'ont pas pu donner leur consentement au préalable, comme un accident vasculaire cérébral (AVC).

« Il faut y aller un pas à la fois, soutient le Dr Naud. Il n’y aura aucune disposition qui répondra à toutes les demandes et à toutes les souffrances, de toute façon. »

« Ce qui est recommandé, personnellement, je trouve que c’est tout à fait raisonnable, tout à fait réalisable. Ça ne répondra pas évidemment à toutes les demandes. Il faut tracer une limite. Il faut tracer une barrière quelque part. Je pense que c’est un bon pas dans la bonne direction », croit-il.

L'aide à mourir demeure un « soin exceptionnel et marginal », souligne le médecin. Le taux de décès en vertu de l'AMM varie de 0,8 % à 1,9 %, selon les régions, illustre-t-il.

Pendant la campagne électorale, la Coalition avenir Québec avait promis de lancer des consultations publiques sur un possible élargissement de l'aide médicale à mourir.

On ne sait pas si Québec pourrait mettre en oeuvre des changements liés aux personnes devenues inaptes sans qu’Ottawa modifie le Code criminel.

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