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Le mot préféré de Natasha Kanapé-Fontaine

L'artiste multidisciplinaire et militante Natasha Kanapé-Fontaine présente son nouveau recueil de posée intitulé Nanimissuat, île tonnerre.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

Bénédicte Filippi

Natasha Kanapé-Fontaine est une Innue de Pessamit, poète, actrice et militante. Elle est née en 1991 à Baie-Comeau. Elle habite aujourd’hui Montréal.

Kushpu

Le mot préféré de Natasha Kanapé-Fontaine, c’est Kushpu, qui signifie « Monter dans le territoire ». Ce mot est intimement lié à la chanson Innu de Philippe McKenzie.

Même si la célébre ballade de Philippe McKenzie remonte aux années 70, ses paroles inspirent beaucoup Natasha Kanapé-Fontaine. Elle y voit un appel. Il dit Innu, il faut que tu retrouves ta force, d’où tu viens, il faut que tu reprennes ce qu’on t’a pris, il faut que tu récupères ta fierté.

Plus loin dans la chanson, comme pour ranimer ce dessein, Philippe McKenzie parle de Kushpu. Il raconte qu’il aimerait monter à l’intérieur des terres, dans le Nutshimit.

Ces paroles résonnent fort chez Natasha Kanapé-Fontaine. Ça fait 5 ans que je suis à Montréal, et j’aime beaucoup ce territoire-là, j’y ai beaucoup à faire. Mais malgré tout, Kushpu, est mon plus grand désir.

Le lien avec la langue innue

Natasha Kanapé-Fontaine déménage à l’âge de 6 ans à Baie-Comeau. Par choix, ses parents décident de couper les liens avec Pessamit. Natasha grandit alors dans des classes où on lui apprend le français, ainsi qu’une culture et une histoire qui ne sont pas les siennes.

À 16 ans, c’est un constat. Je perdais la notion que j’étais Innue, autochtone. Natasha réalise aussi qu’elle a perdu sa langue.

Trois ans plus tard, elle retourne dans sa communauté. À son arrivée à Pessamit, elle parle comme les Blancs. Son accent, son aisance en français creusent un fossé entre les gens de la communauté et elle. Avec le temps, elle réapprend des mots, s’adapte, se rapproche des siens. C’est le début de la seconde transformation.

Je me suis rendu compte que je pensais comme les Innus dans ma façon d'être, dans ma façon de concevoir la vie, le monde. Je ricanais comme eux.

Natasha Kanapé-Fontaine

C’est grâce à un petit boulot dans un dépanneur de Pessamit qu’elle se remet à parler l’innu. Pour elle, ce travail est une immersion. Les mots reviennent peu à peu.

Quelque temps avant d’entreprendre ses études à Rimouski en arts visuels, un client se présente au commerce. Natasha lui fait payer ses courses et juste avant de quitter l’endroit, l’homme se retourne. Ne t’inquiète pas. Ce n’est pas parce que tu ne parles pas ta langue que tu n’es pas Innue.

C’est un véritable déclic. Natasha trouve dans ses paroles ce qu’elle cherche: un sentiment d’appartenance.

Ça m’a fondée dans mes études. J’ai remarqué à l’université que je n’avancerais pas si je ne continuais pas à m’appliquer à apprendre ma langue, à comprendre ma culture. Et mon rêve depuis, c’est de devenir complètement une locutrice.

Natasha Kanapé-Fontaine en compagnie de deux jeunes à Pessamit.

Natasha Kanapé-Fontaine en compagnie de deux jeunes à Pessamit.

Photo : Radio-Canada / Gracieuseté de Kassiwi média

L’avenir de la langue innue

Cet espoir, elle l’entretient aussi pour les jeunes de sa nation. C’est dans cet esprit que Natasha s’intéresse aux initiatives de camps permanents culturels et linguistiques.

J'aimerais voir naître des campements comme ça à l’intérieur des terres et au-delà. Et que chaque année, qu’on amène des jeunes-là et qu’on les laisse réapprendre leur langue.

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